Voici une sélection toute personnelle des films sortis en 2025 qui m’ont séduit sur le moment, et habité sur la durée.
Le TOP 7
L’exercice du top cinéma a ceci d’intéressant qu’il implique, contrairement à la critique, de se retourner sur des films plusieurs mois après leur découverte. Cette distance temporelle permet de mesurer ce que ces films ont laissé en nous ; en d’autres termes, d’évaluer si l’on a développé, avec eux, un rapport un tant soit peu intime et personnel ou si, à l’inverse, leur souvenir est plat et sans échos.
Par exemple, il y a environ un an de cela, j’aurais sans doute pensé intégrer The Brutalist, alors tout juste visionné au Max Linder avec un ami, dans la sélection qui suit ; mais voilà, quand je songe à ce film de Brady Corbet, qui a fait couler beaucoup d’encre, j’en vois avant tout la structure, sophistiquée mais écrasante. Ma propre intuition n’y trouvant pas son chemin, j’en conclus que malgré l’admiration qu’il m’a inspiré sur le moment, ce film ne compte pas vraiment à mes yeux (ce qui ne dit rien de ses qualités).
Concernant le tout aussi commenté Une Bataille après l’autre, la raison de son absence est plus discutable. Entre une bande annonce donnant à entendre un bavardage lourdaud, et un début de film que j’ai trouvé grossier et pas crédible (j’attends d’un artiste qu’il symbolise le masculinisme autrement que par un sexe en érection), je ne me suis pas donné les moyens de me faire un véritable avis sur le dernier film de Paul Thomas Anderson.
Ces précisions faites, j’espère que cette sélection vous donnera des envies de visionnage – c’est son unique ambition !
Nino
La lecture du pitch de Nino (un jeune homme est confronté à un nouvelle bouleversante portant sur sa santé) pourrait vous faire redouter un film pesant et tire-larmes. Si je ne peux garantir que vous n’en verserez pas une (de larme), je peux en revanche vous promettre qu’elle aura été provoquée par un moment de cinéma délicat dans ses moindres nuances. La présence élégante et singulière de Théodore Pellerin n’y est pas pour rien, mais le sens du récit, et de l’image, dont témoigne Pauline Loquès non plus. Du côté des seconds rôles, on croise avec joie, au cours d’un parcours parisien étendu sur trois jours, Salomé Dewaels, Camille Rutherford, William Lebghil, Jeanne Balibar et Mathieu Amalric.
L’Agent secret
Comme The Brutalist avant lui, le dernier film de Kleber Mendonça Filho a fait l’objet de vibrantes éloges. Je l’ai vu trop récemment pour être certain que l’impression qu’il a produite sur moi sera pérenne, mais entre une narration qui prend le temps (comme rarement, aujourd’hui) d’exposer l’histoire et les personnages, une réalisation admirable mais jamais démonstrative, un casting inspiré (y compris pour les personnages les plus furtifs) et un sens du détail qui fait mouche, L’Agent secret me donne beaucoup de raisons de penser que oui. Et je suis à peu près sûr que l’image (symbolique) d’une enfant endormie, juste après une réplique pleine d’espoir sur l’avenir du Brésil, laissera une empreinte durable dans ma mémoire de spectateur. Enfin, ce film nous rappelle que le visage de l’autoritarisme a souvent quelque chose de grossier, de laid et de stupide. Les exemples vivants qui nous le confirment en ce moment ne manquent pas – hélas !
(Critique à venir)
L’Inconnu de la Grande Arche
L’architecture, et à sa façon le cinéma, c’est, entre autres choses, la confrontation d’un projet à une réalité qui soumet sa réalisation à de multiples facteurs (physiques, pratiques, politiques, économiques). Si l’auteur du projet en question y a mis beaucoup de lui-même, le processus peut être douloureux, voire déchirant. C’est, en partie, ce que raconte L’Inconnu de la Grande Arche, avec une précision architecturale… Une autre réussite de Stéphane Demoustier, peut-être sa plus grande à ce jour.
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Nouvelle vague
À une époque où les grandes plateformes de streaming et l’IA menacent de favoriser le développement d’un cinéma lisse et formaté (même s’il serait injuste et inexact de réduire le cinéma contemporain à cette tendance), la vision d’un film qui célèbre la créativité, la spontanéité (dans un cadre pensé et réfléchi) et le recours au système D ne peut être que rafraîchissante, comme un verre dégusté au bar du Louxor. Si je cite ce cinéma mythique, ce n’est pas uniquement parce que c’est celui où j’ai découvert Nouvelle vague, mais aussi parce que Richard Linklater y a posé ses caméras pour y tourner l’une des premières scènes de ce film, qui chronique la préparation et la réalisation d’À bout de souffle avec une joie et un entrain communicatifs. De jeunes comédiens méconnus y livrent des prestations particulièrement bluffantes (et ce n’est pas facile d’incarner Godard, Belmondo, Truffaut et Seberg).
