Film de Sophie Fillières
Année de sortie : 2024
Pays : France
Scénario : Sophie Fillières
Photographie : Emmanuelle Collinot
Montage : François Quiqueré
Musique : Philippe Katerine
Avec : Agnès Jaoui, Isabelle Candelier, Angelina Woreth, Édouard Sulpice, Valérie Donzelli, Philippe Katerine
Autour d’un sujet inépuisable (la difficulté à composer avec soi-même et à s’inscrire dans le monde qui nous entoure), Ma vie, ma gueule joue des notes douces-amères avec une honnêteté touchante.
Synopsis du film
Barberie Bichette, dite « Barbie » (Agnès Jaoui), la cinquantaine, ne va pas très bien, et ses séances de psychanalyse ne semblent pas y changer grand-chose. Elle décide d’écrire un roman, dont elle n’a trouvé que le titre : Ma vie, ma gueule. Mais ses angoisses la rattrapent peu à peu…
Critique de Ma vie, ma gueule
Ma vie, ma gueule est le 7ème film de Sophie Fillières et aussi son dernier, puisque malheureusement, la réalisatrice (et scénariste) est morte peu après le tournage. Il ne s’agit pas d’une cinéaste dont le travail m’est particulièrement familier, n’ayant vu, avant celui-ci, que deux de ses films : Gentille (2005) et La Belle et la belle (2017). Sur cette base un peu mince, j’avais en tête que son cinéma mettait en scène des personnages plus ou moins angoissés, avançant à tâtons au travers de situations souvent teintées d’absurde, dont on peut supposer qu’elles reflètent le caractère étrange, inconfortable et déstabilisant de l’existence humaine.
Cette démarche, on la retrouve en partie dans Ma vie, ma gueule, mais sous une forme à la fois plus épurée, plus radicale et plus frontale qu’auparavant. Le récit réserve assez peu de péripéties à proprement parler ; il n’y a, de mémoire, pas de musique hormis celle qu’on entend en live
dans une séquence (composée par Katerine) ; et la protagoniste, présente dans absolument chaque scène, est souvent cadrée en plans resserrés. Au niveau de la tonalité, Ma vie, ma gueule est un peu plus grave que les deux films cités ci-dessus, mais on y retrouve néanmoins ces touches d’humour, ces notes d’espoir et ces légers décalages qui font, en partie, le sel du cinéma de Sophie Fillières.

Ce qui frappe rapidement, c’est la façon dont la caméra se concentre sur le visage de la protagoniste, et sur les errements qu’on y lit. On sent une volonté de ne pas se détourner de cette souffrance, sans pour autant verser dans le pathos, le narcissisme ou la complaisance. Malgré quelques situations qui m’ont paru légèrement téléphonées, Ma vie, ma gueule est aussi franc et sincère que son titre le laisse présager. Le texte est précis, ciselé et évite intelligemment toute explication psychologique superflue (pas de références laborieuses au passé de l’héroïne pour associer une cause spécifique à sa détresse). Quant à l’interprétation, et particulièrement celle d’Agnès Jaoui, elle constitue l’une des grandes forces du film.

La célèbre comédienne et réalisatrice du Goût des autres a peut-être accompli ici la performance la plus poignante de sa carrière. Présente dans quasiment chaque plan, elle exprime les doutes et les peurs de son personnage jusque dans ses moindres gestes, regards et mimiques, sans jamais être affectée ou empruntée. Jaoui ne se regarde pas jouer, et ce qu’elle livre à la caméra de Fillières est d’une authenticité qui fait écho à celle de la metteuse en scène.
Les objets durent plus longtemps que les gens
, chante Philippe Katerine (qui apparait dans deux scènes de Ma vie, ma gueule) sur l’un de ses albums (Le Film). On peut en dire autant des films, qui sont d’ailleurs, en quelque sorte, des objets. Celui-ci survivra donc à son autrice, et constitue un joli geste d’adieu de sa part.

Regarder Ma vie, ma gueule en streaming
Film disponible en streaming sur la ou les plateforme(s) suivante(s) :






















Aucun commentaire