Le Choix des Armes

Le Choix des Armes

Film de Alain Corneau
Année de sortie : 1981
Avec : Yves Montand, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Gérard Lanvin, Richard Anconina, Michel Galabru.

Noël (montrant un revolver) : Et ça, dis, hein, ça c’est pas de ta faute ça?
Mickey : Et toi, t’en as pas p’t'être toi?

Avec Le Choix des Armes, Alain Corneau signe une pièce majeure du cinéma noir français. Tendu, implacable, le film illustre de façon saisissante l’impact des armes et de la violence sur les individus et leurs relations.

Synopsis

Après avoir abattu un policier et des complices qui les ont trahi, deux évadés, Mickey (Gérard Depardieu) et Serge, se réfugient chez Noël (Yves Montand), ancien bandit rangé qui vit avec son épouse Nicole (Catherine Deneuve).

Mortellement blessé, Serge succombe rapidement. Tandis que la tension monte entre Mickey – jeune voyou impulsif et violent – et Noël, l’inspecteur Sarlat (Gérard Lanvin), révolté par la mort du policier, se lance à la poursuite du fugitif. Peu à peu, l’engrenage des armes et de la violence va se refermer sur ces différents personnages.

Critique

L’emprise destructrice des armes sur l’individu

Le Choix des Armes est une illustration saisissante de l’emprise de la violence et des armes sur les individus et leurs relations, et des conséquences tragiques qu’elle provoque. Ainsi, si il est redoutablement efficace, le film est aussi particulièrement juste et lucide dans son propos.

A travers un scénario admirablement construit servi par la réalisation rigoureuse et nerveuse de Corneau – dont c’est le meilleur film avec le superbe et dramatique Série NoireLe Choix des Armes démontre que le port d’une arme et la violence comme moyen de résoudre les conflits entraîne les hommes dans un cercle vicieux et destructeur, aussi bien pour eux-mêmes que pour les autres. Un cercle dans lequel la communication, qui à plusieurs moments du film aurait pu être salvatrice, devient pratiquement impossible, les relations entre les hommes se réduisant à de simples rapports de force.

Le Choix des Armes

Noël (Yves Montand) charge un 357 magnum dans "Le Choix des Armes"

Si cette réalité est connue et a été traitée de nombreuses fois au cinéma, elle a rarement été aussi poignante et saisissante que dans Le Choix des Armes. Pour plusieurs raisons ; d’abord, l’intelligence et la construction du scénario, qui instaure une montée très progressive de la tension et illustre parfaitement la mécanique de la fatalité – ressort typique du cinéma noir.

Le Choix des Armes met en scène trois principaux personnages et leur rapport à la violence : Mickey, jeune loubard habitant en banlieue (sur laquelle le film pose d’ailleurs un regard lucide et prémonitoire), totalement impulsif et incontrôlable, qui ne s’exprime que par la violence, totalement incapable de raisonner et de communiquer avec les autres ; Noël, ancien braqueur à la retraite qui, confronté à Mickey, va être tenté de reprendre les armes pour se défendre lui et sa femme ; et enfin l’inspecteur Sarlat, jeune inspecteur totalement aveuglé par une soif de vengeance suite au meurtre – commis par Mickey – d’un agent de police. Inexorablement, ces trois hommes vont plonger dans une spirale tragique de haine et de violence qui va exacerber leurs rancœurs et les amener à commettre l’irréparable. La manière dont le scénario (signé Alain Corneau et Michel Grisolia) figure l’engrenage de la fatalité par le biais de péripéties, de malentendus aux conséquences tragiques, est d’une précision remarquable.

Autre facteur de la réussite indéniable du Choix des Armes : la qualité de la réalisation. En effet, pour illustrer sa réflexion sur la violence, Corneau apporte un soin tout particulier aux scènes d’action, au cours desquelles le bruit des détonations et l’impact des balles est particulièrement frappant (rien d’étonnant à ce que le réalisateur cite Sam Peckinpah parmi ses références cinématographiques). Cet aspect est essentiel puisque l’objectif du film est de montrer les effets ravageurs des armes. Ainsi, si la violence ne surgit que lorsque la tension est à son comble, elle éclate avec une brutalité littéralement glaçante et sans la moindre complaisance, laquelle eut été en totale contradiction avec la thématique principale du film.

Le Choix des Armes

Gérard Depardieu

Depardieu et Montand : un face à face d’une rare intensité

Le Choix des Armes est également servi par l’interprétation des acteurs, Montand et Depardieu en tête.

Yves Montand, qui avait déjà tourné avec Alain Corneau dans Police Python et a joué dans un autre immense film noir, Le Cercle Rouge, de Jean-Pierre Melville, parvient, par le biais d’un jeu tout en nuances, à illustrer le dilemme de son personnage et sa tentation grandissante de réagir par la violence.

Quant à Gérard Depardieu, il vit littéralement ce personnage de chien fou indomptable, écorché, aux réactions animales et irrationnelles. L’acteur bouillonne à l’écran, transpire de cette violence incontrôlable qui le dépasse, le submerge, tout en exprimant à merveille les différentes facettes d’un personnage plus nuancé qu’il n’y paraît. La violence est chez lui le signe de son incapacité à s’exprimer et à communiquer normalement, de son instinct primitif de survie et également du sentiment protecteur que lui inspire sa petite fille. Incapable de maîtriser ses instincts et ses pulsions, Mickey, bien que son comportement soit le plus souvent stupide et condamnable dans le film, est émouvant car il n’a pas un si mauvais fond,  et Depardieu rend parfaitement compte des paradoxes et de la sensibilité de son personnage.

Gérard Depardieu dans Le Choix des Armes

Gérard Depardieu

Le face à face entre ces deux immenses acteurs et les interactions entre leur personnages respectifs atteint un rare niveau d’intensité dans Le Choix des Armes, contribuant à faire de ce film l’une des plus grands réussites du cinéma noir français. A noter également, la qualité de l’interprétation de Gérard Lanvin – qui jouera la même année dans Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre – la présence d’Anconina dans l’un de ses premiers rôles, et la musique de Philippe Sarde, un thème à la basse acoustique qui exprime parfaitement la tension et le caractère dramatique, implacable du film.

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