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Rembrandt
Le dernier film de Pierre Schoeller a été lynché (de façon spontanée ou coordonnée, sur ce point, je ne me prononcerais pas) sur les réseaux sociaux (et sur allo ciné) par une horde de réactionnaires de droite (pléonasme ? en 2026, c’est bien possible), fustigeant, fidèles à leurs subtiles habitudes, un film de bobo
et de gaucho
. Pourquoi, me direz-vous ? Pas parce qu’il dénonce la violence policière, comme la plupart des longs métrages ciblés par ce genre de messages, mais parce qu’il traite du risque nucléaire. En plus, sa plus belle idée (la révélation de la protagoniste campée par Camille Cottin passe par une émotion provoquée par des peintures) donne à l’art une place fondamentale et déterminante dans nos vies. C’en était trop pour les auditeurs de CNEWS. Si vous n’en faites pas partie, je vous conseille de découvrir un film qui emprunte une voie singulière pour articuler une réflexion utile.
The Insider
Pas facile de s’y retrouver dans la filmographie très fournie et hétérogène, un peu inégale aussi, de Steven Soderbergh, dont j’ai le sentiment que son meilleur film est son premier (le palmedoré Sexe, mensonges et vidéo). Ceci dit, The Insider est un film d’espionnage de grande classe, dont de nombreuses scènes se déroulent dans la maison des protagonistes, un couple d’agents secrets gâtés par la nature (Cate Blanchett et Michael Fassbender). Leur intimité complexe, pénétrée par les règles et enjeux de leur délicate profession, est au coeur de ce film qui mêle finesse, amertume et acidité, comme un bon Gin Tonic.
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Soundtrack to a coup d’état
Le documentaire du belge Johan Grimonprez revient sur les mois agités qui ont suivi l’indépendance du Congo (1960), de la formation de son premier gouvernement à l’assassinat indigne du très estimable Patrice Lumumba, qui refusait que son pays continue d’être pillé par le bloc de l’Ouest. Le tout, avec une bande son jazz qui n’est pas qu’une (splendide) musique d’accompagnement, mais une composante du récit : entre les jazzmen et jazzwomen engagés (pro-décolonisation et pro-droits civiques, deux causes comparables) comme Max Roach et Abbey Lincoln, et un Louis Armstrong manipulé (ce qui finira par l’écoeurer) par les USA dans une logique de soft power, plusieurs musiciens de jazz sont connectés à l’histoire que nous raconte Soundtrack to a Coup d’État. Histoire qui reflète un impérialisme brutal (américain et européen) encore pratiqué aujourd’hui, sous d’autres formes.
Autres films conseillés
Le Répondeur, avec Salif Cissé, est une comédie sociologiquement intelligente et jamais lourde : il n’y en a pas tant que ça en France (et ailleurs).
Les Mots qu’elles eurent un jour est une quête de mots, ceux que des femmes membres du FLN ont prononcés en 1962 devant la caméra de Yann Le Masson, pour le tournage d’un documentaire dont la bande son a disparu. Une perte hélas symbolique et représentative : les attentes de ces femmes n’ont guère trouvé d’échos dans la société née, en partie, de leur lutte. Passionnant documentaire, même si sa forme demeure un peu trop modeste.
Doux, sensuel, poétique : Hiver à Sokcho, de Koya Kamura, est tout cela, mais d’une façon légère, non appuyée. Tout est dans le plan de la buée sur le miroir, que l’héroïne (Bella Kim) efface avec un pinceau, révélant ainsi le reflet de ses jolis yeux songeurs. De l’art de signifier beaucoup en un seul geste, délicat qui plus est.
L’Engloutie, de Louise Hémon, est un film dont la photo, la bande son et la réalisation contribuent à créer une atmosphère feutrée, mystérieuse et (parfois) sensuelle. Très maîtrisé sur le plan formel, le film propose un récit intéressant à bien des égards, autour de l’arrivée d’une jeune institutrice dans un petit hameau montagneux, au tout début du siècle dernier. Avec Galatéa Bellugi dans le rôle principal.



















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