L’année 2025 a débuté, ce mercredi 1er janvier, sous des ciels bas et pluvieux. Dans l’attente d’une éclaircie, voici une sélection de films sortis en 2024 que je vous invite à découvrir, si ce n’est pas déjà fait !
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Grand Tour | Riverboom | L’Histoire de Souleymane | Drone | Comme le feu | Animale | Noël à Miller’s Point | Les Tempêtes | Les Fantômes | After | Ma vie, ma gueule | Troies amies | Le Beau rôle | Furiosa
Le TOP 7 de Citizen Poulpe
Cette année, j’ai de nouveau constaté, avec un certain agacement, des déséquilibres criants en termes de distribution et d’écho médiatique. Ainsi, des films singuliers, intéressants, inspirés n’ont eu droit qu’à une sortie discrète, peu commentée (c’est le cas par exemple de Animale, de Drone ou de Les Tempêtes) tandis qu’inversement, des grosses machines reproduisant des schémas narratifs convenus, pour ne pas dire rétrogrades, ont non seulement envahi de nombreuses salles pendant de nombreuses semaines, mais ont eu droit à des louanges à mon avis disproportionnées de la part de la presse spécialisée (je ne fais pas référence ici à Monte-Cristo, que je n’ai pas encore vu).
Par exemple, je comprends que L’Amour ouf puisse plaire à de nombreux spectateurs – tous les goûts sont dans la nature, et le film possède certaines qualités –, mais c’était le rôle de la critique cinéma que de souligner ses faiblesses d’écriture et sa mise en scène certes enthousiaste (Gilles Lellouche aime le cinéma et sait manier une caméra) mais m’as-tu-vu et empruntée. Quant au Nosferatu de Robert Eggers, bien qu’aussi prétentieux et encore plus ennuyeux que les précédents films de son auteur, il est encensé par des journalistes dont la culture en matière de cinéma de genre, en dehors des grands classiques et des franchises à succès, me semble assez limitée et surtout, teintée de snobisme (en témoigne l’expression pédante elevated horror, comme si le genre devait être élevé
parce qu’il était trop bas).
Mais passons. Ce site amateur est voué à donner envie de voir des films, pas à attaquer ceux que je n’ai pas ou peu aimés, pour des motifs évidemment discutables. Après ces quelques coups de griffe, voici donc des coups de coeur, que je vous invite à commenter librement !
Note : sous ce TOP 7 (dont l’ordre n’a pas de sens particulier), retrouvez une liste de 6 films que je vous invite également à voir.
Grand Tour
La magie du cinéma
. C’est une expression éculée, qu’on aime à employer dans des discours officiels, des ouvertures de cérémonie. Peut-être faut-il revenir aux origines du cinéma pour retrouver le sens originel de cette formule. Les premiers réalisateurs et réalisatrices ne se prenaient, a priori, pas pour des génies ; ils ne se regardaient pas filmer, sans doute trop émerveillés, eux-mêmes, par les images inédites qu’ils produisaient.
Miguel Gomes est un cinéaste qui, bien que doté d’une culture et d’une technique cinématographiques évidentes, donne l’impression de filmer comme si la caméra avait été inventée hier. Son dernier film est à la fois drôle, pittoresque, intemporel, émouvant et dénué de prétention. On y cotoie, au fil d’un voyage géographique, temporel et sensoriel, un personnage féminin au rire inoubliable. C’est une belle raison de faire du cinéma, que de vouloir immortaliser un rire…
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Riverboom
Riverboom a bien failli ne jamais sortir. Claude Baechtold, qui a tourné ce documentaire en suivant le journaliste Serge Michel et le photographe de guerre Paolo Woods dans l’Afghanistan chaotique de 2002, avait en effet perdu les bandes peu après son retour dans son pays d’origine (la Suisse). C’est sans doute un heureux hasard : le recul lié au passage du temps a sans doute orienté différemment le montage par rapport à celui qui aurait été fait à l’époque.
Le résultat est un road movie très étonnant, souvent désopilant, aux multiples dimensions : historique ; culturelle ; géopolitique ; et enfin intime, le deuil que traversait Claude Baechtold à l’époque venant traverser le récit d’une manière émouvante. On y croise des afghan(ne)s volontiers attachants et accueillants, ce qui fait songer avec peine aux heures sombres qu’ils traversent actuellement.
L’Histoire de Souleymane
L’Histoire de Souleymane porte évidemment un message essentiel en ces temps de droitisation, d’extrême-droitisation même, de l’espace public et médiatique français. Tourné un peu à la façon d’un reportage, le film de Boris Lojkine rend compte du quotidien âpre et difficile des travailleurs immigrés sans papiers dans le pays dit des droits de l’homme. Mais il possède par ailleurs d’authentiques qualités cinématographiques, visibles dans ses variations habiles de rythme, ainsi que dans son écriture, qui fait du personnage central un individu consistant, unique, et pas uniquement un symbole.
