Le cinéma L’Écran, à Saint-Denis, donnait à voir, l’après-midi du dimanche 13 avril dernier, deux programmes de courts métrages, dans le cadre du PCMMO (Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient) 2025. J’ai assisté à la première sélection, intitulée exils intimes
.
Chroniques
L’exil. C’est une expérience vécue par beaucoup de gens, pour des raisons diverses et cela, à toutes les époques. Souvent douloureuse, jamais anodine, elle est au coeur de nombreux récits littéraires et cinématographiques. Tout récemment, je l’évoquais sur ce site au sujet du film Cola de León, programmé au festival Format Court. Ce motif est également central dans les deux très beaux documentaires de Lina Soualem, Leur Algérie et Bye bye Tibériade.
Le réalisateur français Nasser Bessalah a choisi de traiter cette thématique sous un angle plutôt comique dans Rentrons, le premier des quatre films de la sélection. Ce road movie cahoteux explore en effet avec humour le rapport complexe que les protagonistes entretiennent avec le pays d’origine de leurs parents (l’Algérie) et celui où ils ont grandi (la France). L’un (Abdel, joué par Zine-Eddine Benyache) souhaite travailler et vivre en Algérie ; l’autre (Nouria, incarnée par l’actrice et humoriste Melda Bedia) est résolue à rentrer à Paris. Des circonstances familiales vont pousser le premier à suivre la seconde vers un hypothétique retour. Bien sûr, il s’agit d’un voyage fauché, sur des mobylettes de fortune, qui traduit à la fois un quotidien fait de galères et un parcours intime contrarié, hésitant, accidenté. C’est un voyage initiatique également, en particulier pour Abdel. On sourit souvent, mais Rentrons est loin d’être superficiel dans son propos. On retrouve notamment cette idée qu’une personne tiraillée entre deux pays est parfois déconsidérée dans chacun d’entre eux : au cours d’une scène, Abdel (dont on suppose qu’il a été confronté au racisme anti-arabes en France) est chahuté par de jeunes algériens qui le regardent, d’abord, comme une sorte de traître. Ni d’ici, ni de là-bas…
Dawn Every Day, d’Amir Toussef, se déroule pendant les années 1950 en Égypte, période tumultueuse dans ce pays puisqu’elle fut le cadre d’une révolution qui, comme toutes les révolutions, a entraîné des conflits internes dans son sillage. Le film montre comment ce contexte houleux vient perturber l’amitié amoureuse entre un petit garçon et une petite fille, la famille de cette dernière étant sur le point d’émigrer en France. Pour donner à son film un parfum de nostalgie, le réalisateur utilise une photographie en noir et blanc dont la luminosité évoque l’idée d’un paradis perdu (celui de l’enfance, bien évidemment). Un parti pris agréable à regarder, mais peut-être un peu convenu. Ceci dit, les deux jeunes acteurs (Marwa El Sawi et Shaza Moharam) sont d’une justesse touchante et étonnante. Un joli film, au sujet intéressant, mais pas celui qui m’a le plus saisi.
Changement de forme avec le troisième court métrage, puisque Lumière d’hiver est un documentaire. Sa réalisatrice, Emna Mrabet (qui a grandi en Tunisie avant de partir faire des études supérieures en France), a capturé des images de Tunis, sur laquelle elle a ensuite posé un texte lu en voix off. Ce texte explore l’atmosphère post printemps arabe en Tunisie, mais aussi le passé colonial du pays, dont la réalisatrice (présente à la projection) a expliqué qu’il était souvent glissé sous le tapis. Elle s’appuie notamment sur un film tunisien méconnu d’Abdellatif Ben Ammar, Sejnane, sorti en 1973, dont l’action se déroule en 1952 (soit un peu avant la décolonisation). Le dispositif filmique minimaliste (Lumière d’hiver a vraisemblalement été tourné avec un téléphone) est en cohérence avec la démarche à la fois personnelle, historique et politique d’Emna Mrabet ; une forme plus sophistiquée aurait sans doute été contre-productive ici. Trois autres courts (un par saison) devraient compléter ce Lumière d’hiver qui interroge et questionne, ce qui est souvent une bonne chose au cinéma.
Upshot de la cinéaste palestinienne Maha Haj, qui avait marqué les spectateurs du festival de Clermont Ferrand, est le dernier film de cette sélection. C’est aussi le plus intense et émouvant – sans dénigrer, d’aucune façon, les oeuvres précédentes, dont j’ai déjà évoqué les qualités. On y suit le quotidien, calme et répétitif, d’un couple vivant dans une maison de campagne, effectuant chaque jour des travaux de jardinage et d’entretien de la maison, tout en évoquant, régulièrement, des échanges téléphoniques avec chacun de leurs cinq enfants. Ces échanges demeurant hors-champ pour le spectateur, c’est de la bouche du père (Mohammad Bakri) ou de la mère (Areen Omari) que nous apprenons différentes choses sur la vie respective de Khaled, Basel, Tarik, Omaya et Hamza. La cinéaste donne volontairement très peu d’éléments de contexte ; Upshot s’ouvre simplement avec une indication énigmatique : dans le futur, quelque part
. La façon dont Maha Haj filme la nature environnante, et notamment le ciel, contribue à créer une atmosphère à la fois paisible et étrange, voire un peu inquiétante. Un soupçon informulé, abstrait naît de certains plans. Ce film, qui renvoie à une longue et tragique histoire autant qu’à une terrible actualité, a résonné en moi longtemps après sa vision, et je suppose que les autres spectateurs en diraient autant.
En sortant du cinéma, j’ai croisé le sympatique professeur de Paris 8 qui avait présenté, la veille, la projection de Nahla au Louxor, et nous avons pu échanger rapidement. Puis, je suis rentré vers le 18ème, en relativisant mes petites contrariétés du moment…






















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