Nouvelle chronique dédiée à la 7ème édition du festival Format Court, qui se tient en ce moment sur la rive gauche parisienne (chantée par Alain Souchon !), plus précisément au Studio des Ursulines. Cette fois, cap sur une partie de la sélection du Fonds court métrage de la Ville de Paris, partenaire de l’événement.
Fille du Calvaire, de Stéphane Demoustier
Le réalisateur de La Fille au bracelet, Borgo et L’Inconnu de la Grande Arche a tourné plusieurs courts métrages avant de sortir son premier long en 2014, Terre battue. Celui qui nous intéresse ici est son cinquième et avant-dernier court, et son titre fait référence à la station de métro éponyme (qui s’écrit normalement au pluriel, l’usage du singulier étant ici significatif), située à la limite des 3ème et 11ème arrondissements de Paris.
C’est à cette station que chaque matin, Jérôme (Denis Eyriey) retrouve son ami Patrick (Antoine Mathieu), fan du PSG et de Javier Pastore (un indice temporel sur la date de tournage du film, le milieu offensif argentin ayant rejoint l’équipe parisienne en 2011).
La quasi totalité du film se déroule dans une rame de métro, où les deux hommes discutent d’une jolie chanteuse dont Jérôme est tombé amoureux. Chaque scène est un nouveau trajet en métro, au cours duquel Jérôme raconte une étape supplémentaire de sa rencontre avec la femme en question ; Patrick l’écoute, le conseille, le motive, d’une façon qui trahit une implication curieuse, voire une forme de projection.
L’idée du film est maline. D’abord, il y a toujours quelque chose de stimulant à voir des personnes discuter d’un événement qui reste hors-champ et donc un peu mystérieux (Jérôme est-il en train d’exagérer, voire de mentir ?) ; ensuite, on ne sait à peu près rien de Jérôme et Patrick, et ce sont leurs échanges et réactions qui, peu à peu, distillent de vagues indices sur leur personnalité et leur état d’esprit respectifs. Le procédé stimule naturellement l’imagination du spectateur, et ce sens de l’ambiguïté se retrouvera d’ailleurs, sous d’autres formes, dans tous les longs métrages que Demoustier tournera plus tard.
Le sujet principal, ici, c’est Patrick : comment reçoit-il ces confidences, et ce qu’elles remuent en lui. Les plans obscurs montrant les tunnels du métro parisien défiler entre chaque rencontre semblent figurer ce mouvement intérieur progressif, jusqu’à un final étonnant. Une réussite, déjà représentative de l’approche narrative de Stéphane Demoustier.
L’Avance, de Djiby Kebe
Diplômé de l’école Kourtrajmé dans la section photographie, Djiby Kebe s’est visiblement inspiré (en partie) de son environnement pour écrire et filmer L’Avance, dont le protagoniste est – comme lui – étudiant aux Beaux-Arts de Paris. Aliou (le personnage en question, joué par Saabo Balde) est un jeune peintre venant de conclure un accord avec une galeriste, mais qu’une acheteuse déterminée (Julia Faure) convainc d’accepter une somme d’argent liquide en échange de son dernier tableau (arguant que la galeriste en question lui prendra une trop grosse commission).
La scène pourrait paraître anodine, heureuse même (après tout, un artiste cherche à vendre ses oeuvres), mais le discours vénal de la femme en question et surtout, la musique funeste de Lyele (compositeur originaire de Marseille) créént une impression inquiétante. D’emblée, le spectateur pressent qu’Aliou a fait un mauvais choix en vendant, de la sorte, un tableau à la signification très intime. Un parfum quasi faustien flotte dès lors dans les plans du film…
Des plans dont la photographie possède un joli cachet vintage, d’ailleurs. Mais L’Avance ne se contente pas de soigner son image : toutes les répliques servent le sujet (qui es-tu vraiment Aliou ?
demande un de ses amis au héros, lequel répond : justement, je ne sais pas, c’est tellement dur de savoir
), tandis que le récit, à travers une construction sobre et précise, soulève des questions intemporelles sur la différence entre prix et valeur (on pense à l’aphorisme d’Oscar Wilde), et sur la place que certains objets doivent occuper dans un espace précis, sous peine de perdre leur sens premier et de résonner dans le vide.
C’est d’autant plus intelligent qu’on ne juge jamais le sympathique Aliou, dont la famille connaît visiblement des difficultés économiques et qui éprouve, en tant qu’arstiste, une besoin naturel de reconnaissance. Ne pas juger, mais interroger : c’est ce que fait Djiby Kebe ici, et c’est une approche qui pourrait bien rendre ses prochains travaux tout aussi intéressants que celui-ci, d’autant plus qu’en termes de cadrage, de photo, d’utilisation de la musique et de rythme, L’Avance témoigne d’une belle maîtrise.
Note : je n’ai pas encore vu les autres films de la même sélection, le fait de ne pas les évoquer ici ne signifie en rien que je ne les ai pas appréciés !
Format Court 2026, jusqu’à dimanche prochain au Studio des Ursulines.






















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