Film de Daniel Roher
Année de sortie : 2026
Pays : États-Unis
Titre original : Tuner
Scénario : Daniel Roher, Robert Damsey
Photographie : Lowell A. Meyer
Montage : Greg O’Bryant
Musique : Will Bates
Avec : Leo Woodall, Havana Rose Liu, Dustin Hoffman, Lior Raz, Tovah Feldshuh, Jean Reno
Le Virtuose conjugue d’abord swing, élégance et discret commentaire social, avant de céder à de lourdes conventions scénaristiques. Plaisant mais, au final, surtout frustrant !
Synopsis du film
New York, de nos jours. Niki White (Leo Woodall), ancien pianiste qui a dû renoncer à la musique car il souffre d’hyperacousie, travaille comme apprenti accordeur aux côtés d’Harry Horowitz (Dustin Hoffman), figure du métier et ancien pianiste de jazz. Les deux hommes s’entendent à merveille, tant sur le plan personnel que professionnel.
Un jour, Niki découvre que son oreille exceptionnelle lui permet de distinguer les différents types de sons produits par les mécanismes des coffres forts, et donc de trouver leurs combinaisons. Un concours de circonstances va le pousser à utiliser ce don pour le compte d’une bande de voleurs ; ce qui, naturellement, va l’exposer à des ennuis…
Critique de Le Virtuose
Il commence bien, le premier long métrage de fiction de Daniel Roher (auteur notamment d’un documentaire sur le groupe The Band). Le tandem formé par Leo Woodall et Dustin Hoffman (quel plaisir de le revoir !) fonctionne immédiatement ; le montage est dynamique ; l’histoire est originale (vous en connaissez beaucoup, des films dont le héros est accordeur de pianos ?) ; le tout a la même élégance et la même fluidité que le jeu de Tommy Flanagan et les autres jazzmen que la bande originale du film donne à entendre.
Le point de départ permet en outre à Roher, et à son coscénariste Robert Ramsey, de développer de belles idées autour du métier d’accordeur (trouver l’harmonie à partir du chaos, tout en renonçant à la perfection), et d’éclairer, par petites touches, des problèmes sociaux et économiques majeurs aux États-Unis (tels que la couverture santé, notamment), tout en dépeignant une bourgeoisie volontiers superficielle (la plupart des pianos dont s’occupent Harry Horowitz et Niki White sont décoratifs : ils sont des signes extérieurs de richesse, plus que des instruments).
Bref, le fond et la forme sont là, et le précieux équilibre entre légèreté et gravité est atteint ; puis, peu à peu, les choses se gâtent. D’une manière assez commune : trop de gens ont dans l’idée que la fiction doit nécessairement être (très) dramatique. Il faut des moments de tension, des enjeux forts et identifiables. La partition devient alors plus pesante, plus prévisible et moins subtile. Pire, le fond y perd également : d’abord singulier, crédible et attachant, Niki White finit par cumuler plusieurs poncifs du héros américain typique. Poncifs qui véhiculent une obsession, très capitalistique finalement, de la performance. Dans cette logique, Niki ne peut pas être qu’un remarquable accordeur : il faut qu’il soit aussi un pianiste virtuose et qu’il ait une mémoire remarquable. Sa compagne dans le film, Ruthie (Havana Rose Liu), d’un narcissisme que le scénario ne semble pas questionner plus que ça, incarne cette même vision de l’existence, qui contredirait presque le début du film, et l’empêche de terminer sur les mêmes accords aériens que ceux qui portent la première demi-heure.

Le stupide titre français (Virtuose, tandis que le titre originale est Tuner, c’est-à-dire accordeur
) enfonce le clou en mettant l’accent sur l’aspect le plus discutable du récit. Il faut d’ailleurs se méfier de la virtuosité : en musique comme en d’autres domaines, elle n’est pas toujours synonyme de qualité et d’émotion. Django Reinhardt était un musicien virtuose, capable de jouer beaucoup de notes avec une fluidité extraordinaire, mais son génie mélodique et sa sensibilité faisaient que chaque note comptait, et que ses solos n’étaient donc pas une démonstration de technique mais, à l’inverse, des sommets de poésie musicale. L’un des travers de certains musiciens très doués techniquement est de mettre des notes partout, des effets dans tous les sens, au détriment de la mélodie et de la sensation. La scène finale du film, que je ne dévoilerais pas, donne à entendre une partie de piano qui est un bon exemple de virtuosité démonstrative. Elle est représentative d’un scénario qui oublie que la légèreté profonde, l’émotion discrète sont souvent plus appréciables, et mémorables, que les notes en cascades et autres effets mélos.
Dommage ! Pendant un bon moment, Le Virtuose ressemble à un petit miracle parmi les navets industriels dont nous inonde le cinéma américain actuel (le cinéma français ne fait pas beaucoup mieux en ce moment). Reste un début accrocheur, de bons comédiens, une musique originale réussie de Will Bates et des idées intéressantes, certes un peu gâchées par le dénouement, mais tout de même appréciables.
Espérons que le talentueux Daniel Roher cherchera, à l’avenir, à jouer moins de notes, mais qu’elles seront toutes pesées, pensées, délicates. En attendant, vous pouvez aller voir Le Virtuose au cinéma : il y a de bien plus mauvais films que celui-ci dans les salles obscures en ce moment.






















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