Film de Franck Landron
Pays : France
Année de sortie : 2004
Scénario : Gilles Cahoreaux, Christian Vincent et Franck Landron
Photographie : Franck Landron
Montage : Louise de Champfleury et Franck Nakache
Avec : Barbara Schulz, Alexandre Brasseur, Magali Muxart, Simon Bakhouche, Félix Landron, Zoé Landron, Angélique Thomas, Philippe Cura, Jackie Berroyer, Sonia Vollereaux
Plutôt oubliée aujourd’hui, la comédie Les Textiles est servie par une mise en scène et une interprétation pleines de vie et d’authenticité. Le texte, quant à lui, ne tombe pas dans les facilités que le sujet aurait pu encourager.
Synopsis du film
Sophie (Barbara Schulz) et Olivier (Alexandre Brasseur), en couple avec deux enfants, travaillent dans une boulangerie parisienne. Elle est à l’accueil, il est aux fourneaux. Un matin, Olivier voit une annonce dans la boulangerie, portant sur une maison située sur une île dans le sud de la France. Interpellé par un prix d’achat très bas, il en parle à Sophie. Après une rencontre avec des propriétaires sympathiques mais un peu déroutants (Jackie Berroyer et Sonia Vollereaux), le couple se décide à acheter.
Sophie est la première à se rendre sur place, avec les enfants. Très vite, elle réalise, avec sidération, que la propriété est située dans un espace où vivent exclusivement des naturistes.
Critique de Les Textiles
Note : du fait d’un problème de capture d’écran, les illustrations ci-dessous ont été réalisées avec un smartphone (photographie d’un écran de télévision), d’où une résolution et un cadrage bancals.
C’est bien, les vieux vidéo-clubs comme celui de la Butte, dans ce beau 18ème arrondissement de Paris ; notamment parce qu’on y trouve, entre autres, des films dont on ne parle plus et qui ne sont jamais diffusés à la télévision, ni projetés au cinéma. C’est le cas du troisième long métrage de Franck Landron, Les Textiles – troisième et dernier, d’ailleurs, en tout cas dans la catégorie fiction (il a travaillé sur des documentaires par la suite).
La lecture du pitch intrigue : un couple de boulangers (des héros boulangers au cinéma, il y en a peu – trop peu, de mon point de vue !) achète, sans le savoir, une maison située dans un camp de naturistes. Beaucoup de scénaristes français, à partir de cette idée (que l’on doit apparemment à Gilles Cahoreau, auteur du premier jet du scénario des Textiles), se seraient contentés de multiplier les blagues potaches, en-dessous de la ceinture. Ce n’est pas la direction que Landron a choisie, et cela se ressent dès les premiers plans du film.

Ceux-ci donnent d’emblée une indication sur les conditions de tournage. Sans doute pour des raisons budgétaires, Les Textiles a été filmé avec une petite caméra vidéo portative, en équipe réduite, avec prise de son directe et probablement en lumière naturelle. Cette méthode, contrairement aux apparences, est exigeante : un jeu un peu approximatif, une mise en scène un peu brouillonne ou une écriture maladroite donne aussitôt au film l’apparence d’une vidéo amateur. En revanche, si le plateau réunit suffisamment de talents, elle favorise un sentiment d’authenticité, de vivacité et donne par ailleurs aux acteurs une grande liberté de mouvement. Les Textiles tend à refléter les avantages de ce type de tournage, pour plusieurs raisons.

D’abord, le texte est bien écrit. Aucun acteur ne peut être bon si son texte est médiocre, on ne le dira jamais assez ! En l’occurrence, celui-ci sonne juste et évite les facilités que le scénario aurait pu encourager. Il faut dire que Franck Landron a travaillé avec Christian Vincent, qui n’écrit pas avec une truelle (il est l’auteur de La Discrète, de Beau Fixe et de L’Hermine, des films élégants et subtils). Ensuite, les comédiens sont tous convaincants. On croit immédiatement au couple de boulangers parisiens campé par Barbara Schulz et Alexandre Brasseur ; la première donne l’impression d’avoir été vendeuse en boulangerie toute sa vie, le second d’avoir les mains dans la pâte et la farine depuis des décennies. Les scènes toutes simples filmées dans la boulangerie avec les clients, la rue de Paris au petit matin, la fatigue, la clope fumée sur le trottoir entre deux fournées… Tout ça sonne vrai, et c’est parce que le film parvient à nous faire croire à ce quotidien que naturellement, on accompagne Sophie et Olivier dans un déroutant mouvement vers le sud. Les contributions de Magali Muxart, Jackie Berroyer ou encore Sonia Vollereaux contribuent également à la réussite de l’ensemble.

Mouvement qui conduit donc Sophie et ses enfants (Olivier est censé les rejoindre plus tard) sur une île principalement habitée par des naturistes (détail qu’ignore les protagonistes). À partir de l’arrivée sur l’île, le film aurait pu flirter avec la grossièreté, voire du voyeurisme, mais tout est dans le regard du metteur en scène, or, on sent que celui de Landron n’a rien de malsain ou de graveleux. (Pour l’anecdote, afin de se mettre sur un pied d’égalité avec les figurants et comédiens, lui-même était nu quand il tenait la caméra et donnait ses indications de mise en scène, et ce n’était pas de l’exhibitionnisme : il suffit de regarder les bonus du film pour comprendre qu’il était plutôt gêné par cette situation.)
Landron et Vincent se posent en observateurs : ils observent d’une part un microcosme au sein duquel plusieurs personnalités et comportements cohabitent (il y a les naturistes intolérants et radicaux, ceux qui sont plus ouverts), et qui n’est donc pas réduit à une caricature, d’autre part les réactions, plus ou moins assumées, que le côtoiement de ce microcosme provoque chez Sophie (puis Olivier, dans un second temps).

Ainsi, si on on sourit parfois, Les Textiles n’est pas un film de gags, on peut d’ailleurs dire qu’il n’y en a aucun. C’est plutôt un film qui réfléchit sur le couple mais aussi, et surtout, sur la façon dont une personne adulte peut, à tout âge, s’interroger sur qui elle est, ce qu’elle veut, désire et attend de l’autre, etc. (réflexion qui dans le film, est provoquée par un changement d’environnement). Les derniers instants du film, que je ne révélerais pas, reflètent une ambiguïté intéressante, qui confirme que Les Textiles n’a rien à voir avec les comédies stéréotypées et lourdaudes qui reposent sur le même type de situation de base (la rencontre entre deux modes de vie). C’est, au contraire, un film d’auteur, qui comporte les qualités essentielles : un bon texte ; un réalisateur qui sait regarder ; des comédiens qui jouent juste. Le résultat est certes modeste, mais la modestie est, aussi, une qualité.
























Aucun commentaire