Film de Louis Malle
Année de sortie : 1994
Pays d’origine : États-Unis
Titre original : Vanya on 42nd Street
Scénario : André Gregory et David Mamet, d’après Oncle Vanya, d’Anton Tchekhov
Photographie : Declan Quinn
Montage : Nancy Baker
Musique : Joshua Redman
Avec : Phoebe Brand, Lynn Cohen, George Gaynes, Jerry Mayer, Julianne Moore, Larry Pine, Brooke Smith, Wallace Shawn, Andre Gregory
Arte propose en ce moment une sélection de films de Louis Malle, dont l’assez méconnu Vanya, 42e Rue, que j’ai eu l’occasion de découvrir il y a quelque temps dans un cinéma de quartier de la rive gauche parisienne. J’avais ensuite griffonné une chronique dans un café du 18ème, que je n’avais pas publiée dans la foulée. La programmation de la célèbre chaîne franco-allemande m’a rappelé au souvenir de ce beau film, et je me suis donc mis en quête de cette critique oubliée. La voici !
Synopsis du film
New York, début des années 1990. Une troupe de comédiens répète la pièce Oncle Vania, d’Anton Tchekhov.
Critique de Vanya, 42e Rue
En général, quand un film porte sur la répétition d’une pièce de théâtre, le scénario mêle le contenu de la pièce avec la vie des comédiens, ou avec les relations au sein de la troupe. Une astuce assez classique consiste à établir des parallèles plus ou moins subtils entre ces deux dimensions.
Il est donc naturel de s’attendre à un schéma narratif de ce type en s’apprêtant à regarder Vanya, 42e Rue ; toutefois, cette attente est prise à contrepied dès les premières minutes du film.
En effet, si le dernier long métrage de Louis Malle (tourné peu après Fatale) s’ouvre par quelques plans sur le New York de l’époque (première moitié des années 90), puis enchaîne avec de brefs échanges entre un metteur en scène de théâtre et des comédiens, ces scènes ne nous disent rien, ou pas grand chose, sur la vie intime des personnages, et sur les relations qui les lient. On sait juste qu’une représentation complète (et sans public) de la pièce Oncle Vania, écrite en 1897, est prévue. Et c’est cette répétition que le film nous donne à voir, dans un fabuleux décor de théâtre.
En somme, Vanya, 42e Rue est, sur le papier, du théâtre filmé. Mais quand l’auteur de la pièce est Tchekhov, que son adaptation est signée David Mamet (auteur du subtil House of Games), que le tout est filmé (avec une sensibilité discrète) par Louis Malle et interprété par Wallace Shawn et Julianne Moore (entre autres), le résultat est bien supérieur à ce que peut laisser craindre cette expression, en général un peu péjorative.
Le pari assez osé, pour ne pas dire radical du film fonctionne donc très bien. Même quand Vanya (Shawn) manipule une tasse avec un anachronique I Love New York
inscrit dessus, on y croit encore. N’est-ce pas la preuve même que les qualités conjuguées d’un texte et de son interprétation suffisent à convaincre et à émouvoir, sans qu’il ne soit nécessaire de recourir au moindre effet, au moindre artifice ? (Dans un tout autre genre, Dogville illustrait aussi cela.)
C’est peut-être ce que le réalisateur d’Atlantic City voulait démontrer en tournant ce film ; qui, ceci dit, n’est pas une démonstration, mais bel et bien de l’art. Même le bruit d’un marteau piqueur, utilisé dans l’une des pièces du cinéma de la rive gauche où Vanya, 42e Rue était programmé en ce jour de printemps, n’a pas suffi à altérer le pouvoir immersif de ce film ; comme quoi, les machines ne peuvent pas grand-chose contre l’art dramatique et le cinéma.
Accéder au site ARTE TV (le film est disponible gratuitement jusqu’au 15 mars 2025, dans la section Le cinéma de Louis Malle)
A savoir : la 42è rue mentionnée dans le titre du film est l’une des rues les plus célèbres de New York. Elle traverse Midtown, un arrondissement situé à Manhattan, et notamment le Theater District, un quartier comprenant de nombreux théâtres et cinémas. Le titre du film de Malle suggère simplement que la pièce Oncle Vania est répétée dans un théâtre de la 42è.
Vanya, 42e Rue illustre la force d'un bon texte et l'importance du jeu des comédiens. Une belle et sobre conclusion à la carrière de Louis Malle, qui disparaîtra peu après la sortie du film.






















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