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Drone
Au niveau thématique, Drone pourrait être un (très bon) épisode de Black Mirror, ce qui est un compliment. En termes de narration, les scénaristes Simon Bouisson, Fanny Burdino et Samuel Doux se sont montrés particulièrement habiles, soignant à la fois la caractérisation des personnages, la dimension sociale (la condition précaire de nombreux étudiants en France est clairement évoquée) et la progression du suspense, d’une belle efficacité.
La réalisation élégante de Bouisson, qui utilise les paysages urbains avec une grande habileté, met en valeur ces précieux atouts initiaux, au même titre qu’un casting dominé par une Marion Barbeau charismatique.
En somme, Drone s’affirme comme l’un des meilleurs thrillers français de ces dernières années. Gilles Marchand (Qui a tué Bambi ?), cité au titre de collaborateur, y a mis son précieux grain de sel.
Comme le feu
Au travers de ses nombreux plans séquence jamais démonstratifs, centrés sur le jeu des comédiens (tous impressionnants), Comme le feu explore les rouages étouffants d’une masculinité vénéneuse, à travers des situations et des personnages jamais caricaturaux. Presque aussi tendu que certains survivals, mais très loin du cinéma de Rohmer contrairement à la comparaison un peu absurde faite par Télérama (et ce n’est évidemment pas un reproche), le film du canadien Philippe Lesage témoigne d’une grande maîtrise formelle, tandis que quelques mois après Le Procès Goldman, dans lequel il tenait le rôle titre, Arieh Worthalter confirme qu’il est l’un des plus brillants comédiens actuels.
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Animale
Après Fragile, que je n’ai pas eu l’occasion de voir, Emma Benestan nous a livré cette année un film fantastique qui n’a pas eu l’écho qu’il méritait. Pourtant, Animale propose un récit singulier, situé dans un cadre rarement montré au cinéma (les courses camarguaises) ; pourtant, il articule, à travers l’expérience significative d’une jeune femme évoluant dans un monde d’hommes, un propos intelligent, éminemment féministe ; pourtant, il témoigne de qualités esthétiques flagrantes, et propose un parallèle intéressant entre différentes formes de domination ; enfin, il montre bien comment les petites phrases sexistes contribuent à favoriser, à banaliser le pire (même si je m’interroge encore sur le tournant du film, qui aurait peut-être été encore plus efficace s’il avait été moins dramatique).
Si on ajoute à ces qualités la prestation remarquable d’une comédienne (Oulaya Amamra) qu’on espère revoir bientôt, on en concluera qu’Animale est une réussite, et qu’Emma Benestan une autrice-réalisatrice à suivre.
Noël à Miller’s Point
Lors d’une scène de Noël à Miller’s Point, une femme, au cours d’un réveillon de Noël, lit un texte amateur dont elle ignore qui en est l’auteur, devant plusieurs membres de sa famille. Il est déjà tard, tout le monde a un peu bu, et cette lecture provoque d’abord des rires un peu moqueurs, chez la lectrice et ses auditeurs ; le tout, sous le regard inquiet, un peu humilié même, de l’auteur du manuscrit, qui n’ose évidemment pas se manifester. Puis, à mesure que le texte change de rythme et de tonalité, la voix de celle qui le lit devient plus posée, plus respectueuse et plus émue, tandis que l’auditoire fait silence.
Cette séquence est, me semble-t-il, une clé de lecture d’un film qui, parce qu’il foisonne de personnages souvent à peine esquissés, peine parfois à capter l’attention et la sensiblité du spectateur ; puis, par petites touches, par de subtiles variations de rythme et par des plans plus aérés, une émotion nostalgique, douce et feutrée comme de la neige, affleure à l’écran.
Ce type de procédé exige une grande précision en termes de cadrage, de mise en scène et de découpage ; assurément, Tyler Thomas Taormina (le réalisateur) mais aussi le monteur Kevin Anton (qui a eu sans doute fort à faire) et le chef opérateur Carson Lund ont accompli ici un travail d’une délicatesse assez inouïe. Il y a peut-être un peu trop de chansons sirupeuses à mon goût, et je me suis parfois un peu ennuyé, mais Noël à Miller’s Point comporte des moments qui donnent tout son sens au fait de se glisser dans l’ombre veloutée d’une salle de cinéma.
7 autres films recommandés
Les Tempêtes

