Troisième chronique dédiée à Format Court 2026 avec, cette fois-ci, un mélange de films issus de trois sélections distinctes – et parfois, de troublants échos entre plusieurs récits.
Snow in September, de Lkhagvadulam Purev-Ochir

Tourné à Oulan-Bator, capitale de la mongolie, Snow in September s’intéresse au quotidien d’un lycéen, Davka, fan de mangas hyper violents, comme son amie et camarade de classe Anuka. Un après-midi, une femme d’environ quarante ans, prétendant habiter le même immeuble que le jeune homme, lui explique avoir refermé la porte de son appartement sans avoir pris ses clefs, en conséquence de quoi, elle demande à Davka de l’accueillir le temps que son mari revienne. Après cet épisode, Davka va éprouver une perplexité grandissante et s’interroger sur cette voisine que nul ne semble connaître dans l’immeuble…
La cinéaste mongole Lkhagvadulam Purev-Ochir a, de toute évidence, le sens de l’atmosphère et de la suggestion. Son court métrage intrigue par un climat flottant, presque teinté de fantastique, sans qu’aucun événement surréel ne survienne. Que veut-elle nous raconter ? Un rapport trouble au réel, favorisé par la naissance du désir et par les mondes virtuels procurés par les jeux vidéos et mangas prisés du jeune protagoniste ? Rien n’est explicité, et Snow in September puise une partie de son charme étrange dans cette économie d’explications. Le jeu rentré du comédien principal (Sukhbat Munkhbaatar) participe à cette approche subtile, de même que le rythme lancinant, une photographie soignée, des cadres précis et une bande son qui ménage ses effets. L’événement central pourrait être une sorte de légende urbaine – ce type de récits dont l’origine est souvent confuse, et les contours changeants.
Il y a, en tout cas, de la finesse dans le cinéma de Lkhagvadulam Purev-Ochir ; quelque chose de feutré, de silencieux, de discret. Comme la neige.
La Virginité, de Guillaume Boulay

Zozan Öztekin raconte un épisode de son adolescence au Kurdistan, tandis que des dessins successifs illustrent son récit. D’emblée, la voix (un peu gouailleuse) et le ton captent l’attention ; les mots aussi, spontanés, souvent drôles et directs, un peu comme les croquis pleins de vie de Michel Duval.
Le traitement est léger, mais le sujet est grave (l’expérience de la narratrice reflète la façon dont la religion et le patriarcat peuvent conditionner le sort des jeunes filles, et les maintenir dans une ignorance perturbante quant au fonctionnement de leur propre corps). C’est vif, précis, sans une seconde ou un mot de trop. Un de mes coups de cœur cette année à Format Court.
Au bord du volcan, de Jorge Granados Ross

Un film mexicain avec « volcan » dans le titre, cela peut faire songer au fameux roman de Malcom Lowry (Au-dessous du volcan), mais il s’agit a priori d’un hasard – surtout que le court de Jorge Granados Ross se déroule sur une île touristique du Pacifique, et non à Cuernavaca.
Sur cette île, le couple formé par Salva et Rafa passe des vacances ensoleillées avec un couple d’amis. Lorsque Rafa apprend la mort de son ex-compagnon, une ombre est jetée sur ce tableau azuré. Pour ne rien arranger, l’île est le théâtre d’un brutal mouvement de contestation, hostile au surtourisme, et Salva se comporte comme un macho autoritaire et immature.
Jorge Granados Ross mêle intelligemment crises sociétales et tensions personnelles, comme si intimité et marche du monde étaient traversées par les mêmes courants électriques et conflictuels – un phénomène d’écho qu’on observe souvent, sous différentes formes. L’arrogance masculine de Salva semble ainsi refléter celle de tout un système, à la fois matérialiste et dominateur. Avec intelligence, et sans manichéisme, le cinéaste finit par montrer une fragilité qui pourrait bien être salvatrice chez ce personnage d’abord antipathique ; il y a donc de la nuance ici, ce qui est toujours bienvenu au cinéma.
Une Fenêtre plein sud, de Lkhagvadulam Purev-Ochir

Lkhagvadulam Purev-Ochir est doublement présente à Format Court cette année, à travers Snow in September (sélection Secrets et tabous), évoqué ci-dessus, et Une Fenêtre plein sud, en compétition.
Outre leur cadre géographique (Oulan-Bator), les deux films ont de commun de ne pas surligner leurs intentions, de suggérer plus que de dire. Dans Une Fenêtre plein sud, le sujet n’est pas l’adolescence, puisque l’on y suit un couple avec un enfant (une petite fille) en train de chercher un appartement. Un couple qui traverse une crise, un peu comme ceux que nous montre Au bord du volcan ; et comme dans le film de Jorge Granados Ross, la société environnante semble ici exacerber cette tension intime.
Pas d’île ensoleillée dans Une Fenêtre plein sud, mais de grands immeubles qui paraissent ronger la nature (voir l’image ci-dessus) et d’interminables embouteillages (qui m’ont fait songer à la nouvelle de Cortázar, L’Autoroute du sud), propices à pousser Azaa et Shaghai dans leurs retranchements.
Au milieu de toute cette agitation urbaine, les bulles de savon soufflées par la petite fille sont comme d’éphémères bulles de légèreté et de poésie.
Par-delà le monde, de Théo Sixou

Tourné avec des élèves (dont on peut saluer le sérieux et l’implication) du collège Jean Jaurès à Clichy dans le cadre du programme Culture(s) de demain
, Par-delà le monde brouille les frontières entre rêve et réalité, passé et présent, folklore et monde matériel. Les multiples origines culturelles des jeunes comédiens servent d’appui à cette exploration d’un monde empli de mémoires riches et diverses, à l’image du monstre rêvé par Anthony, sorte d’hybride entre plusieurs croyances.
Il est difficile d’habiter le monde quand on manque de repères
, dit une jeune élève en parlant d’Anthony. Une phrase qui résonne comme une clé dans cet attachant conte fantastique. Dit-elle quelque chose de la jeunesse que filme le réalisateur Théo Sixou ? Je l’ignore ; mais entre les années COVID, l’omniprésence des guerres dans les actualités, des services publics malmenés et la banalisation des discours discriminants dans la société française, il y a de quoi manquer de repères
, et avoir envie de dormir – et de rêver, comme Anthony.























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