Film de George Miller
Année de sortie : 2024
Scénario : George Miller, Nico Lathouris
Photographie : Simon Duggan
Montage : Eliot Knapman et Margaret Sixel
Musique : Junkie XL
Avec : Anya Taylor-Joy, Alyla Browne, Chris Hemsworth, Tom Burke, Lachy Hulme, George Shevtsov, John Howard, Charlee Fraser
À la fois préquelle et spin-off de Fury Road, Furiosa : une saga Mad Max fonctionne aussi bien au niveau purement visuel que narratif, sans parler d’un sans fautes côté casting.
Synopsis du film
En Australie, dans un futur post-apocalyptique marqué par des paysages arides et des ressources rares – que se disputent des gangs brutaux –, la jeune Furiosa (Alyla Browne, puis Anya Taylor-Joy) est membre de la communauté des Vuvalini, habitants de la Terre verte. Comme son nom le suggère, celle-ci est une sorte d’oasis au sein d’un territoire globalement désolé.
Un jour, Furiosa est enlevée par des motards peu scrupuleux, qui font partie de l’armée de Dementus (Chris Hemsworth), un seigneur de guerre particulièrement fourbe et cruel.
Dementus cherche à savoir où se trouve la terre d’abondance d’où vient la petite fille. Il ignore que la mère de celle-ci, Mary Jo Bassa (Charlee Fraser), une redoutable tireuse d’élite, a suivi la piste des ravisseurs…
Critique de Furiosa : une saga Mad Max
Ce n’est pas si fréquent, les sagas cinématographiques étendues sur plusieurs décennies qui ne sombrent pas dans la caricature, les facilités, l’opportunisme et autres travers. Je ne m’étendrai pas sur la saga Star Wars, dont je n’ai pas vu les derniers volets ; mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle est très inégale (ce ne sont pas les créateurs de South Park qui diront le contraire), au même titre que la série des Alien, dont le premier film fait toujours office de référence absolue.
Si on est en droit, et c’est un peu mon cas, de trouver au tout premier Mad Max (1979) un côté sec, épuré et implacable moins présent dans les films suivants, force est de constater que Fury Road (2015) et maintenant sa préquelle Furiosa prolongent la saga de manière assez brillante, pour ne pas dire virtuose.
Entre ces deux films, George Miller a signé le mésestimé Trois mille ans à t’attendre, un conte cinématographique plutôt réussi et très singulier, et il me semble que le récit de Furiosa, plus riche en personnages et péripéties que celui des deux premiers Mad Max, reflète également, quoique d’une façon beaucoup plus noire et violente, ce même talent de conteur chez George Miller, lequel a co-écrit le film avec son copatriote Nico Lathouris, déjà crédité sur Fury Road.

L’idée du film est de raconter la jeunesse du personnage de Furiosa, introduite dans Fury Road et qui était alors incarnée par Charlize Theron (on peut donc parler de spin-off autant que de préquelle). Dans ce nouveau film, qui se passe plusieurs années avant le précédent, Miller a confié le rôle titre à Anya Taylor-Joy, révélée dans The Witch (2015) et vue également dans Split (2016). Le réalisateur a justifié ce changement d’interprète par son refus de recourir à des effets numériques pour rajeunir Theron ; choix entendable quand on songe aux résultats embarrassants obtenus par ce procédé dans plusieurs films (The Irish Man, ou le dernier Indiana Jones). Cependant, il me semble, vu le vécu du personnage (on ne s’attend pas à ce que Furiosa arbore une jeunesse éclatante, même à 20 ans) et l’âge tout de même pas si avancé de Theron (un peu moins de cinquante ans), qu’un peu de maquillage, conjugué à une photo adaptée, aurait peut-être suffi à produire un résultat cohérent. Mais ne polémiquons pas outre mesure sur ce sujet, même si on peut comprendre la frustration de Charlize Theron ; par ailleurs, il faut noter que sa successeuse se montre à la hauteur de ce rôle très physique et intense.
Furiosa : une saga Mad Max comprend les mêmes ingrédients que les quatre films précédents (courses poursuites impressionnantes ; noirceur d’un monde ravagé par l’activité humaine et la perte de ressources naturelles ; méchants sadiques et dégénérés ; gueules cassées ; ultra-violence ; etc.), et présente le même cachet esthétique que Fury Road, plus sophistiqué que les premiers Mad Max, notamment du fait de l’utilisation très probable d’effets numériques pour styliser les ciels, accentuer les couleurs, ajouter des fumées… Au niveau des cascades, pour lesquelles la saga a très vite été reconnue, c’est toujours du solide et de l’artisanal, même si c’est parfois un peu plus difficile de bien s’en rendre bien compte, compte tenu d’un environnement en partie retravaillé. (Cela rejoint une remarque de Mathieu Kassovitz, très hostile aux CGI, qui avait préféré les images du making-of de Fury Road, dépourvues d’artifices numériques, aux plans finaux ; chacun se fera son avis sur la question.)
Tout cela fonctionne bien, grâce, tout simplement, à une construction habile du récit, à des personnages bien croqués (dont un antagoniste certes particulièrement cruel, mais plus drôle que d’habitude, du fait de la composition un peu décalée et très réussie de Chris Hemsworth) et à la réalisation de Miller, toujours aussi précise. Elle rend les scènes d’action à la fois lisibles et spectaculaires, et valorise aussi bien les décors que le jeu et l’apparence des comédiens. Côté photographie, Simon Duggan propose des palettes proches de celles que le chef opérateur John Seale avait privilégiées sur Fury Road, les deux films se situant donc dans la même lignée sur le plan formel, ce qui fait plutôt sens.

