
Harry Angel (Mickey Rourke)
Film d’Alan Parker
Année de sortie : 1987
Pays : États-Unis, Royaume Uni
Scénario : Alan Parker
Photographie : Michael Seresin
Montage : Gerry Hambling
Musique : Trevor Jones
Avec : Mickey Rourke, Robert de Niro, Charlotte Rampling, Lisa Bonet.
Louis Cyphre: Are you an atheist?
Harry Angel: Yeah, I’m from Brooklyn.
Angel Heart est un polar fantastique original à l’atmosphère vénéneuse, une perle noire du cinéma américain des années 80 qui réunit Mickey Rourke et Robert de Niro.
Synopsis de Angel Heart
Brooklyn, années 50. Harry Angel (Mickey Rourke) est un détective privé spécialisé dans les affaires de divorce et d’assurances. Un dénommé Louis Cyphre (Robert de Niro) l’engage pour retrouver la trace d’un crooner d’avant guerre, Johnny Favorite, avec lequel il serait lié par un mystérieux contrat. L’enquête d’Harry va rapidement s’avérer particulièrement complexe et dangereuse.
Critique
Réalisé entre Birdy et Mississipi Burning, Angel Heart est l’une des grandes réussites d’Alan Parker. Ce film atypique n’a pas trouvé son public lors de sa sortie ; au fil du temps, il a cependant acquis une réputation flatteuse qu’il est loin de démériter.
Alan Parker et Michael Seresin
Écrit par Parker lui-même, d’après un roman intitulé Falling Angel de William Hjortsberg, le scénario est remarquablement bien construit, et la réalisation, la photographie et la bande originale le servent à merveille.
L’évolution de l’intrigue et de l’atmosphère, à mesure que l’on suit le personnage principal de Brooklyn à la Nouvelle Orléans, s’opère de manière particulièrement habile. Même si Angel Heart commence comme un film noir, Parker y introduit rapidement une dimension étrange, fantastique, qu’il instille intelligemment tout au long du film.

Lisa Bonet
Une histoire, c’est (entre autres) un lieu et une époque - du moins le plus souvent. Faire ressentir ces différents éléments au spectateur est l’une des conditions de la réussite d’un film (et d’un roman), de cette immersion qui fait qu’une œuvre cinématographique devient une expérience à part entière. De ce point de vue, Angel Heart est une réussite totale : on ressent parfaitement l’ambiance du Brooklyn des années 50 et de la Louisiane – cadres successifs de l’enquête tortueuse menée par le protagoniste. Il faut dire qu’Alan Parker bénéficie d’un collaborateur de luxe en la personne de Michael Seresin, chef opérateur talentueux avec lequel il travailla également sur Bugsy Malone, Midnight Express, L’usure du temps, Birdy et plus récemment The Life of David Gale, son dernier film à ce jour. La photographie de Seresin baigne le film dans une brume moite ; fiévreuse, par moment. Il y a une certaine élégance, un raffinement dans le grain de l’image, et en même temps elle a quelque chose de sale, de poisseux ; un alliage qui évoque, finalement, ce mystérieux crooner recherché par le héros du film…

Charlotte Rampling
La musique d’Angel Heart
La contribution du compositeur de musique de film Trevor Jones est loin d’être négligeable. Les différents thèmes qu’il a signés pour Angel Heart renforcent l’atmosphère dérangeante voulue par Alan Parker. Il utilise intelligemment la chanson Girl of my Dreams, de Glen Gray – que l’on entend d’ailleurs à plusieurs reprises dans le film – en reprenant note à note la mélodie au piano, transformant ainsi une ballade jazzy en une ritournelle inquiétante. La trouvaille est représentative de la démarche d’un film qui ne cesse d’explorer les failles et les parts d’ombre des personnages et des lieux dans lesquels ils évoluent ; le médecin interrogé par Harry au début est un héroïnomane, les clubs de jazz de la Nouvelle Orléans côtoient les rites vaudou sanglants, le prêcheur noir de Brooklyn exploite ses fidèles, les flics de Louisiane sont des racistes notoires et brutaux, la jolie Charlotte Rampling est froide et presque inquiétante (un registre qu’elle explorera davantage encore dans Lemming, de Dominik Moll), des plans montrant des enfants jouer du jazz dans la rue introduisent l’une des images les plus violentes du film… Et une simple chanson de crooner devient une rengaine entêtante et étrange. Tout, dans Angel Heart, déroute le spectateur en le guidant à travers des ambiances et des émotions troublantes, vertigineuses, inattendues.
En plus de la musique composée pour le film, Alan Parker utilise remarquablement bien plusieurs morceaux tantôt célèbres, tantôt méconnus, que quiconque ayant vu Angel Heart peut difficilement écouter sans les associer à l’atmosphère vénéneuse du film. Outre Girl of my Dreams, totalement détournée, on retrouve un blues lancinant de Brownie McGhee (Rainy, Rainy Day), célèbre bluesman qui d’ailleurs joue dans le film le rôle de Toots Sweet, ancien guitariste de Johnny Favorite, le crooner traqué par Harry Angel.

