Film de Koya Kamura
Année de sortie : 2025
Pays : France, Corée du Sud
Scénario : Koya Kamura et Stéphane Ly-Cuong, d’après le roman Hiver à Sokcho, d’Elisa Shua Dusapin
Photographie : Élodie Tahtane
Montage : Antoine Flandre
Musique : Delphine Malausséna
Avec : Bella Kim, Roschdy Zem, Park Mi-Hyeon, Ryu Tae-ho
Yan Kerrand (à propos de la photo sur son permis de conduire) : Je ne vous pas permets pas de rire. Cette moustache a fait des ravages à Dieppe, en 91.
Hiver à Sokcho rend compte des émotions qui traversent son héroïne sans les suxexpliciter ou les dramatiser à outrance : tout passe au travers d’un coup de crayon précis et délicat ; d’un grain de peau ou de papier ; d’une buée effacée sur un miroir.
Synopsis du film
Soo-ha (Bella Kim), 23 ans, travaille dans une petite pension à Sokcho, en Corée du sud. Un jour, un dessinateur français, Yan Kerrand (Roschdy Zem), décide d’y résider le temps d’y réaliser les dessins de son prochain ouvrage.
De par des origines, Kerrand rappelle Soo-ha au souvenir d’un père français qu’elle n’a pas connu, et dont sa mère (Park Mi-Hyeon) ne lui a pas dit grand-chose. D’abord sur la réserve, elle éprouve, face à ce visiteur et à ses dessins, un trouble grandissant.
Critique d’Hiver à Sokcho
C’est la toute première scène du film Hiver à Sokcho. Soo-Ha, interprétée par Bella Kim, se lève du lit dans lequel elle vient de passer une nuit avec son compagnon, puis va à la fenêtre, écarte les rideaux et regarde dehors. La caméra la cadre de dos ; c’est le petit matin, la jeune femme n’est que partiellement vêtue et je me souviens avoir, dans un premier temps, songé quelque chose du genre : encore un plan certes agréable à regarder – ne nous mentons pas –, mais qui ressemble à une énième façon de montrer le corps d’une actrice, alors que le personnage aurait très bien pu porter un bas de pyjama ou un long tee-shirt, par exemple. Entendons-nous bien, je n’aurais pas l’hypocrisie de dire que je contenais un sentiment de révolte devant cette jolie silhouette, ce mardi-là, assis dans l’une des salles de projection du Brady, boulevard de Strasbourg ; ce fut une pensée fugace et légère, porteuse d’un soupçon amusé qui allait rapidement être balayé par la suite du film. En effet, si l’on voit la peau de la comédienne dans cette toute première image, c’est parce que la peau est, pour ainsi dire, l’un des sujets de Hiver à Sokcho.
La peau, c’est le toucher, le contact avec l’autre et les choses qui nous entourent ; c’est aussi un miroir, discret, d’émotions et de sensations, quand elle frisonne ou rougit, par exemple. Et c’est une surface, à laquelle affleure une histoire, des secrets, des souvenirs. Le dessin, qui est au omniprésent dans le film, prolonge ce motif, cette idée ; ainsi, quand l’artiste Yan Kerrand (Roschdy Zem, impeccable dans un rôle taillé pour lui) frotte, de la paume de sa main, la surface d’une feuille de papier, il y a quelque chose de charnel dans son geste. D’une certaine façon, le papier est la peau des personnages que l’on dessine. Le pinceau en dessine les contours, lui donne chair et forme.

Le film, basé sur un roman de l’écrivaine franco-suisse Elisa Shua Dusapin (née d’une mère sud-coréenne), propose un récit en apparence assez simple ; c’est, comme souvent, dans des détails d’écriture, de mise en scène et d’interprétation que résident ses subtilités, sa délicatesse, sa poésie. La caméra de Koya Kamura excelle dans l’art de montrer la bonne chose sous le bon angle, au bon moment ; comme dans cette séquence où, alors que les deux personnages principaux se croisent dans un couloir exigu, un plan les montre soudain depuis la rue. Ils deviennent alors, aux yeux des spectateurs, des silhouettes évocatrices, rappelant à la fois la forme épurée d’un croquis et le théâtre d’ombres (qui se pratique, parmi d’autres pays, en Corée).
Autre scène significative, celle où Soo-Ha, munie d’un pinceau, efface la buée qui trouble le miroir devant lequelle elle se tient, révélant ainsi ses yeux, son nez, sa bouche. On pense au travail d’un portraitiste, dessinant peu à peu les différentes parties d’un visage. Soo-Ha est en train de se révéler à elle-même, d’explorer sa propre histoire, et l’idée que ce processus passe au travers du dessin, du rapport au papier et à la peau, est ingénieuse. Par ailleurs, la buée sur le miroir, c’est aussi un peu la brume dans les montagnes que Soo-Ha montre à Yan Kerrand, et dans laquelle elle invente des légendes qui font écho à son imaginaire, à ses aspirations et à son parcours de vie.

Hiver à Sokcho, plongé dans des teintes douces et bleues (saluons ici le travail de la cheffe opératrice Élodie Tahtane), parvient ainsi à décrire sans verbiage, à montrer sans insistance, des moments où s’épanouit une idée, une sensation, un désir, et qui participent à l’exploration du monde et de soi-même.
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