Film de Philippe Lesage
Pays : Canada
Année de sortie : 2024
Scénario : Philippe Lesage
Photographie : Balthazar Lab
Montage : Mathieu Bouchard-Malo
Avec : Noah Parker, Arieh Worthalter, Aurélia Arandi-Longpré, Paul Ahmarani, Antoine Marchand-Gagnon, Sophie Desmarais, Guillaume Laurin, Carlo Harrietha, Irène Jacob, Laurent Lucas
Comme le feu met efficacement en scène la tension résultant de relations masculines basées sur des schémas virilistes et étouffants.
Synopsis du film
Blake (Arieh Worthalter) et Albert (Paul Ahmarani), deux anciens étudiants en cinéma, ont travaillé sur des films ensemble avant de continuer leur carrière chacun de leur côté. Quand le second se rend dans le chalet du premier avec ses enfants Aliocha (Aurélia Arandi-Longpré) et Max (Antoine Marchand-Gagnon), lequel est accompagné de son ami Jeff (Noah Parker), de vieilles rivalités refont surface.
Critique de Comme le feu
Les réunions entre amis, cela peut donner de sacrés mauvais films, accumulant les poncifs. C’est, me semble-t-il, particulièrement vrai en France (pas toujours, heureusement !) – mais Comme le feu n’est pas français, même s’il est francophone, puisqu’il est l’œuvre du cinéaste québécois Philippe Lesage, pour qui le désir et les troubles amoureux sont des motifs phares (voir son film Les Démons, mais aussi Genèse).
Ce n’est cependant pas le sujet principal ici, même s’il s’agit d’un ingrédient tout à fait essentiel. Comme le feu traite avant tout d’une forme de compétition virile et toxique que le personnage de Blake impose, implicitement, à une partie de son entourage (plus particulièrement à son ami Albert), sans (presque) jamais cesser de paraître sous les traits d’un hôte accueillant. La composition d’Arieh Worthalter, dont on se souvient de la performance extraordinaire dans Le Procès Goldman, évite tout manichéisme, donnant à voir des attitudes ambiguës, crédibles, finement dominatrices.
Le comédien n’est pas le seul à briller ici : l’ensemble du casting (dont Noah Parker ; Aurélia Arandi-Longpré ; Paul Ahmarani ; Sophie Desmarais) excelle devant une caméra qui ne laisse aucune place à l’approximation. En effet, les plans séquence sont nombreux, mais jamais démonstratifs ; ils s’efforcent avant tout de capter les détails nichés derrière les mots et les gestes des personnages pour créer une tension sourde, progressive, dont la pleine expression nécessitait une durée longue (2h40). On ne s’ennuie ceci dit jamais, tant chaque scène renferme ce feu étouffé auquel renvoie le titre du film.
Lesage se montre également habile dans l’utilisation des décors, qui font écho aux énergies noueuses inhérentes au récit, qu’il s’agisse d’un chalet parfois étouffant à une nature belle mais aussi dangereuse, que le réalisateur filme en convoquant par moments l’atmosphère de certains survivals (l’affiche française fait même une référence, discutable, à Délivrance ; ceci dit, celle à Rohmer est carrément absurde), ce qui n’est pas si étonnant dans la mesure où Lesage a déjà abordé le cinéma de genre (dans Les Démons).
L’arrivée vers le milieu du film de Laurent Lucas, comédien sous-exploité par le cinéma français, et de la précieuse Irène Jacob, constitue un atout supplémentaire ; mais Comme le feu avait déjà convaincu par son intensité et par sa précision (scénaristique, technique et artistique, avec un petit bémol pour une scène musicale too much vers la fin), qu’il met au service d’un sujet à la fois intemporel et d’actualité – à savoir, les conséquences d’une facette vénéneuse de la masculinité, dont toute la question est de savoir si le jeune Jeff (Noah Parker), confronté à son désir pour Aliocha, en héritera ou s’en libèrera. Un enjeu dont la portée est, de toute évidence, générationnelle et collective.
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Porté par des comédiens remarquables, Comme le feu explore les rouages d'une masculinité problématique avec une finesse rare, et une maîtrise technique impressionnante.






















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