Le guitariste et chanteur de blues Brownie McGhee
La découverte du rite vaudou est introduite par le morceau évocateur Zu Zu Mamou, de Dr. John. Enfin, on entend une superbe chanson de rhythm and blues, Soul on Fire (chantée par Lavern Baker), en prélude à l’une des scènes les plus dérangeantes du film. Sans compter de nombreux standards de jazz dont I Cried for You et Basin Street Blues, qu’immortalisèrent respectivement Billie Holiday et Louis Armstrong.
Le casting
Angel Heart bénéficie d’un casting de haut vol, réunissant Mickey Rourke et Robert de Niro, soit deux des plus grands comédiens de l’histoire du cinéma américain. Rourke venait de tourner 9 semaines et demie, faux film érotique et véritable navet, qui lui valut le statut de sex symbol et le consacra star du cinéma, alors qu’il avait bien davantage témoigné de son talent dans des films comme L’Année du dragon de Michael Cimino et Rusty James, l’un des chefs d’œuvre de Francis Ford Coppola.

Mickey Rourke
De sa rencontre avec Robert de Niro, Rourke retiendra cette capacité admirable de l’acteur à se concentrer pour une scène, comme lui ne parvenait pas, selon ses dires, à le faire, du moins aussi rapidement. Parker dira d’ailleurs que c’est dans leurs scènes communes que Mickey Rourke est le plus brillant. De mon point de vue, il l’est de la première à la dernière scène : sa gestuelle, ses expressions et sa diction expriment avec une grande justesse le caractère instable, insondable et tourmenté de son personnage. Peut-être même que cette fameuse agitation évoquée par l’acteur a servi son jeu, puisqu’il compose un homme agité et perdu. Tour à tour désinvolte, cynique, séducteur, anxieux ou carrément paniqué, il excelle dans chaque type d’émotion et d’attitude.
Robert de Niro, est-ce la peine de le souligner, est irréprochable dans le rôle du mystérieux Louis Cyphre, dont il renforce l’aspect inquiétant à travers des mimiques, des regards et des intonations d’une précision remarquable.

Louis Cyphre (Robert de Niro) : "Some religions think that the egg is the symbol of the soul..."
On retrouve également au casting Charlotte Rampling, à la présence si particulière, la sensuelle Lisa Bonet (révélée par Cosby Show…) ainsi que le musicien de blues déjà évoqué, Brownie McGhee.
Angel Heart est un joyau sombre du cinéma américain des années 80, une œuvre inclassable et originale maitrisée à tout point de vue. Empoisonné, glauque et oppressant, mais brillant.
La musique du film sur Youtube
Quelques unes des chansons que l’on entend dans Angel Heart :
Girl of my Dreams, par Glen Gray et son orchestre
Rainy, Rainy Day, par Brownie McGhee
Zu Zu Mamou, par Dr. John
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6 commentaires
Un de mes films préférés, avec un Mickey Rourke, en privé minable et suintant, à la recherche d’un chanteur disparu, un certain Johnny Favourite, prétexte à une quête ambigue sur l’identité. On y retrouve la luminosité diaphane de Parker et l’atmosphère saturée d’humidité des bayous de Louisiane. Sophistiqué et inquiétant !
film « spécial », dérangeant, de niro est comme d’hab, (très bon acteur). bien que je n’aime pas trop rourke il est ici très bon dans un rôle de gars « borderline ». le côté schizo se devine (comme dans fight club) ce film ne m’a pas marqué, il est bon dans son genre c’est sûr. les standards de jazz font passer le tout. de Parker, je préfère midnight express ou birdy.
Si vous aimez bien Alan Parker, je vous conseille aussi L’Usure du temps, avec Albert Finney et Diane Keaton ! Sans doute un de ses films les moins connus, mais à mon sens peut-être son plus beau. J’en ai fait une critique ici : http://www.citizenpoulpe.com/l-usure-du-temps-shoot-the-moon-alan-parker/
merci je vais le regarder avant de lire la critique et je vous dirais
Angel Heart est un rès bon film, que je conseille.
Par ailleurs: j’ai une question qui reste définitivement sans réponse: quel est le rôle exact, dans Angel Heart, de l’homme habillé en noir, avec un chapeau, qui tantôt peint du sang sur les murs, tantôt est assis sur une chaise avec une cuvette de sang à ses pieds, et épie Harry Angel partout où il va? Je me suis toujours posé cette question. Car partout où il y a cet homme, il y a des scènes horribles qui s’annoncent… Est-ce un démon ou quelconque créature malfaisante?
l’homme habillé en noir c’est la mort qui rôde autour d’Harry Angel, comme elle rôde autour de nous également..