Film d’Emmanuel Mouret
Année de sortie : 2015
Pays : France
Scénario : Emmanuel Mouret
Photographie : Laurent Desmet
Montage : Martial Salomon
Musique : Giovanni Mirabassi
Avec : Emmanuel Mouret, Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Laurent Stocker, Michaël Cohen
C’est terrible d’être le rêve d’une femme : on est sûr de la décevoir.
Avec Caprice, Emmanuel Mouret compose une variation aérienne et délicate autour des paradoxes et ambiguïtés relatifs au sentiment amoureux.
Synopsis de Caprice
De nos jours, à Paris. Clément (Emmanuel Mouret), instituteur, entame une relation idyllique avec Alicia (Virginie Efira), une comédienne qu’il admire. Tout se passe pour le mieux jusqu’au jour où, à l’occasion d’une sortie dans un bar avec son ami Thomas (Laurent Stocker), il croise une énergique jeune femme prénommée Caprice (Anaïs Demoustier).
Amoureuse de Clément, celle-ci va tout faire pour entrer dans sa vie – une vie qui, peu à peu, va devenir beaucoup plus confuse…
Critique du film
Il y a une réplique très importante dans Caprice ; elle est prononcée par un homme qui, s’adressant au personnage principal, déclare à propos d’une relation amoureuse passée : C’est terrible d’être le rêve d’une femme : on est sûr de la décevoir
.
Le rêve et le fantasme amoureux au cœur du film
Cette réflexion fait directement écho au parcours des différents personnages : Clément, le protagoniste, s’éprend d’une belle et talentueuse actrice de théâtre (Alicia, interprétée par Virginie Efira) qui incarne avant tout un rêve, un fantasme ; puis Clément devient lui-même, à son tour, le rêve d’une autre femme, cette Caprice qui donne son titre (significatif) au film et que compose, avec toute l’espièglerie qui convient, Anaïs Demoustier. Dans les deux cas de figure, évidemment, le rêve se heurtera à une réalité plus complexe, moins claire et moins parfaite que l’image rêvée, et tout le monde en souffrira : celui qui construit le rêve et celui (ou celle) qui l’incarne. Ajoutons que l’idée du rêve se retrouve dans un moment précis du film, puisque c’est à moitié endormi que Clément aurait, selon les dires de Caprice, déclaré son amour à cette dernière. L’un des tournants de l’histoire repose donc sur un moment flou, fragile et dont l’existence même est sujette à caution ; un moment qui pourrait être un rêve et que le réalisateur ne nous montre pas, pour préserver son ambiguïté et son mystère.

L’élégance et l’humilité du cinéma d’Emmanuel Mouret
Comme dans ses précédents longs métrages, qu’il s’agisse par exemple de Laissons Lucie faire, Fais-moi plaisir ou encore L’Art d’aimer, Emmanuel Mouret illustre donc ici les confusions propres au sentiment amoureux et les multiples formes que prend ce dernier. Cet amour dont, comme l’intéressé le dit si bien dans cette interview, tout le monde parle sans être capable de lui donner une définition précise et unique. Dans Laissons Lucie faire, un professeur tentait bien de le synthétiser par l’équation « amitié + désir » ; mais si acceptable que soit cette formule on voit bien, en parcourant la filmographie du réalisateur d’Un Baiser s’il vous plait (et aussi par sa propre expérience), que ce sentiment échappe à une explication aussi claire et définitive.
Ce qui est appréciable chez Emmanuel Mouret, c’est qu’il ne tend pas à articuler une réponse plus ou moins tarabiscotée autour de son thème de prédilection ; il préfère imaginer des situations qui soulèvent différentes questions. Comme autant de notes énigmatiques, elles demeurent suspendues dans l’atmosphère légère et parfois mélancolique dont ses films sont imprégnés, et se frayent délicatement un chemin vers l’esprit du spectateur. Cette démarche humble et discrète se retrouve dans le travail d’Emmanuel Mouret en tant que réalisateur : dénuée du moindre artifice, sa mise en scène limpide est entièrement tournée vers les comédiens et les dialogues, prolongeant ainsi le sentiment – probablement trompeur – de simplicité que véhicule une écriture certes précise, mais jamais ampoulée.
L’ombre de Woody
En termes de situations et de narration, tout est bien pensé et construit ; par exemple, le changement de « statut », en quelques sortes, du personnage de Clément, qui passe de celui de « simple » spectateur à celui de compagnon d’une comédienne reconnue, est illustré par cette séquence où la caméra le filme dans les coulisses du théâtre, à son aise, en train de regarder vers la scène depuis un angle de vue nouveau. C’est presque une variante, non fantastique celle-ci, de La Rose pourpre du Caire, de Woody Allen ; d’ailleurs, Caprice est peut-être le film de Mouret dans lequel on sent le plus l’influence (jamais écrasante) du réalisateur new-yorkais. C’est assez évident dans ces courtes scènes sans dialogues, auxquelles une petite musique jazzy apporte un swing et un charme légers et désuets ; procédé très fréquent dans les films d’Allen.

L’auteur glisse ici quelques notes graves qui résonnaient rarement dans ses partitions antérieures (si l’on fait exception du mélodrame Une Autre vie), ce qui tend à fragiliser les arguments des critiques reprochant au metteur en scène de se répéter. En tant que comédien, Mouret est toujours aussi convaincant, et souvent très drôle, en homme doux, lunaire et maladroit. Il offre à Virginie Efira un beau et digne personnage de femme, que la comédienne incarne avec beaucoup de classe et de sobriété (Anaïs Demoustier, comme indiqué ci-dessus, est d’une égale justesse).
Remarque : les premiers plans du film, montrant Clément en compagnie de son fils, ont été tournés sur la belle Promenade plantée (ou Coulée verte) de Paris, un jardin en hauteur conçu principalement par mon père Philippe Mathieux et le paysagiste Jacques Vergely.
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Caprice affiche une élégance et un bon goût d'autant plus appréciables qu'ils servent, comme d'habitude chez Emmanuel Mouret, un discours à la fois intelligent et sans prétention sur des relations amoureuses aux mécanismes et mouvements intérieurs insaisissables. Le film s'achève d'ailleurs sur un flottement, une question sans réponse, un parfum d'irrésolu, délicat et mystérieux.






















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