Film de Steven Soderbergh
Pays : États-Unis
Année de sortie : 2025
Titre original : Black Bag
Scénario : David Koepp
Photographie : Peter Andrews (autre nom de Steven Soderbergh)
Montage : Mary Ann Bernard (autre nom de Steven Soderbergh)
Musique : David Holmes
Avec : Cate Blanchett, Michael Fassbender, Marisa Abela, Tom Burke, Naomie Harris, Regé-Jean Page, Pierce Brosnan, Gustaf Skarsgård
The Insider, à ce jour la meilleure collaboration entre Steven Soderbergh et David Koepp, s’affirme comme un divertissement d’espionnage sophistiqué, habile et ludique.
Synopsis du film
L’espion britannique George Woodhouse (Michael Fassbender) est chargé par son supérieur Meacham (Gustaf Skarsgård) d’identifier celle ou celui qui, au sein du service, a délibérément laissé fuiter un programme TOP secret appelé Severus.
Compte tenu de la gravité des risques encourus, George ne dispose que d’une semaine pour trouver la taupe. Sachant que sa propre épouse Kathryn (Cate Blanchett), également agent secret, fait partie des cinq suspects, cette tâche promet d’être particulièrement délicate…
Critique de The Insider
Drôle de cinéaste que Steven Soderbergh. Il s’est frotté à beaucoup de sujets, de genres, si bien qu’il n’est pas évident de le « cerner » un tant soit peu en tant qu’artiste, de déceler une cohérence, des motifs récurrents dans son travail, en particulier des motifs narratifs et thématiques. On pourrait arguer que cela contribue à le rendre intéressant ; il n’en reste pas moins que sa filmographie (que je ne connais pas entièrement, je livre donc ici une impression, non un jugement définitif) est bancale. On a parfois l’impression qu’il n’est pas investi à égale mesure dans tous ses projets, dont certains semblent s’apparenter à des exercices de style, parfois à la limite de l’anecdotique (à l’image de KIMI, semblable à un quelconque thriller Netflix).
Soderbergh n’écrit plus de scénarios depuis une vingtaine d’années (ce qui n’est pas une critique, mais une constatation, comme disait mon grand-père). À titre personnel, je considère que son tout premier long métrage, Sexe, mensonges et vidéo (dont il a écrit le scénario seul) est son oeuvre la plus intéressante et la plus personnelle à ce jour. Ce film culte avec Andie MacDowell, James Spader et Laura San Giacomo a remporté la Palme d’or 1989 ; Soderbergh, né en 1963, n’avait alors que 26 ans. Bien entendu, il a signé plusieurs bons films depuis, mais à mon sens, aucun d’entre eux ne respire la même sincérité, ne dégage la même aura. Même sa version de Solaris, qui m’avait beaucoup ému à l’époque (avec ce magnifique poème de Dylan Thomas, Death Shall Have No Dominion), m’a paru rétrospectivement un peu fade après que j’eus découvert l’original de Tarkovski. Mais venons-en à nos moutons ; plus précisément, à ce sac noir (Black Bag) auquel on a préféré, en France, attribuer un autre titre anglais (The Insider), pour d’étranges raisons.
Le scénario de The Insider est de David Koepp, dont c’est la troisième collaboration avec Soderbergh après le transparent KIMI et le fatiguant Presence, film fantastique sorti en France seulement quelques semaines avant The Insider (Soderbegh est un réalisateur très – trop ? – prolifique). Koepp est associé à plusieurs succès critiques et/ou commerciaux ; il a notamment écrit, ou co-écrit, Jurassic Park, L’Impasse, le premier Mission Impossible, ou encore le Spider-Man de Sam Raimi. En tant que réalisateur, il a signé le divertissant Hypnose (1999), avec Kevin Bacon. Avec The Insider, il s’essaie à un genre qu’il n’avait pas encore abordé à ma connaissance : le film d’espionnage.
Dans leur chronique sur ce film, certains critiques du Masque et la plume, la fameuse émission radio dont Rebecca Manzoni a repris les rênes avec classe, ont évoqué L’Affaire Cicéron (1952), peut-être le plus brillant film d’espionnage de l’histoire du cinéma. La référence au film de Joseph L. Mankiewicz n’est pas liée à des similitudes scénaristiques, mais plutôt à une élégance d’écriture qu’on retrouve, toutes proportions gardées, dans le script de David Koepp.
Ce dernier utilise le milieu de l’espionnage pour créer un jeu de pistes sur le thème du mensonge, de la manipulation et des non-dits, y compris (et même surtout) dans l’intimité. Ainsi, le couple d’espions formé par Michael Fassbender et Cate Blanchett est le point de gravité principal du récit. Son fonctionnement complexe et sa longévité mystérieuse (compte tenu des difficultés liées à leur profession) intéressent davantage le scénariste que les enjeux géopolitiques inhérents à son intrigue, certes ancrée dans une actualité internationale majeure (la guerre Russie-Ukraine), mais dont Koepp se sert comme d’un prétexte.
Les dialogues sont finement ciselés ; les personnages bien croqués ; et les comédiens (tous excellents) ont visiblement eu du plaisir à exécuter une partition ludique, savoureuse et millimétrée. Steven Soderbergh a mis au service de cette dernière son sens du cadre et du découpage (il a d’ailleurs signé la photo et le montage du film, sous des pseudonymes). Sa mise en scène se montre aussi fluide et précise que la plume de son scénariste, dont le travail m’a fait quelque peu songer à celui d’un autre David, à savoir David Mamet, expert dans l’art de tisser des intrigues malines et raffinées (avec toutefois une profondeur supplémentaire lorsqu’il est à son meilleur, comme dans Engrenages, son premier film).
Sur le moment, à moins d’avoir un QI de 130 (je n’ai jamais fait de test, mais je doute d’approcher ce score), il n’est pas toujours évident de saisir toutes les subtilités d’un récit dont, après réflexion, on réalise qu’il repose certes sur un enchaînement logique et mathématique d’événements, mais qu’il est également tiré par les cheveux (justement parce que dans la réalité, les choses ne se déroulent pas selon une mécanique aussi figée). Cela n’a cependant pas beaucoup d’importance : The Insider ne se revendique pas comme une exploration réaliste du monde de l’espionnage : encore une fois, celui-ci sert avant tout de point de départ à un exercice scénaristique assez délectable.
Le mot est dit : exercice. S’il offre un plaisir de vision qu’on aurait (à mon sens) tort de bouder, qu’il dégage beaucoup de charme et qu’il a, en plus, le bon goût de ne pas excéder 1h30 – un format devenu trop rare –, The Insider n’a toujours pas permis à Steven Soderbergh de retrouver la singularité authentique propre à sa première oeuvre. Mais ce n’est peut-être pas ce qu’il recherche ; peut-être est-il conscient qu’il est préférable de réussir des films divertissants (ce terme n’ayant rien de péjoratif) que de courir après une grâce perdue. Si c’est son humble et respectable objectif, il l’a davantage atteint avec The Insider qu’avec la plupart de ses films récents.






















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