Film d’Isabel Coixet
Pays : Espagne, Italie
Sortie (France) : 2026
Scénario : Isabel Coixet, et Enrico Audenino, d’après le roman Tre ciotole de Michela Murgia
Photographie : Guido Michelotti
Montage : Jordi Azategui
Musique : Alfonso de Vilallonga
Avec : Alba Rohrwacher, Elio Germano, Sarita Choudhury, Silvia D’Amico, Galatéa Bellugi, Francesco Carril
Trois Adieux décrit avec justesse les étapes propres à différents types de deuil, tout en célébrant la beauté du monde d’une bien jolie façon.
Synopsis du film
Marta (Alba Rohrwacher) et Antonio (Elio Germano) vivent à Rome. Un jour, le second quitte la première. Marta traverse alors une période d’autant plus difficile qu’elle se retrouve confrontée à un grave problème de santé. Elle ignore que pendant ce temps, Antonio pense beaucoup à elle, confiant ses souvenirs à Silvia (Galatéa Bellugi), une employée de son restaurant.
Critique de Trois Adieux
Trois Adieux est adapté d’un roman de Michela Murgia, une écrivaine italienne disparue en 2023 qui ne cachait pas ses engagements antifasciste et féministe. Son ultime ouvrage, Devenir fasciste, mode d’emploi, comporte un passage à méditer avant de se rendre aux urnes en mai prochain : Ceux qui construisent des murs, ceux qui n’offrent leur solidarité qu’aux leurs, ceux qui dressent les gens les uns contre les autres pour mieux les contrôler, ceux qui limitent les droits civiques et les libertés, ceux qui nient le droit à la migration en brandissant la menaces des lois et des responsabilités, ce sont eux les fascistes d’aujourd’hui.
Trois Adieux (Tre ciotole en italien) ne comporte, quant à lui, pas de dimension politique explicite (même si une blague sur Karl Marx me parait refléter un net penchant à gauche). Semblant proche de l’expérience personnelle de Murgia, confrontée à un cancer du rein à la fin de sa vie, le récit traite de plusieurs formes de deuil, dont le deuil amoureux et un deuil plus absolu – celui de la vie même. Le film rend compte des émotions, parfois contrastées, propres aux différentes phases de ces deuils : la tristesse, la colère, la rancœur, l’abattement, la nostalgie, l’espoir…
La réalisation d’Isabel Coixet (metteuse en scène et scénariste espagnole ayant dirigé, entre autres, Sarah Polley, Ben Kingsley, Juliette Binoche, Tim Robbins et Penélope Cruz) a ceci de fort qu’elle parvient à traduire, en quelques plans, les impressions et sentiments des personnages. Ainsi, quand elle filme un homme qui passe sur un pont ou une femme en train de faire du vélo à Rome, elle découpe la scène de sorte à ce que le spectateur perçoive le ressenti de l’individu en question. Chaque scène du film, même les plus simples sur le papier, stimulent donc fortement la sensibilité et l’intuition du spectateur.
Si le montage, ainsi que la photo et certains effets visuels (utilisés pour traduire un état d’esprit), témoignent d’un travail complexe, le résultat à l’écran paraît fluide, naturel
: Trois Adieux ne tire jamais trop sur la corde sensible et ne verse pas dans la démonstration. Il parvient à exprimer une idée simple (être capable de voir la beauté du monde est d’autant plus essentiel quand nous sommes confrontés au pire) de manière lyrique, mais jamais trop appuyée. Tout cela reste aérien, presque léger, bien que très émouvant.
La musique contribue souvent à cette émotion. L’utilisation de I Get Along Without You Very Well par Nina Simone, notamment, est particulièrement poignante. Isabel Coixet a du goût : cette version piano/voix est la plus belle de ce standard composé par Hoagy Carmichael, à égalité avec celle donnée par Chet Baker. Il s’y déploie une grâce qui est au cœur de Trois Adieux, dont la première scène débute par un vol d’étourneaux et une question fondamentale : volent-t-il de cette façon pour se protéger d’attaques éventuelles, ou parce que c’est beau et qu’ils aiment le faire ? La croyance en la seconde réponse est ce qui porte Trois Adieux, le livre dont il est tiré et le spectateur qui sort de la salle de cinéma après avoir vu ce beau film.
Quelques mots sur le casting
Le casting de Trois Adieux est composé de la comédienne italienne Alba Rohrwacher, qui a tourné dans quelques films français (devant la caméra d’Arnaud Desplechin et Stéphane Brizé, notamment), d’Elio Germano, de Francesco Carril (vu récemment dans la série espagnole surestimée Los años nuevos) et de Galatea Bellugi, vue dans L’Apparition, Chien de la casse, La Fille d’Albino Rodrigue et L’Engloutie (un beau film enneigé). Si on retient particulièrement le visage expressif d’Alba Rohrwacher, tous brillent dans des rôles bien écrits et apportent une contribution précieuse au film.
























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