Film de Pierre Schoeller
Pays : France, Belgique
Année : 2025
Scénario : Pierre Schoeller et Anne-Louise Trividic, en collaboration avec Violette Garcia
Musique : Paweł Mykietyn
Photographie : Nicolas Loir
Montage : Laurent Rouan
Avec : Camille Cottin, Romain Duris, Denis Podalydès, Céleste Brunnquell, Bruno Podalydès, François Orsoni, Myriem Akheddiou
Rembrandt aborde un sujet sensible en se distinguant par un traitement singulier, qui honore l’importance de l’émotion artistique.
Synopsis du film
Claire (Camille Cottin) et Yves (Romain Duris), mariés depuis le tout début de leurs études supérieures, sont tous deux chercheurs dans le nucléaire. Au cours d’un séjour à Londres, ils se rendent à la National Gallery en compagnie de leur fille Salomé (Céleste Brunnquell). Après s’être éloigné pour répondre à un coup de fil, Yves s’étonne de ne pas retrouver sa femme dans les couloirs du musée…
Critique de Rembrandt
La première fois que j’ai aperçu l’affiche du film Rembrandt, au cours de la manifestation du 18 septembre 2025 à Paris, je l’ai désignée à des proches d’un air moqueur en croyant à un biopic sur le célèbre peintre néerlandais avec Romain Duris dans le rôle titre, quand bien même le visuel contient de nombreux éléments incompatibles avec cette interprétation. Probablement que la déferlante de biopics explique mon erreur, ça et le titre du film ; mais loin de moi l’idée de me chercher des excuses : c’était là de ce type de jugements hâtifs dont nous ne sommes jamais tout à fait à l’abri. Heureusement, l’une des personnes qui m’accompagnait m’a très justement fait remarquer que le look des comédiens sur la photographie n’était pas très conforme au 17ème siècle… Dès lors, le titre m’a intrigué : il est rare, en effet, qu’un film qui ne soit pas un biopic prenne pour titre le nom d’une personne célèbre. Je ne suis d’ailleurs pas certain d’avoir en tête le moindre exemple similaire. La question qui s’imposait était dès lors la suivante : mais quel rapport ce film peut-il bien entretenir avec l’un des plus illustres peintres de l’École hollandaise du 17ème (merci Wikipédia) ?
Eh bien, cette question est précisément au cœur du film de Pierre Schoeller qui, disons-le d’emblée, repose sur un excellent scénario. Celui-ci a été écrit par le réalisateur et Anne-Louise Trividic (avec la contribution de Violette Garcia) ; Anne-Louise Trividic qui a collaboré avec Pascale Ferran, Patrice Chéreau, Tonie Marshall et Dominik Moll – un parcours plutôt intéressant, donc. Le thème principal, pour faire (très) court, est le risque nucléaire. Ce n’est bien entendu pas la première fois que le cinéma s’en empare ; en 2013, Grand Central, de Rebecca Zlotowski, dépeignait des conditions de travail peu rassurantes dans les centrales nucléaires françaises. Mais les exemples sont nombreux, qu’il s’agisse de films catastrophe très premier degré (Malevil) ou encore de la brillante satire de Kubrick (Docteur Folamour).

Comme souvent, c’est bien moins le sujet, si intéressant (et important, en l’occurrence) soit-il, qui fait la qualité d’un film que la façon dont il est traité. Ici, l’une des très belles idées est d’avoir utilisé l’art, plus particulièrement l’émotion esthétique qu’il peut procurer, comme point de départ du changement profond, difficile à décrire (je sais que tu voudrais des phrases, mais il n’y a pas de phrases
) qui s’opère chez le personnage de Claire (Camille Cottin, parfaite). Car le moins que l’on puisse dire, c’est que l’art, et plus généralement la culture, n’ont pas été très bien traités en France au cours de ces dernières années. Jugée non essentielle à l’époque de la pandémie de COVID, la culture est surtout vue par le gouvernement actuel comme une source d’économies, un domaine dont on peut saper le budget (voir l’actualité navrante au sujet du pass Culture) – peut-être parce qu’il est susceptible, comme le film de Schoeller l’illustre, de nous questionner nous-mêmes, ainsi que le monde et la société qui nous entourent. Mais passons ; sans entrer dans des considérations politiques forcément subjectives, Rembrandt donne à l’art (pictural) un rôle souvent nié, oublié ou sous-estimé et rien que pour cela, il faut saluer la démarche de Pierre Schoeller (auteur de l’histoire de base, me semble-t-il).

Mais un scénario, ce n’est pas qu’une bonne idée. Son développement est ici bien maîtrisé, conjuguant un souci de réalisme (on sent que les scénaristes se sont documentés) avec une dimension poétique et spirituelle (pas religieuse, s’entend) ; deux aspects qui ne font pas toujours bon ménage et qui en l’occurrence, s’équilibrent dans un récit rigoureux, habilement structuré et dont la toute dernière note est d’une belle précision.
À partir de cette base écrite solide, Schoeller (dont on est en droit de préférer son film L’Exercice de l’État à une série TV qui ménage bien trop l’image d’Édouard Philippe, modèle de son protagoniste) ne se montre pas pour autant paresseux à la caméra. Les images ont du sens, comme celles tournées à la National Gallery, où le cinéaste joue intelligemment sur les perspectives entre les visages des personnages et ceux visibles sur les peintures, un parallèle qui rejoint directement l’histoire du film.

Le rythme imprimé par le montage épouse les flottements intérieurs de l’héroïne. Flottement
est un mot important ici : Rembrandt ne martèle pas un message, ne verse pas dans le manichéen. Par exemple, l’ingénieur campé (avec une justesse dont tous les comédiens du film peuvent être crédités) par Denis Podalydès n’est pas un personnage cynique, indifférent aux risques liés à l’activité dans laquelle il travaille, mais un homme honnêtement convaincu, sans doute trop sûr de ses propres raisonnements, mais jamais caricatural. Ainsi, le film exprime certes un point de vue, un regard, une sensibilité mais d’une façon intelligente et nuancée (mon principal reproche sera une seule ligne de dialogue, caricaturant bêtement les fonctionnaires : ces derniers n’en ont vraiment pas besoin en ce moment).
Vilipendé en ligne par des internautes de droite (voire d’extrême droite) réactionnaires et anti écologiques (dont la plupart n’ont sans doute pas vu le film), tandis que la critique cinéma parait divisée à son sujet, Rembrandt risque d’avoir un parcours furtif dans les salles obscures. Ne tient qu’à vous de pousser la porte d’une salle de cinéma pour aller le découvrir ; mais aussi celle d’un musée, d’une simple galerie, d’une bibliothèque publique ou d’une librairie. À l’instar de Claire, vous pourriez bien en ressortir changé, d’une manière discrète et invisible…






















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