Film de Pauline Loquès
Pays : France
Année de sortie : 2025
Scénario : Pauline Loquès et Maud Ameline
Photographie : Lucie Baudinaud
Montage : Clémence Diard
Musique : Thibault Deboaisne
Avec : Théodore Pellerin, Salomé Dewaels, Camille Rutherford, William Lebghil, Jeanne Balibar, Mathieu Amalric
Nino aborde un sujet difficile avec beaucoup de délicatesse, de justesse et d’inspiration. Un film précieux.
Synopsis du film
Paris, de nos jours. Nino (Théodore Pellerin), un jeune homme pas encore trentenaire, se rend dans un hôpital parisien pour récupérer les résultats d’un examen effectué en raison d’un mal de gorge persistant, qu’il semble considérer comme banal. Il apprend alors que son état de santé, sans être désespéré, est beaucoup plus préoccupant qu’il ne le pensait.
Le film raconte les trois jours qui séparent ce moment du début de son traitement.
Critique de Nino
En France, comme ailleurs, il y a des noms qu’on voit souvent sur les affiches de cinéma. Parfois avec un plaisir inchangé, parfois avec un soupçon de lassitude, voire de l’agacement selon ses goûts personnels. Et puis, il y a des noms méconnus, des sonorités nouvelles. Derrière eux, l’idée d’un univers, d’un regard sur le monde qu’on ne connaît pas encore.

Personnellement, je ne connaissais ni Pauline Loquès, la réalisatrice de Nino, ni Théodore Pellerin, son principal interprète. C’est un peu normal : la première a signé ici son premier long métrage, et le second est surtout connu au Canada (il est québécois), bien qu’il ait joué dans plusieurs films relativement célèbres (comme Juste la fin du monde ou Beau is Afraid). Quant au sujet du film, il me faisait un peu peur. La maladie, c’est quelque chose qu’on craint souvent pour ses proches et pour soi, et on hésite parfois à se confronter à ce type de craintes quand on va au cinéma. Surtout, ce thème peut donner lieu à des films un peu scolaires, ou pathos, chargés de ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé, dit-on. Les bonnes intentions me semblent importantes, pour ne pas dire essentielles dans l’art, mais il est vrai qu’elles ne suffisent pas, à elles seules, à produire une émotion, une réflexion, ce petit quelque chose (petit car insaisissable, impalpable) qu’on espère garder avec soi quand on quitte une salle de cinéma, ou qu’on referme un livre.

Dès la première scène du film, ces appréhensions se sont évaporées. Nino joue d’emblée une note juste, qu’il tient tout au long du récit. Inspiré par une expérience personnelle (comme Pauline Loquès l’a mentionné dans cette interview), le scénario ne s’encombre de rien, n’insiste sur rien, mais comporte des motifs et détails qui émeuvent par petites touches. L’écriture et la réalisation de Pauline Loquès témoignent ainsi d’une grande délicatesse ; l’acteur, lui-même, évoque cette même qualité. Le film doit beaucoup à son aura – je ne peux pas imaginer de comédien connu, en France, qui aurait pu incarner Nino avec une pareille grâce.

Les autres interprètent servent à merveille ce film sensible et précis. Jeanne Balibar forme un duo mère/fils à la fois crédible et unique avec Nino ; Salomé Dewaels compose une jeune femme étonnante, qui révèle peu à peu sa singularité ; William Lebghil (vu récemment dans le sympathique Le Beau rôle) est parfait dans le rôle du vieux copain, à la fois agaçant et attachant ; Camille Rutherford (Jane Austen a gâché ma vie) convainc en ex-compagne lucide et un peu blasée ; et Mathieu Amalric nous réserve l’une de ses apparitions décalées dont il a le secret.
Ces personnages, tous bien croqués, éclairent sur la vie sociale, familiale et amoureuse d’un être dont on suit les pas inquiets et désorientés dans un Paris que la réalisatrice filme particulièrement bien. Ce qui est intéressant, notamment, c’est la façon dont Nino va communiquer – ou ne pas communiquer – à chacun d’eux la nouvelle qu’il apprend au tout début du film (celui-ci décrivant, avant tout, comment le personnage compose avec cette information, à qui et comment choisit-il d’en parler et quelle est la réaction, parfois en deux temps, des personnes concernées). Le souvenir d’un père hors-champ va également émerger au cours de l’introspection du protagoniste, en particulier à travers les échanges entre celui-ci et sa mère (Jeanne Balibar) ; une idée qui, à l’image des autres aspects du récit, est pleine de sens et finement traitée.

Au cinéma comme en musique, on est en droit de préférer l’émotion en sourdine aux grandes effusions de larmes et aux lourds effets dramatiques. L’émotion de Nino est en sourdine ; elle a quelque chose de presque léger, malgré la gravité du sujet dont l’autrice ne se détourne jamais, mais dont elle a su faire quelque chose de beau et de poétique. De ces choses qui laissent une empreinte, un souvenir après qu’une salle de cinéma se soit rallumée ou, à l’inverse, qu’une lumière se soit éteinte.






















Aucun commentaire