Jeudi 2 avril à 20 heures, Le Louxor projetait, en avant-première, le nouveau film de Danielle Arbid, Seuls les rebelles, dans le cadre du festival PCMMO. Une soirée à la fois chaleureuse, pleine d’espoir et néanmoins, hantée par les échos de la guerre en cours au Moyen-Orient.
Récit de la soirée
Le PCMMO (Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient) est un festival qui se déploie, avec élégance serais-je tenté d’ajouter, dans plusieurs cinémas de Paris et « sa » (je mets des guillemets, l’usage de ce pronom possessif me semblant discutable) banlieue. De beaux cinémas d’ailleurs, tels que L’Ecran de Saint-Denis (dont je parlais récemment à l’occasion du festival Regards Satellites) et l’Espace 1789 à Saint-Ouen, mais aussi des lieux comme l’Institut du Monde Arabe et l’Université Paris 8.
Avec sa façade d’inspiration néo-égyptienne, qui s’élève à l’angle des boulevards de La Chapelle et Magenta, le Louxor se prête plutôt bien à cet événement cinématographique. Jeudi dernier, ce cinéma accueillait donc l’une des projections programmées par le PCMMO, celle consacrée au nouveau film de Danielle Arbid, Seuls les rebelles. (Danielle Arbid dont j’ai chroniqué, avec enthousiasme, deux des précédents longs métrages : Peur de rien et Passion simple).
Après un repas partagé au bar du Louxor avec une fée des Yvelines (qui se reconnaîtra), j’ai donc gagné la salle de projection où se trouvaient, en plus des spectateurs naturellement, la réalisatrice, la directrice de casting, les producteurs et plusieurs comédiens (mais pas Hiam Abbass, que j’avais eu la chance de voir au Trianon de Romainville pendant la projection du très beau documentaire réalisé par sa fille Lina Soualem, Bye Bye Tibériade).
Une déclaration d’amour
D’emblée, Danielle Arbid a tenu à évoquer le dispositif filmique très particulier adopté pendant le tournage : face à l’impossibilité de tourner au Liban à cause des bombardements israéliens de 2024 (qui, hélas, ont repris récemment), la réalisatrice française, d’origine libanaise (son film Peur de rien s’inspire d’ailleurs de son expérience en tant que personne immigrée arrivée en France dans les années 1990), a demandé à des proches vivant au Liban de filmer (sous sa direction) des rues, des décors réels qui ont ensuite servi d’images de fond, devant lesquelles les comédiens ont interprété (dans un studio en France, donc) les différentes scènes. Ce film est une illusion du Liban, et cette illusion est une déclaration d’amour
, a lancé la cinéaste juste avant la projection.
Seuls les rebelles raconte une histoire d’amour entre Suzanne (Hiam Abbass, émouvante), une libanaise d’origine palestinienne, et Osmane (Mohamat Amine Benrachid, très grâcieux), un réfugié soudanais, dans le Beyrouth d’aujourd’hui. Il y est question de préjugés, de racisme, de précarité (celle des personnes sans papiers, en particulier), autant de phénomènes qui reflètent, en partie, une réalité au Liban mais qu’on observe un peu partout aujourd’hui, et notamment dans une France où l’extrême-droite est de plus en plus banalisée par un gouvernement complice et des médias complaisants.
Mais il y est aussi (surtout) question d’amour ; d’un amour très pur, très simple, entre deux personnes (entourées par une galerie de personnages truculents, parfois attachants malgré leurs défauts) dont l’âge, la religion et les origines diffèrent grandement. Les couleurs vives propres à la photo de Céline Bozon, et un dispositif produisant des images qui évoquent parfois de vieilles productions hollywoodiennes (Danielle Arbid s’est d’ailleurs inspirée d’un film de Douglas Sirk), favorisent un sentiment d’irréel, presque un côté conte, qui conviennent bien au sujet (même si, évidemment, on ne peut que déplorer les événements ayant entraîné cette contrainte formelle).
Par son récit mais aussi par sa forme et son procédé de mise en scène, Seuls les rebelles, plus expérimental que les précédents films de son autrice, renvoie à l’idée d’une beauté éphémère, fragile, perpétuellement menacée par les guerres impéralistes, mais aussi par le racisme et la xénophobie. La caméra de Danielle Arbid, et l’ensemble des comédiens (dont l’actrice et humoriste Shaden Fakih), paraissent vouloir la préserver, en garder une trace, en prendre soin.
Plus j’y repense, plus je me dis que le film est lié, d’une manière très directe, à l’une des vocations les plus poignantes du cinéma et de la photographie : saisir des images (de gens et de lieux) que le temps, ou des hommes, risque(nt) d’abîmer.






















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