Cette évocation brumeuse et poétique des années noires algériennes est servi par une belle photographie et par la composition habitée de Camélia Jordana.
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Les Fantômes

Comme dans Les Tempêtes, il y a des fantômes dans le film de Jonathan Millet, hanté par les horreurs commises par le régime de Bachar al-Assad. L’actualité recente (la chute de ce même régime) m’a fait repenser à ce film douloureux, très sobre, où la tension est sourde et la violence hors-champ. Et comme L’Histoire de Souleymane, bien que le style et le contexte soient distincts, Les Fantômes chronique les difficultés auxquelles doivent faire face les réfugiés en France et ailleurs, et cela alors que leur passé est déjà si complexe et tourmenté.
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After

Un regard à la fois politique et mélancolique sur le monde de la fête, où l’on entend une version d’une très belle chanson de Ray Davis, le chanteur (et principal songwriter) des Kinks. Les dialogues, en partie improvisés semblent-ils, sonnent très justes.
Ma vie, ma gueule

Le dernier film de Sophie Fillières, disparue avant sa sortie, est le portrait émouvant et sincère d’une femme mélancolique, un peu perdue, dont la santé mentale vacille souvent. Agnès Jaoui y est bouleversante.
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Trois amies

J’aime beaucoup le cinéma – délicat, intemporel, doux-amer – d’Emmanuel Mouret. Personnellement, je trouve que son dernier film multiplie trop les situations et péripéties amoureuses, finissant par devenir un peu trop mécanique, trop fabriqué dans sa narration. Le ton plus léger de ses premiers longs (Laissons Lucie Faire avec Marie Gillain ; Changement d’adresse avec Frédérique Bel) et le récit plus épuré propre à Chronique d’une liaison passagère m’ont parfois manqué.
Mais Trois amies demeure plein de charme et de finesse, tandis que les comédiens, comme toujours chez Mouret, y expriment une palette d’émotions riche en nuances. India Hair, que l’on avait surtout vue dans des seconds rôles (ce qui n’est pas une tare évidemment !), semble s’être particulièrement épanouie dans son personnage, tandis que le film marque le retour appréciable de Sara Forestier, qui avait quitté les plateaux de cinéma après avoir subi des violences sur un tournage, comme en témoigne son audition dans le cadre de Commission d’enquête relative aux violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité.
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Le Beau rôle

Le premier long métrage de Victor Rodenbach se penche sur les difficultés à travailler ensemble en tant que couple, à travers l’expérience de Nora (Vimala Pons), metteuse en scène de théâtre, et de son compagnon Henri (William Lebghil), comédien. Cette sorte de comédie romantique illustre, avec un mélange de légèreté et de réalisme, comment des choix personnels et professionnels peuvant entrer en conflit. C’est aussi un bel hommage à la création, théâtrale en particulier, ainsi que l’occasion de constater à nouveau tout le talent de Vimala Pons, dont on parle sans doute trop peu, mais qui est à elle seule un symbole du cinéma indépendant français.
Furiosa : une saga Mad Max

J’ignore pourquoi les spectateurs ont boudé à ce point cet épisode de la saga Mad Max. C’est divertissant, diablement bien raconté et réalisé. Est-ce que certains fans de la saga ont vu d’un mauvais oeil le fait que le héros masculin habituel soit mis de côté, au profit d’une femme ? J’espère que l’explication de ce curieux échec commercial n’est pas aussi pathétique.






















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