The Molly Maguires – Martin Ritt

Sean Connery et Richard Harris dans "The Molly Maguires"
Film de Martin Ritt
Année de sortie : 1970
Avec : Richard Harris, Sean Connery, Samantha Eggar.

Un policier : This gang is crazy, McParlan. They lost a strike, and they think they can win what they lost with gunpowder.
McParlan: That’s not crazy. It’s Irish.

McParlan: Decency is not for the poor. You pay for decency, you buy it. And you buy the law too, like a loaf of bread.

The Molly Maguires est un superbe film de Martin Ritt, probablement son meilleur avec L’Espion qui venait du froid. Ce drame social pessimiste (inspiré d’une histoire vraie), magnifiquement photographié et mis en scène avec le talent et la sobriété propres au réalisateur américain, décrit de façon très crédible le quotidien d’une communauté minière à la fin du 19ème siècle, tout en livrant une réflexion désabusée sur la condition des individus dans la société. Parmi les plus beaux rôles de Sean Connery et Richard Harris, tous deux magistraux.

Synopsis de The Molly Maguires

Fin 19ème siècle, en Pennsylvanie, le détective James McParlan (Richard Harris) infiltre une communauté de mineurs afin de confondre une société secrète, les Molly Maguires, responsable de nombreux sabotages et attentats. Il fait rapidement la connaissance de Jack Kehoe (Sean Connery), le leader de l’organisation.

Critique

Un réalisme saisissant

Avec L’Espion qui venait du froid, Martin Ritt avait été l’un des premiers réalisateurs à privilégier une approche réaliste et sombre du monde de l’espionnage, loin de toute glorification des espions et des services secrets dans leur ensemble. The Molly Maguires lui fournit une nouvelle opportunité de développer le style sobre et très réaliste qui caractérise le plus souvent son travail de réalisateur. Le premier quart d’heure, dépourvu du moindre dialogue, est révélateur de la véritable ambition du film : raconter une intrigue avec ses propres enjeux dramatiques, mais aussi restituer avec une grande exactitude le quotidien des mineurs à la fin du 19ème siècle. Et le moindre détail contribue pleinement à la réussite de l’entreprise : la mise en scène sobre et très soignée de Martin Ritt (dans laquelle on ressent cette forme d’humilité qui convient parfaitement au sujet, Ritt faisant définitivement partie des réalisateurs qui ne cherchent jamais à se mettre en avant), la photographie superbe de James Wong Howe, grand chef opérateur qui débuta à l’époque du cinéma muet (The Molly Maguires est l’un des trois derniers films sur lesquels il travailla), le réalisme des décors et la crédibilité des comédiens et des figurants.

Cette perfection de l’ensemble des aspects techniques et artistiques du film permet au réalisateur de tourner de longues scènes presque muettes montrant les hommes au travail (exercice auquel excella, dans un style beaucoup plus lyrique, Terrence Malick dans Les Moissons du Ciel), sans que le résultat soit ennuyeux une seule seconde, tout en développant lentement mais sûrement l’intrigue, et le face à face entre deux personnages clés très intéressants : Jack Kehoe (Sean Connery), homme entier par excellence qui a choisi la violence pour exister dans un monde sans avenir, fermé, et McParlan (Richard Harris), beaucoup plus ambigu en ce sens qu’il est un policier infiltré bien décidé à mener sa mission à bien pour être promu, tout en comprenant et en respectant le point de vue de Kehoe.

Une réflexion amère et désabusée sur l’individu dans la société

Si on devine le parti pris – logique – du scénario (difficile de ne pas adhérer à la cause des mineurs), celui-ci a l’intelligence de n’idéaliser personne et de ne pas glorifier la violence employée par les Molly Maguires, tout comme il ne condamne pas ouvertement la position du policier infiltré ; le film est avant tout un constat amer et lucide sur une réalité éternelle, très bien résumée par une réplique de Kehoe : There’s them on top and them below. Push up or push down. Face à ce constat, Kehoe, en bas de l’échelle, choisit la violence pour « bousculer les bâtards », refusant de rester passif tout en étant conscient de la dimension dérisoire de son action. Il conserve une sorte d’éthique (il reste d’un côté et d’un seul) mais se condamne par sa propre violence. De son côté, McParlan renonce à toute morale pour réussir et gagner sa place dans la société (I envy your morality, dit-il à Mary Raines interprétée par Samantha Eggar, l’un des seuls personnages « pur » du film).

La conclusion de The Molly Maguires est donc très amère : ceux qui respectent la morale restent pauvres, ceux qui luttent sont pris dans la spirale de la violence ; seuls ceux qui choisissent la trahison, la fourberie, ont une chance d’évoluer socialement, si du moins ils peuvent vivre avec le poids de leurs crimes.

Cette description d’un monde chaotique, sans réelle issue pour l’individu, on la retrouve finalement dans L’Espion qui venait du froid, où le seul personnage totalement intègre et juste meurt sous les yeux de l’espion désabusé incarné par James Mason. Dans The Molly Maguires, Mary Raines, honnête et chrétienne, refuse la trahison et est donc condamnée à vivre dans la  misère. Il s’agit donc de deux œuvres très différentes mais toutes deux extrêmement pessimistes sur la condition humaine et la place de l’individu dans la société, aussi bien au 19ème siècle que pendant la guerre froide (cadre de L’Espion qui venait du froid).

The Molly Maguires, injustement méconnu et boudé à sa sortie (sans doute en raison de son caractère sombre et d’un Sean Connery très loin du glamour des James Bond), est une œuvre à découvrir d’urgence, authentique, réaliste, et d’une terrible lucidité.

A noter, un dernier plan génial qui résume à lui seul le sombre et implacable constat du film.

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2 commentaires

  1. lemer
    Le 11 avril 2010 à 19:54 | Permalien

    C’est la premiere fois que je viens sur votre blog, et je viens de lire plusieurs critiques de vos choix de films (La porte du paradis, the offence, le prince de New York) J’aime beaucoup vos commentaires et la justesse de vos analyses.Vos gouts étants assez similaires au miens , nous nous reverons bientot. Ps aujourd’hui j’ai vu Fat City. Merveilleux.

  2. Le 12 avril 2010 à 9:27 | Permalien

    Merci! oui, « fat city » est un grand Huston. A bientôt j’espère!

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