Film de Claude Baechtold
Année de sortie : 2023
Pays : Suisse
Scénario : Claude Baechtold, Kevin Schlosseur, Katia Monla
Montage : Kevin Schlosser
Avec : Claude Baechtold, Serge Michel, Paolo Woods
Chronique d’un voyage cahoteux effectué par un trio pittoresque dans l’Aghanistan de 2002, Riverboom est un documentaire à la fois drôle, émouvant et passionnant.
Synopsis
En 2002, Claude Baechtold, un graphiste suisse amateur de photographie, est convaincu par un ami, le journaliste Serge Michel, de l’accompagner en Afghanistan, quelques mois après le début de la guerre. Michel doit y effectuer des reportages pour le compte du journal Le Figaro. Le jeune homme accepte, malgré sa totale inexpérience en la matière. Une fois sur place, le duo retrouve Paolo Woods, un photographe de guerre italien.
Serge Michel n’ayant pas besoin de deux photographes, Baechtold tente de retourner en Suisse, mais aucun avion ne décolle. Son ami lui fabrique alors une seconde fausse accréditation, et, muni d’un caméscope dont il ne sait d’abord pas se servir, Baechtold suit Serge Michel et Paolo Woods dans un parcours qui s’annonce imprévisible et dangereux.
Critique de Riverboom
Il arrive parfois, assez souvent à vrai dire, que des événements qui semblent d’abord négatifs entraînent des conséquences heureuses. Ainsi, la perte des bandes vidéo tournées par Claude Baechtold en Afghanistan au début des années 2000 a d’abord dû être une mauvaise nouvelle pour lui ; mais comme il l’a confié dans une interview, le réalisateur n’aurait jamais, à l’époque, monté et raconté cette histoire comme il l’a fait (avec la collaboration précieuse du monteur Kevin Schlosser) vingt ans plus tard, après avoir remis la main sur ce précieux document. En d’autres termes, le Riverboom de 2003 n’aurait pas été le Riverboom de 2023 ; il aurait sans doute été moins personnel, peut-être moins drôle aussi.
Car Riverboom est drôle, même si ce terme semble un peu curieux quand on songe que le film a été tourné dans une Afghanistan en guerre – celle qui opposa, à partir de l’automne 2001, d’un côté une coalition internationale menée par les USA (avec le soutien local de l’Alliance du Nord), et de l’autre les talibans, revenus au pouvoir en 2021 (on en connait les funestes conséquences). L’humour nait du trio haut en couleur au centre du film ; de situations souvent rocambolesques ; de personnages et de rencontres étonnants. Mais ce n’est pas que
drôle : à sa façon, Riverboom rend compte d’une situation complexe, pour ne pas dire assez chaotique, qui semble préfigurer l’échec de la stabilité promise par les USA. Il fait aussi le portrait d’une population afghane souvent accueillante et généreuse, dont on ne peut que regretter qu’elle ait été, par le passé et encore aujourd’hui, soumise à des forces (locales comme internationales) peu soucieuses de son bien-être et de sa liberté.
Le film comporte plein d’aspect intéressants, outre tout ce qu’il donne à voir du pays où il a été tourné. Par exemple, le tandem Paolo Woods / Claude Baechtold illustre la question du regard, différent selon la personne : Woods, photographe de guerre professionnel, capture des images graves en noir et blanc, souvent lourdes de sens, tandis que Baechtold cherche à saisir toutes les couleurs de l’Afghanistan, et photographie des détails qui n’ont pas leur place dans un reportage de guerre, mais qui sont intéressants et pleins de vie. Leur complémentarité est évidente, tandis que Serge Michel, qui rejoindra plus tard Le Monde, force l’admiration par sa détermination et l’audace de ses questions, y compris quand il s’adresse à un chef de guerre violent et alcoolique…
De la même manière qu’un film de fiction, un documentaire prend toujours une dimension supplémentaire quand son réalisateur y met une partie de lui-même. C’est le cas dans Histoire d’un regard, dans Apolonia, Apolonia et dans Riverboom, qui raconte aussi l’histoire de son réalisateur et notamment, l’épreuve terrible à laquelle il a été confronté suite au décès simultané de ses deux parents. Au cours d’une scène tournée près de la rivière Boom, ce background personnel surgit de manière émouvante et trouve une forme de résolution inattendue. Le titre du film fait d’ailleurs directement référence à ce moment clé.
La petite
et la grande histoire ; l’intime et le politique ; le personnel et le collectif ne sont pas des sphères totalement séparées : elles se mêlent sans cesse, s’influencent parfois, de diverses façons. Riverboom est riche de ces multiples dimensions et c’est, en partie, ce qui fait son intérêt et sa valeur.
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