Film de Simon Bouisson
Année de sortie : 2024
Pays : France
Scénario : Simon Bouisson, Fanny Burdino et Samuel Doux, avec la collaboration de Gilles Marchand
Photographie : Ludovic Zuili
Montage : Yann Dedet
Musique : Paul Sabin
Avec : Marion Barbeau, Eugénie Derouand, Cédric Kahn, Stefan Crepon, Bilel Chegrani
Faire un monster movie avec une machine à portée hautement symbolique : ce n’est pas une idée nouvelle (comme presque toutes les idées), mais Drone lui donne un joli coup de frais en l’utilisant dans un récit intelligent, actuel et bien filmé.
Synopsis du film
Émilie (Marion Barbeau), diplômée en architecture, suit une formation à Paris dirigée par Richard (Cédric Kahn), à la tête d’un cabinet d’architectes. Comme beaucoup d’étudiants en France, Émilie a des problèmes d’argent et doit jongler entre le projet confié par Richard dans le cadre de la formation, et un travail de camgirl qui lui permet de payer son loyer.
Une nuit, Émilie remarque la présence d’un mystérieux drone qui l’observe régulièrement. Peu à peu, cette présence ajoute à son sentiment de fatigue et d’anxiété…
Critique de Drone
Il y a quelques années, dans les épisodes Haine virtuelle et Metal Head, la célèbre série d’anthologie britannique Black Mirror imaginait des drones en forme d’abeille et des machines de guerre entièrement commandées par une IA. Mais ce n’est pas de ce côté qu’il faut chercher les influences de Simon Bouisson, le réalisateur de Drone ; en effet, là où Black Mirror pointait du doigt le phénomène des haters (Haine virtuelle) et les dérives liés à la robotosation des conflits armés (Metal Head), Drone s’intéresse, entre autres, à la thématique du voyeurisme. Son réalisateur cite donc Fenêtre sur cour et Le Voyeur parmi les films qu’il avait en tête. Quant à l’idée d’ennemi déshumanisé et obstiné, comme une machine, on la retrouve dans Duel et dans sa version aquatique, Les Dents de la mer, deux films également évoqués par Bouisson dans cette interview.

Mais passons sur les influences car autant le dire d’emblée, Drone affirme suffisamment de singularité pour capter notre attention sans que l’on songe à tel ou tel film antérieur. Cela tient à une réalisation élégante (Paris et sa banlieue sont très bien filmés ici), qui utilise habilement un paysage urbain particulièrement propice à la sensation d’être observé, écouté, voire filmé un peu partout ; sensation ancrée dans notre époque, que le récit métaphorise à travers le monstre mécanique et volant auquel le titre du film fait référence. Mais au-delà de ses qualités formelles, Drone témoigne d’une écriture de qualité, qui soigne particulièrement la mise en place et la progression narrative (le suspense et la tension sont préférés au spectaculaire), ainsi que la caractérisation des personnages, dont une héroïne crédible et consistante. La danseuse et actrice Marion Barbeau l’incarne avec brio, jouant à la fois de son expressivité et de ses capacités physiques.

Drone brasse plusieurs thèmes : l’omniprésence des caméras dans le monde moderne, le voyeurisme qu’elle nourrit mais aussi la domination masculine, illustrées ici sous différentes formes et dans différents contextes (dont le monde professionnel, représenté dans le film par le cabinet dirigé par Richard, incarné par Cédric Kahn). Le film parvient à connecter ces thèmes entre eux et à les imbriquer de façon cohérente dans son scénario, écrit par Simon Bouisson, Fanny Burdino et Samuel Doux (lequel a travaillé avec Cédric Kahn, Sébastien Marnier ou encore Laurent Cantet). Gilles Marchand est crédité comme collaborateur, ce qui, dès le générique de début, donne de l’espoir : Marchand a en effet réalisé ou co-écrit plusieurs réussites du cinéma de genre français, parmi lesquelles Qui a tué Bambi ? ; Harry, un ami qui vous veut du bien ; Lemming ; L’Autre monde ou plus récemment Dans la forêt.

Cet espoir n’est pas déçu, la suite parvenant à créer un climat paranoïaque efficace et à susciter une vraie empathie pour ses personnages, en particulier Émilie (Marion Barbeau) et Mina (Eugénie Derouand). Les différentes strates du récit sont toutes cohérentes entre elles ; par exemple, la nature du projet architectural d’Emilie (la réhabilitation d’une ancienne usine en un lieu social) est, d’une certaine façon, une réponse à l’enfermement que peut entraîner une virtualité excessive, problématique que le film explore directement.

Pour toutes ces raisons, Drone s’affirme comme une vraie réussite dans le genre thriller, ce dont le cinéma français peut assez rarement se vanter (et le cinéma US, une des références en la matière, de moins en moins). On peut dès lors s’étonner qu’un spectacle de cette tenue, à la fois divertissant et entrant en résonance avec plusieurs peurs contemporaines, ne soit pas mieux distribué dans les salles (7 salles à Paris, c’est relativement peu). Aux spectateurs de donner de la force à ce film, à ses auteurs et à ses interprètes en allant le voir là où il est diffusé.
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