Ce mercredi, au Studio des Ursulines, le festival Format Court 2026 a débuté par la projection de quatre courts métrages avec Clotilde Hesme, marraine de cette 7ème édition.
À propos du festival et de sa marraine
Format Court désigne d’abord un webzine dédié au court métrage, créé en 2009 et dont la rédactrice en chef est Katia Bayer. Dix années après sa création, Format Court a lancé son propre festival de cinéma, qui se déroule dans une salle devenue centenaire en janvier dernier : le Studio des Ursulines, situé dans le cinquième arrondissement de Paris. (En 1926, André Breton, Man Ray, Fernand Léger, René Clair et Robert Desnos assistait à son inauguration).
À titre personnel, j’ai découvert Format Court il y a deux ans et rapidement, la qualité et la diversité de sa programmation m’ont impressionné. C’est un événement qui permet de mesurer à quel point le court métrage, loin d’être un exercice ou une simple étape vers le long, est une forme à part entière, qu’un cinéaste devrait pouvoir privilégier tout au long de sa carrière, de même qu’un écrivain peut faire le choix de n’écrire que des nouvelles, par exemple ; malheureusement, une telle orientation est rendue difficile par une distribution et une visibilité qui demeurent limitées. Dans ce contexte, les festivals tels que celui de Clermont-Ferrand, de Rennes (Court Métrange) ou celui dont il est question ici ont une vocation particulièrement importante.
Cette année, la marraine de Format Court est Clotilde Hesme, une comédienne qui a tourné avec Christophe Honoré (elle fait partie, aux côtés de Ludivine Sagnier et de Louis Garrel, du trio amoureux au centre de Les Chansons d’amour), Bertrand Bonello, les frères Larrieu ou encore Raoul Ruiz (dans Mystères de Lisbonne). En 2017, elle a joué dans Diane a les épaules, un joli film traitant avec justesse de la GPA (dans sa forme altruiste). L’actrice a également tourné dans treize courts métrages, dont quatre ont été projetés hier soir à l’occasion de l’ouverture du festival.
Chroniques
Dans Les Derniers feux, de Benjamin Busnel, on suit un réalisateur et une comédienne se rendant au festival de Cannes dans l’espoir d’y trouver des financements pour un projet de film. Ce court métrage est constitué d’une succession de photographies, prises par le narrateur (le personnage du réalisateur), lequel raconte l’histoire en voix-off. Au fil des images et des mots, l’enthousiasme initial de la comédienne fait place à une angoisse sourde, que son ami (et collaborateur) ne semble pas bien comprendre.
Les photographies, en noir et blanc, montrent l’actrice et des décors cannois évocateurs. Le procédé rappelle La Jetée, de Chris Marker (auquel Les Derniers feux est dédié), court métrage culte que je n’ai personnellement pas encore vu ; un autre point commun se situe au niveau thématique, Les Derniers feux (comme son titre le suggère) évoquant peu à peu une destinée mondiale chaotique (omniprésente dans La Jetée).
Le film est prenant, intriguant et directement lié à des problématiques et menaces très actuelles. Le choix du cadre (le festival de Cannes) n’est, bien sûr, pas innocent (par ses aspects superficiels et insouciants, l’événement constrate avec les catastrophes et tragédies du monde moderne). On retrouve l’idée, poétique et émouvante, de la photo et du cinéma comme outils de mémoire et de protection contre le temps et la destruction ; un motif auquel m’avait renvoyé, quelques jours plus tôt, le dernier film de Danielle Arbid (projeté dans le cadre du PCMMO, autre passionnant festival, encore en cours).
Ironie du sort, le film a été tourné en 2019 or, en 2020, la pandémie de COVID a causé, entre autres conséquences plus dramatiques, l’annulation du festival de Cannes ; un événement qui fait, en partie, écho au thème de Les Derniers feux.
L’action de Dernière nuit, de Thibault Bru, se situe dans une ferme isolée à la campagne. Solange (Clotilde Hesme) y découvre le corps de son mari, qui la battait et qui s’est suicidé après un ultime accès de violence. Le film (dans lequel figure également Sophie Duez, dans le rôle d’une amie de la protagoniste) décrit une emprise qui survit (d’abord) à la mort de celui qui l’exerçait, avant d’illustrer un lent processus de réappropriation. Un sujet grave, important, traité d’une façon à la fois troublante et intelligente.
Changement de registre avec Mona et ses voix, de Jeanne Delafosse, une comédie musicale où les chansons traduisent les voix et questionnements intérieurs de l’héroïne, une quadragénaire (en couple, avec enfants) qui se met à interroger son quotidien à Paris, marqué par cette fameuse charge mentale et un relatif oubli de soi et de ses aspirations propres. Les chansons (de Boris Boublil), dont les textes expriment les dilemmes, contradictions et frustrations de Mona, sont élégamment composées, arrangées et interprétées. Un récit féministe léger et aérien, conclu d’une belle manière.
Je retiens de ces trois films (je n’ai pas encore pu voir l’autre film de la sélection, au sujet prometteur : L’Attente) deux choses principales : des sujets très forts, à la fois intemporels et ancrés dans notre temps, et des personnages féminins puissants et inspirants, qui tentent de réagir à des menaces et problèmes (l’apocalypse, la violence masculine, le patriarcat) dont on pourrait dire, dans une certaine mesure, qu’ils sont reliés entre eux ; une sélection d’une grande cohérence, donc.
Format Court 2026, jusqu’à dimanche prochain au Studio des Ursulines.






















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