Angel Heart – Alan Parker

Mickey Rourke dans Angel Heart

Film de Alan Parker
Année de sortie : 1987
Avec : Mickey Rourke, Robert de Niro, Charlotte Rampling, Lisa Bonet.

Louis Cyphre: Are you an atheist?
Harry Angel: Yeah, I’m from Brooklyn.

Angel Heart est un film policier très original à l’atmosphère glauque et envoutante, porté par l’interprétation de Mickey Rourke et Robert de Niro, et la réalisation inspirée d’Alan Parker.

Synopsis de Angel Heart

Brooklyn, années 50. Harry Angel (Mickey Rourke) est un détective privé spécialisé dans les affaires de divorce et d’assurances. Un dénommé Louis Cyphre (Robert de Niro) l’engage pour retrouver la trace d’un crooner d’avant guerre, Johnny Favorite, avec lequel il serait lié par un mystérieux contrat. L’enquête d’Harry va rapidement s’avérer particulièrement complexe et dangereuse.

Critique

Angel Heart : un des meilleurs films d’Alan Parker

Réalisé entre Birdy (avec Nicolas Cage) et Mississipi Burning (avec Gene Hackman et Willem Dafoe), Angel Heart, si il a dérouté le public à sa sortie – trop sombre, trop étrange et compliqué – est assurément un des meilleurs films du réalisateur culte de The Wall. Le New-York des années 50 et les paysages de la Louisiane lui permettent d’élaborer des plans particulièrement soignés qui bénéficient de la photographie inspirée de Michael Seresin, chef opérateur talentueux avec lequel Parker collabora également sur Bugsy Malone, Midnight Express, Birdy et plus récemment The Life of David Gale, avec Kevin Spacey.

Angel Heart se démarque dans la filmographie d’Alan Parker, puisqu’il ne s’inscrit pas dans la fibre sociale, humanitaire ou politique que le réalisateur exprime dans de nombreux films (les séquelles du Vietnam dans Birdy, le racisme et le KKK dans Mississipi Burning, les prisons turques dans Midnight Express, la peine de mort dans La vie de David Gayle, le parcours d’Eva Peron dans Evita).

Robert de Niro dans Angel Heart

La réalisation d’Alan Parker sert parfaitement le scénario tortueux et l’atmosphère envoutante du film, par le biais d’images souvent obscures, d’un montage sophistiqué (flashbacks, plans récurrents sur un ventilateur qui tourne) et d’une bande sonore particulièrement travaillée. Certains plans tournés en Louisiane sont très réussis et les scènes réunissant Mickey Rourke et Robert de Niro sont à la hauteur de ce que l’on pouvait attendre de la rencontre entre ces deux immenses acteurs.

Un des grands rôles de Mickey Rourke

Mickey Rourke vient de tourner 9 semaines et demie lorsqu’Alan Parker lui propose le rôle d’Harry Angel. Si il ne semble pas avoir été le premier choix du réalisateur, il est indéniable que son interprétation de détective plutôt désinvolte au début du film et qui peu à peu est saisi par l’angoisse et le doute est remarquable.

Comme à son habitude – du moins quand le film est à la hauteur de son génie – l’acteur transpire son personnage dans la moindre gestuelle, expression de son visage et intonation de voix. Son travail est d’autant plus saisissant que dans ses deux précédents grands films (Rusty James de Coppola et L’année du dragon de Cimino – on peut aussi citer sa participation au chef d’œuvre La porte du paradis du même Cimino), son jeu d’acteur est à chaque fois radicalement différent ; icône tragique dans Rusty James, flic violent et hanté dans L’année du dragon, il explore encore un nouveau registre dans Angel Heart qui est sans doute le dernier grand rôle de l’acteur avant son déclin (et évidemment son grand retour dans Sin City et surtout The Wrestler). Même si il ne faut pas omettre son interprétation convaincante d’alcoolique dans le sympathique Barfly de Barbet Shroeder, écrit par Bukowski, qu’il tourne d’ailleurs juste après Angel Heart.

Alan Parker dira que la performance de Rourke dans le film atteint ses sommets lors des scènes communes avec Robert de Niro ; il est vrai que ce dernier (mais peut-on encore s’en étonner) interprète avec génie le particulièrement inquiétant et mystérieux Louis Cyphre. Sa voix, sa diction, son regard exprime pleinement la dimension effrayante et insondable du personnage, et nul doute que face à une telle présence, Rourke n’a pu que se transcender, même si personnellement je le trouve tout aussi convaincant dans les autres séquences du film.

Un scénario particulièrement intelligent et surprenant

Ce qui fascine – et a d’ailleurs probablement du en dérouter certains – dans Angel Heart, c’est que le film commence comme un pur film noir pour progressivement révéler une dimension étrange, obscure, qui l’éloigne peu à peu des codes du genre et guide le spectateur sur un chemin particulièrement tortueux, dont il ne peut nullement anticiper le surprenant aboutissement.

La manière dont le scénario et aussi la réalisation opèrent la transition subtile entre le film noir et une atmosphère de plus en plus étrange et envoutante est particulièrement habile ; dès le début, l’insertion de plans et de brèves scènes énigmatiques brisent la structure de l’enquête policière classique et préfigurent que Angel Heart va emprunter une direction inédite et sinueuse.

Si cet aspect du film explique probablement son échec commercial à l’époque, c’est précisément tout ce qui fait son intérêt et son caractère original et unique.

Une histoire fascinante, une atmosphère envoutante, l’ambiance des années 50 et de New-Orleans admirablement restituée, un casting impressionnant (n’oublions pas la présence de Charlotte Rampling), une excellente photographie et une réalisation inspirée : Angel Heart est un très bon film policier, peut-être le meilleur de son metteur en scène. A noter également la musique de Trevor Jones – compositeur, entre autres, de la BO d’Excalibur – de nombreux standards de jazz (dont « Basin’ street blues », qui fut joué par Louis Armstrong), « Zu zu mamou » de Dr John, et une superbe et méconnue chanson de rythm and blues interprétée par Lavern Baker, « Soul on Fire », en prélude à l’une des scènes les plus dérangeantes du film.

Cet article a été publié dans Policier avec les mots-clefs : , , , . Bookmarker le permalien. Laisser un commentaire ou faire un trackback : URL de trackback.

One Comment

  1. Le 17 juin 2009 à 10:35 | Permalien

    Un de mes films préférés, avec un Mickey Rourke, en privé minable et suintant, à la recherche d’un chanteur disparu, un certain Johnny Favourite, prétexte à une quête ambigue sur l’identité. On y retrouve la luminosité diaphane de Parker et l’atmosphère saturée d’humidité des bayous de Louisiane. Sophistiqué et inquiétant !

Post a Comment

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>