Film de Charlie Polinger
Année de sortie : 2025 (Cannes, États-Unis), 2026 (sortie nationale en France)
Pays : États-Unis, Roumanie
Scénario : Charlie Polinger
Photographie : Steven Breckon
Montage : Simon Njoo et Henry Hayes
Musique : Johan Lenox
Avec : Everett Blunck, Kayo Martin, Kenny Rasmussen, Joel Edgerton, Lennox Espy, Lucas Adler, Elliott Heffernan, Caden Burris, Kolton Lee
De films traitant d’une masculinité adolescente toxique, le cinéma en compte beaucoup ; mais tous n’ont pas les qualités de The Plague, parmi lesquelles figurent une interprétation de premier ordre et une forme finement pensée, jamais démonstrative.
Synopsis du film
Été 2003, aux États-Unis. Le jeune Ben (Everett Blunck), dont les parents se sont récemment séparés, intègre un camp de water-polo entraîné par Daddy Wags (Joel Edgerton). Il n’y connaît personne, et cherche à s’intégrer dans ce groupe de garçons de douze à treize ans, dont un dénommé Jake (Kayo Martin) semble être l’un des dominants
. Tout en bas de cette hiérarchie tacite figure Eli (Kenny Rasmussen), tenu à l’écart par les autres pour des raisons que Ben ne tarde pas à apprendre : il aurait, selon la rumeur farfelue entretenue au sein du groupe, contracté une forme de peste particulièrement contagieuse.
Porté par l’effet de groupe, Ben adopte d’abord la même attitude que ses partenaires à l’égard d’Eli ; mais sa nature bienveillante le pousse, un jour, à lui témoigner davantage de sympathie. Ce choix ne sera pas sans conséquences…
Critique de The Plague
C’est après avoir relu un journal intime, datant de son adolescence, pendant l’épidémie de COVID que Charlie Polinger commença à écrire ce qui allait devenir le scénario de son premier long métrage, co-produit par Joel Edgerton (qui fait partie du casting) et distribué par l’Independent Film Company, laquelle peut s’enorgueillir de multiples choix judicieux (pour n’en citer que quelques-uns : Factotum ; Antichrist ; Black Sheep ; Fish Tank ; Pontypool ; Dead Snow ; La Comtesse et même, le dernier Chabrol).
Des souvenirs ainsi remontés à la surface de sa mémoire, Charlie Polinger a puisé une matière moite, inconfortable, irritante, qu’il a ensuite modelée en un récit orginal (The Plague n’est pas autobiographique au sens strict, mais le fait que son action se situe en 2003 – date du fameux journal intime – établit un lien évident avec l’expérience personnelle du cinéaste et scénariste).
La quasi totalité du film se déroule dans un camp de water-polo, un environnement fermé (et humide) qui se prête bien à l’exploration de plusieurs thèmes du film : la compétition masculine ; les dynamiques de groupe, volontiers toxiques et brutales ; le regard des autres, auxquels on est d’autant plus exposés en maillot de bain ; le rapport au corps, à la peau, qui est souvent complexe et troublant pendant l’adolescence. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un plan sous-marin montrant des corps flottant à la surface, dont on ne voit pas les têtes, et cette simple image est plus effrayante que n’importe quelle scène d’Obsession, le film horrifique surcôté du moment, auquel il manque l’essentiel (un regard sur le monde, au sens large).
Polinger a, lui, un regard sensible et lucide sur tout ce qui se joue au sein d’un groupe de garçons de douze-treize ans : le désir d’appartenance ; la peur d’être exclu ; le rejet de la différence ; la reproduction d’une violence masculine héritée de la société et de la famille ; le poids des normes ; et bien sûr, un désir sexuel débordant, souvent honteux et trop visible. Tous ces éléments s’entremêlent dans une eau chlorée, dans des vestiaires et des dortoirs où l’humiliation guette celui qui montre un signe de faiblesse ou d’étrangeté. Une bande son très travaillée (sourde, évidemment, comme les sons perçus dans une piscine) et une musique originale organique de Johan Lenox concourent à nous faire ressentir un climat anxyogène, que le cinéaste ne cherche jamais à produire par le biais d’effets faciles ou de scènes spectaculaires : il sait pouvoir compter sur la précision du son et des images et aussi, voire surtout, sur de jeunes comédiens qui impressionnent.
Incarnant le trio central, Everett Blunck, Kayo Martin et Kenny Rasmussen livrent des compositions remarquables de justesse, et pas seulement pour leur jeune âge – beaucoup de stars masculines françaises du moment gagneraient à s’inspirer de leur travail… Conscient de leur potentiel, et malgré la forme très précise du film, Polinger a su leur laisser un certain espace de liberté pour qu’ils tentent des choses, et bien lui en a pris : chacun d’eux (saluons aussi le talent de leurs partenaires de jeu) excelle dans l’interprétation d’un personnage assez complexe, l’écriture de Polinger évitant toute caricature – y compris dans la caractérisation de Jake, la tête à claques auquel Kayo Martin prête des regards et intonations particulièrement subtils.
De cette plongé immersive et étouffante dans une adolescence vénéneuse, où la peur, la violence et la bêtise sont aussi contagieuses que la peste en son temps, a émergé certes un auteur, mais aussi des acteurs à suivre. En ce qui concerne Polinger, nous n’aurons pas à faire preuve d’une grande patience : son prochain long métrage, adapté d’une nouvelle d’Edgar Poe (on se souvient du film à segments Histoires extraordinaires), est déjà en préparation.




















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