Le personnage de Furiosa suscite d’emblée l’empathie du spectateur, ainsi qu’une certaine admiration (c’est une femme particulièrement forte, ce qui n’étonne pas de la part de Miller : déjà, dans le premier Mad Max, l’épouse du protagoniste était loin de jouer les plantes vertes – sans parler des rôles féminins importants dans Les Sorcières d’Eastwick ou le plus récent Trois mille ans à t’attendre). La mère de Furiosa, jouée par la mannequin et comédienne Charlee Fraser, en impose tout autant, et il faut également souligner la performance convaincante de la toute jeune Alyla Browne dans le rôle de Furiosa enfant.
Si le personnage de Mad Max n’est pas présent dans Furiosa : une saga Mad Max, on relèvera avec un sourire que Prétorien Jack, le conducteur de camion campé (avec brio) par le britannique Tom Burke, n’est pas très éloigné, en termes de compétences, d’apparence et même de caractérisation (certes, en moins blasé et désespéré), du héros tourmenté joué successivement par Mel Gibson et Tom Hardy. De toute évidence, Max le fou
manquait trop à Miller pour qu’il s’en dispense totalement…

La toile de fond de la saga Mad Max résonne toujours avec notre époque, où la question du manque de ressources et de la dépendance aux énergies fossiles est plus présente, encore, qu’à l’époque de la sortie du premier volet, directement inspiré du choc pétrolier de 1973. Cette actualité contribue sans doute à la longévité de cette saga, dont le discours sous-jacent est loin d’être obsolète. Hélas…
Colin Gibson, le créateur des véhicules de Fury Road et Furiosa
Sans véhicules et sans cascades, il n’y aurait pas de Mad Max, même si contrairement à Fast and Furious par exemple, la saga de George Miller ne se résume pas à ces éléments (ou disons plutôt, qu’ils s’inscrivent dans un récit, dans une vision). Récemment, en interview, le cinéaste a salué la mémoire de Grant Page, cascadeur australien disparu cette année (en mars 2024) – l’homme qui conduit la voiture de police (interceptor) qui traverse une caravane au début du premier Mad Max.
Sur Fury Road puis sur Furiosa, pour la fabrication des véhicules qu’on voit à l’écran, Miller a fait appel à Colin Gibson, australien également (sans lien de parenté avec Mel), qui a fait un travail remarquable. L’entreprise posait des difficultés car lorsqu’on fabrique des engins pour la saga Mad Max, ils doivent pouvoir encaisser des chocs et avaler du sable sans broncher, comme Gibson l’explique très bien dans cette interview.
Furiosa : une saga Mad Max s'affirme comme un divertissement de haute voltige grâce à un récit bien emmené, une réalisation toujours aussi brillante et un casting solide. L'impact du film réside aussi dans son actualité, le background de l'histoire étant étroitement connecté à des problématiques largement discutées aujourd'hui (même si Mad Max reste du spectacle avant d'être un film à message). Ceci étant dit, si la saga a gagné en spectaculaire et en virtuosité technique, elle a perdu en sobriété et du même coup en suspense, le premier Mad Max restant de loin le plus sombre et tendu de tous les épisodes.























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