Jusqu’au dimanche 22 février prochain, la 4ème édition du festival Regards Satellites se tient au cinéma l’Écran de Saint-Denis (93). Dans ce cadre, je me suis rendu, mardi soir, à la projection d’un film de Pedro Pinho (le réalisateur du Rire et le couteau), intitulé Um fim do mundo (littéralement, la fin du monde
).
Avant la séance
Il y a deux ans, je découvrais avec enthousiasme le premier long métrage de l’argentine Laura Citarella, Ostende, programmé lors de l’édition 2024 de Regards Satellites. J’avais beaucoup aimé le film, mais aussi le lieu (le cinéma L’Écran de Saint-Denis) et l’événement, lesquels vont d’ailleurs bien ensemble (comme les mots belle
et Michelle
) : quoi de mieux qu’un cinéma public, implanté dans une ville socialement riche et diverse, pour accueillir un festival qui cherche à faire dialoguer les territoires, les publics et les regards
(pour citer la page dédiée à Regards Satellites sur le site du cinéma).
Deux années ont passé depuis cette triple découverte (celle d’un film, d’un événement et d’un lieu). L’année dernière, je me suis à nouveau rendu à L’Écran, cette fois dans le cadre du PCMMO, autre festival passionnant qui programmait, ce jour-là, des courts métrages sur le thème, à la fois intemporel et très actuel, de l’exil (lire PCMMO 2025 : Exils intimes). Une expérience aussi stimulante que la première.
Ce mardi soir, je suis arrivé à la station Basilique de Saint-Denis vers 19 heures, soit une heure et demie avant le début de la séance que j’avais repérée. J’en ai profité pour me rendre à la librairie La P’tite Denise, place du Claquet, où j’ai acheté un recueil de nouvelles intitulé Femmes d’Alger dans leur appartement (c’est aussi le nom d’un tableau d’Eugène Delacroix, comme indiqué sur la quatrième de couverture). Puis j’ai dégusté un (bon) couscous végétarien au restaurant Le Basilic, rue de la Boulangerie, en relisant le pitch minimaliste d’Um fim do mundo : dans un quartier menacé de disparition, habitants et paysages révèlent les tensions sociales d’une ville en transformation
. Je pense d’abord au mot disparition
, songeant que le cinéma, par essence, capture des moments en train de disparaître. Puis l’idée de la chronique d’un quartier et de la vie de ses habitants me fait penser au film Les Bruits de Récife (2012), de Kleber Mendonça Filho (dont le film L’Agent Secret a été beaucoup loué récemment, y compris sur ce blog). Après la lecture d’un message inspiré écrit par un client sur la porte des toilettes (tout travail m’irrite sa mère), j’ai quitté les lieux et me suis dirigé vers le cinéma.
Um fim do mundo
Après une courte présentation de Raquel Schefer (doctorante en études cinématographiques à la Sorbonne Nouvelle) et du réalisateur Pedro Pinho, les premières images d’Um fim do mundo sont apparues sur l’écran. Elles montrent des jeunes gens s’amuser, le soir, dans un parc d’attraction ; peu après, les échos de leurs voix et des machines s’éteignent, tandis qu’un travelling montre des immeubles peu entretenus, apparemment laissés à l’abandon.
On dit souvent que le début d’un roman ou d’un film doit porter une indication sur son principal objet. Ici, l’enchaînement semble significatif : Pedro Pinho a probablement cherché à mettre en perspective une adolescence insouciante et un environnement social et urbain plutôt âpre. Un peu plus tard dans le film, une scène de plage montre, en arrière plan, une grande usine qu’on devine à l’arrêt, ce qui véhicule la même idée que la toute première séquence.

Pedro Pinho a choisi une forme hybride. Sa caméra suit un groupe de jeunes vivant dans une banlieue de Lisbonne, mais le résultat n’est pas un documentaire au sens strict. D’abord, visuellement, Um fim do mundo est très cinématographique : l’image (en noir et blanc) est léchée, précise ; ensuite, les scènes semblent mélanger des moments capturés sur le vif avec d’autres, apparemment plus scriptés. Le résultat est donc un mélange de docu et de fiction, qui m’a fait songer au travail de Guillaume Brac sur Un Pincement au coeur (sorti en 2025). L’esthétique et le contexte sont très différents, mais la méthode me paraît assez proche (la thème de la jeunesse constitue une autre similarité entre ces films).
Personnellement, il m’a manqué un peu de récit, de contexte aussi, même si l’absence de propos explicite est sans doute un parti pris, pas inintéressant par ailleurs. Mais Pedro Pinho filme bien, et sait regarder. Ses images semblent toutes avoir été pensées et choisies pour servir une démarche étroitement liée à un environnement (au sens large) et à une époque qu’on perçoit à travers des formes, davantage que par un discours articulé.
La masterclasse qui a suivi la projection m’aurait sans doute donné de précieux éléments de contexte ; mais j’ai préféré rentré pour rédiger cet article, et vous inviter par la même occasion à vous rendre au festival. Outre le travail, intéressant tant sur le plan du fond que de la forme, de Pedro Pinho, Regards Satellites met en avant celui de Leyla Bouzid, cinéaste franco-tunisienne ; de Sandhya Suri, réalisatrice anglo-indienne engagée ; de Peter Watkins (tout aussi engagé) ou encore d’Andrzej Wadja. Côté compétition, six films ont été sélectionnés, venus de multiples horizons. Si tout se passe comme prévu, je devrais aller voir jeudi Une Année italienne, de Laura Samani, récompensé du prix d’interprétation masculine à la dernière Mostra de Venise.
À lire : Festival Regards Satellites, sur le site de L’Écran






















Aucun commentaire