Film de Fabienne Godet
Pays : France
Année de sortie : 2025
Scénario : Fabienne Godet et Claire Barré, d’après le roman Le Répondeur de Luc Blanvillain
Photographie : Eric Blanckaert
Montage : Florent Mangeot et Florent Vassault
Musique : Éric Neveux
Avec : Salif Cissé, Denis Podalydès, Aure Atika, Clara Bretheau, Manon Clavel, IZM, Harrison Arevalo
Le Répondeur livre des observations intéressantes, à travers un récit léger qui a l’élégance de ne jamais les mettre trop en avant.
Synopsis du film
Baptiste Mendy (Salif Cissé), originaire de Lille, tente de percer à Paris en tant qu’artiste de stand-up et imitateur. Ses spectacles plaisent, mais sa réputation demeure discrète.
Un soir, l’écrivain Pierre Chozène (Denis Podalydès) rend visite à Baptiste dans les loges du théâtre où il se produit. Il finit par proposer au comédien une curieuse mission : user de ses talents pour l’imiter au téléphone. Ainsi, Chozène, qui se dit sans cesse dérangé par ses proches, aura la paix nécessaire pour terminer son nouveau roman.
Baptiste commence par refuser, mais les fins de mois sont difficiles et le frigo peu rempli. Il commence alors à chercher
la voix de Chozène…
Critique de Le Répondeur
Il faut en convenir, les affiches de film font assez rarement l’objet d’un travail graphique intéressant. Le plus souvent, elles misent sur l’explicite, l’illustratif, le commercial. Il faut voir le visage des comédiens principaux, leur nom, dans une image qui donne des indications claires sur le genre, voire sur le sujet. On retrouve cette pauvreté visuelle sur les jaquettes de la plupart des DVD et de Blu-ray, sauf chez quelques éditeurs plus attachés à l’esthétique : Carlotta en France ; Arrow Films en Angleterre ; Criterion aux États-Unis… L’affiche du Répondeur traduit cette absence de créativité et ne fait pas augurer des qualités, bien réelles, de ce long métrage.
Le scénario, écrit à quatre mains par la réalisatrice Fabienne Godet et la scénariste Claire Barré, est basé sur un roman de Luc Blanvillain, publié en 2020 chez Quidam. J’ignore dans quelle mesure le film lui est fidèle mais dans tous les cas, il offre un récit équilibré, sans lourdeurs ni fautes de goûts (ce qui n’est pas si fréquent dans les comédies françaises). La situation imaginée par Blanvillain n’est, en effet, jamais utilisée comme un banal réservoir à gags et à quiproquos. Les scénaristes l’ont, au contraire, développée de manière crédible et intelligente, sans en surligner les significations.

Celles-ci sont diverses, et certaines ont une couleur sociale, voire sociologique. À travers son étrange mission, Baptiste Mendy accède à un réseau de personnalités que son milieu
d’origine, moins bourgeois et mondain que celui dans lequel évolue Pierre Chozène, ne lui permettait pas d’approcher. Le Répondeur fait réfléchir à cette logique de classes, en quelque sorte, mais sans l’annoncer clairement. Par ailleurs, Baptiste, pour honorer son contrat secret, doit jouer un rôle qui assez rapidement, sollicite ses émotions personnelles, si bien qu’il peine à établir une frontière nette entre ce qu’il ressent et ce pourquoi il a été engagé. C’est une belle métaphore du travail du comédien mais là encore, le scénario se garde de mettre en avant ce niveau de lecture.
Il y a donc ici une vraie élégance dans le traitement : pas de comique lourd, de dramatisation excessive, de sur-explication des différents sous-textes. À la réalisation, Fabienne Godet se met avant tout au service de l’histoire et des acteurs, lesquels contribuent largement à faire du Répondeur un divertissement malin et efficace. Salif Cissé, qu’on avait découvert à la vision du beau film de Guillaume Brac À l’abordage, compose un personnage attachant, doux mais jamais fade ; quant à Denis Podalydès, il est parfaitement à l’aise dans un registre de jeu relativement habituel pour lui. Tous deux ont dû composer avec une difficulté technique : Salif Cissé devait imiter la diction de Podalydès (il a répété avec des imitateurs célèbres) ; Podalydès a dû doubler Salif Cissé lors des scènes d’imitation (qui mélangent les voix des deux comédiens). Le procédé fonctionne parfaitement.

Autour de ce duo central gravitent des personnages secondaires qui sonnent juste, de même que leurs interprètes respectifs – dont Aura Atika, Clara Bretheau (une des révélations du film Les Amandiers), Manon Clavel (drôle en copine franche du collier), IZM (le père de Joey Starr dans la série Le Monde de demain) ou encore Harrison Arevalo, agaçant à souhait en journaliste calculateur et sûr de lui.
Il manque peut-être un petit quelque chose, dans l’exécution, qui aurait élevé le film un peu plus haut – une image qui laisse une empreinte, un soupçon de mystère ou d’ambiguïté en plus. Mais on passe un bon moment, qu’aucune fausse note ne vient gâcher, tout en ayant matière à penser après la séance. Ce Répondeur n’est, décidément, pas téléphoné (à l’inverse de cette blague médiocre !).






















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