La quatrième éditition du Ganache Festival a débuté vendredi dernier (le 24 avril), au cinéma Le Grand Action. Récit d’une séance composée de courts métrages à la fois très différents les uns des autres et reliés par un motif commun.
C’est quoi, le Ganache Festival ?
Il s’agit d’un festival qui promeut de jeunes réalisatrices et réalisateurs (moins de 35 ans) et dont la sélection ne comprend que des films autoproduits, ou résultant d’une première production. J’ignore si le mot ganache
fait référence à la crème du même nom, mais j’aime bien cette idée – peut-être parce que le cinéma et le chocolat font partie de mes sources de plaisir dans la vie.
Chronique de la séance d’ouverture
Il y avait beaucoup de monde, ce vendredi 24 avril, au numéro 5 de la rue des Écoles (Paris 5ème), puis à l’intérieur de la vaste salle du Grand Action où était projetée la toute première séance du Ganache Festival 2026. Le public était majoritairement jeune (la vingtaine en moyenne), à l’image des créateurs de l’événement, et l’atmosphère vibrait d’enthousiasme ; de curiosité aussi, celle qui nous habite au moment de voir apparaître les premières d’un film sur un grand écran.
En l’occurrence, il s’agissait d’images en noir et blanc, celles tournées par Félicien Forest pour son film L’Ile, centré sur un tandem masculin dont les membres, Sami et Stéphane, travaillent dans une station d’autoroute. Le noir et blanc traduit une routine grise et répétitive, dont les deux protagonistes tentent de s’échapper par le rêve (en particulier Sami) et des jeux divers. L’arrivée d’une jolie automobiliste va plonger le sentimental Sami dans une rêverie amoureuse, peuplée de paysages marins, très éloignés de celui dans lequel est ancré son quotidien.
Le ton est léger, la mélancolie sous-jacente. Un plan montrant des voitures défiler devant l’aire d’autoroute semble suggérer que la vie se joue ailleurs, loin des deux zozos immobiles ou encore, que le système est indifférent au sort de ceux qui n’épousent pas son rythme et ses règles. Toutes les scènes ne se valent pas (à mon avis), mais l’ensemble est filmé avec soin, et la dernière image fait mouche.
Dans La fille à la recherche de la cabane, Phane Montet traite de sa fascination pour le parcours, hélas trop bref, du dessinateur et peintre urbain français Bilal Berreni. Assassiné en 2013 à Détroit, à seulement 23 ans, cet artiste éternellement jeune a d’abord réalisé des peintures sur plusieurs murs du 20ème arrondissement, dont il est originaire ; puis il a voyagé, entre autres, en Tunisie (lors de la révolution de 2010-2011, dont il a peint plusieurs des victimes), dans l’est de l’Europe, en Russie et dans l’extrême nord de la Suède ; c’est ce voyage précis qui est au coeur de La fille à la recherche de la cabane.
Le film traite, en partie, de la trace, du souvenir que l’on laisse derrière soi, en tant qu’être humain et en tant qu’artiste. Un plan montrant une peinture de Bilal Berreni presque entièrement effacée renvoie à cette idée. Mais ce court métrage explore aussi les raisons mystérieuses qui font qu’on peut se sentir proche de quelqu’un que l’on n’a pas connu, mais dont le travail, le regard résonnent en nous. La fille à la recherche de la cabane est rempli d’échos, de murmures qui traversent des époques, des lieux et des êtres.
La forme est hybride, mêlant documentaire et imaginaire (une scène correspond sans doute plus à un fantasme qu’à une réalité documentée), mais aussi images filmées et animations, celles-ci étant réalisées par la talentueuse Mona Schnerb. Ses dessins (qui déclinent, de façon habile et significative, l’esthétique de Bilal Berreni) se déploient (parfois) sur des paysages enneigés, qui évoquent (comme me l’a fait remarquer la spectatrice perspicace qui m’accompagnait ce soir-là) la surface vierge du papier où naissent les mots et les formes, les idées et les émotions ; ce film, très personnel et poétique, n’en manque pas.
Le rayon est vert, de Marion Renerre, est plus court et épuré que les deux films précédents. Il célèbre ces moments rares où se produit, entre deux personnes réunies par le hasard, une alchimie aussi mystérieuse que brève, ici représentée par une danse complice et harmonieuse. Porté par deux danseurs de talent, et filmé avec grâce, le film possède le rythme et le charme que son sujet exigeait. Une parenthèse pleine de douceur et de magie.
RDV, de Jules Cottier, part d’une idée récurrente dans les comédies romantiques : comment deux personnes qui semblent ne pas s’entendre peuvent être portées l’une vers l’autre. L’histoire repose sur un malentendu, un quiproquo qui m’a fait songer à la trame du Rendez-vous d’Ernst Lubitsch, auquel fait donc très probablement référence le titre RDV. Le point de départ est classique, donc, mais ce qui fait la différence, ce sont des dialogues malins, des personnages bien écrits, des comédiens convaincants, une réalisation inspirée et une belle photo. Cela en fait des qualités, me direz-vous ; largement assez, en tout cas, pour donner un joli cachet à ce court métrage attachant et souvent drôle.
A la fin de la séance, il me semble que c’est Marion Renerre qui a relevé le motif commun à ces quatre films : la rencontre. Qu’elle soit ratée, fantasmée, décalée, éphémère ou heureuse, elle est toujours inspirante, à l’image de cette séance de cinéma à la fois riche et cohérente. On souhaite une longue vie au Ganache Festival, et un beau parcours aux artistes programmés.






















Aucun commentaire