Deuxième venue au festival Regards Satellites, organisé au cinéma L’Écran de Saint-Denis, en ce jeudi 19 février. Au programme, le second long métrage de Laura Samani, Une Année italienne. Un film souvent lumineux, mais qui traite avec justesse du poids de la domination masculine au quotidien.
L’histoire en quelques mots
J’ai débuté ma précédente chronique dédiée à Regards Satellites par un court récit d’avant-séance, mais cette fois-ci, l’horaire de projection (18 heures) ne m’a pas permis de déambuler dans les environs du cinéma L’Écran de Saint-Denis avant d’aller voir le film. Je parlerai donc directement d’Une Année italienne, qui fait partie des longs métrages en compétition cette année.
L’histoire puise dans deux sources distinctes : l’expérience personnelle de la réalisatrice (et co-scénariste) Laura Samani dans la ville de Trieste (nord-est de l’Italie), où elle a grandi, et le roman One Year of School de l’écrivain et professeur italien Giani Stuparich (également né à Trieste, en 1891). (Sa fiche wikipédia évoque son opposition au fascisme dans l’Italie des années 1920-30-40, et sa déportation – sa famille avait des origines juives – pendant la seconde guerre mondiale ; déportation à laquelle il survécut, fort heureusement.)

Se déroulant en 2007, Une Année italienne suit les pas d’une étudiante suédoise qui, venant de s’installer en Italie avec son père, intègre une classe de terminale exclusivement composée de garçons dans un lycée technique et technologique situé à Trieste. Drague lourde ; regards insistants ; blagues douteuses : la jeune femme subit très rapidement un harcèlement tristement ordinaire de la part de ses camarades testostéronés, avant de commencer à se rapprocher d’un trio d’amis qui s’avère plutôt sympathique. Le film décrit leur complicité ; leurs fêtes pleines d’insousciance ; leurs désirs aussi, qui vont venir troubler l’harmonie du quatuor.
Critique d’Une Année italienne
Après un début qui montre toute la difficulté, pour une jeune fille, d’évoluer dans un monde masculin, Une Année particulière propose ensuite, pendant une assez longue partie du film, un récit d’amitiés et d’amours adolescentes tel que la littérature, et le cinéma, en comportent beaucoup. Quand une histoire décline ce type de schéma, il est primordial que les personnages fonctionnent car ce sont eux, pour l’essentiel, qui vont rendre convaincantes des scènes relativement classiques, ordinaires sur le papier.
Cette condition est pleinement remplie ici ; le charme opère car chacun des quatre lycéens est attachant et possède sa propre personnalité, sans que le scénario utilise des techniques de caractérisation grossières et caricaturales. Les comédiens y sont évidemment pour beaucoup dans cette réussite, mais un comédien ne peut pas convaincre sans un bon texte et une bonne mise en scène : de toute évidence, le plaisir qu’on a à suivre Fred (Stella Wendick), Antero (Giacomo Covi), Pasini (Pietro Giustolisi) et Mitis (Samuel Volturno) témoigne donc à la fois d’une écriture fine, d’une réalisation inspirée et d’un sens de la direction d’acteurs.

Au moment où je commençais à me demander où la réalisatrice voulait en venir (voir de jeunes gens faire la fête et s’aimer, c’est agréable quand c’est bien écrit, joué et filmé, mais ça ne suffit pas toujours à passionner pendant 1h42), le film retrouve sa thématique initiale, amenée d’une manière différente. Sans trop en dire, je me contenterais de dire que même la compagnie de garçons pourtant moins bêtes que les autres finit quand même par confronter l’héroïne (Fred est clairement le personnage central) à un sexisme aussi ancien que tenace, qui consiste à l’associer à l’éternelle figure de la semeuse de troubles, alors qu’elle n’a absolument rien fait de répréhensible.
Une Année italienne illustre avec beaucoup d’intelligence ce phénomène, le film ne forçant jamais le trait et restant nuancé dans la peinture du trio masculin, y compris quand ses membres reproduisent, sans en être toujours très conscients, des comportements problématiques.
Il y a donc ici un bel équilibre entre des notes aériennes (on devine que la réalisatrice regarde une partie de ses jeunes années avec tendresse à travers cette histoire) et un sujet plus grave, politique et sociétal, qui donne du relief au film sans pour autant plomber sa légèreté. Une réussite, donc, qui incite à s’intéresser au parcours de Laura Samani. Un temps prévue, sa visite à Regards Satellites n’a finalement pas eu lieu, pour une excellente raison : un nouveau long en préparation. Souhaitons, pour commencer, que celui-ci connaisse un avenir aussi bleu et clair que les ciels italiens qu’il donne à voir.
Le programme de Regards Satellites | La présentation du festival sur le site de L’Écran de Saint-Denis
























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