Film d’Amine Adjina
Pays : France
Année de sortie : 2025
Scénario : Amine Adjina
Photographie : Sebastien Goepfert
Montage : Guerric Catala
Musique : Amine Bouhafa
Avec : Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass, Malika Zerrouki, Gustave Kervern, Birane Ba, Laurent Stocker, Agathe Dronne, Inès Boukhelifa
La Petite cuisine de Mehdi traite d’un sujet passionnant avec humour et bienveillance. Un peu plus de mordant et de politique dans le traitement aurait sans doute renforcé l’ensemble, divertissant mais un peu trop lisse.
Synopsis du film
Cuisinier talentueux, Mehdi (Younès Boucif) est sur le point de reprendre, avec sa compagne Léa (Clara Bretheau), les rennes du restaurant où tous deux travaillent actuellement comme employés.
Craignant que sa mère Fatima (Malika Zerrouki) ne cautionne pas sa relation avec une femme blanche non musulmane, Mehdi a toujours pris soin de compartimenter sa vie : la famille d’un côté ; sa vie amoureuse et son métier de l’autre. Sa cuisine, même, ne comporte aucune référence aux recettes du pays d’origine de ses parents, l’Algérie.
Tout se complique quand Léa lui demande de décloisonner tout cela et exige de rencontrer sa mère. Paniqué, Mehdi fait appel à Souhila (Hiam Abbass), une amie à lui qui tient un bar de quartier. Sa mission : incarner une mère algérienne plus souple que celle de Mehdi. Souhila va prendre quelques libertés avec sa partition…
Critique de La Petite cuisine de Mehdi
En regardant La Petite cuisine de Mehdi, le premier long métrage d’Amine Adjina, j’ai songé au Répondeur, excellente comédie sortie l’été dernier. Les deux films sont très différents, mais ils ont un point commun intéressant : dans chacun d’eux, le jeu (au sens de jouer un personnage autre que soi), et donc une forme de mensonge, fait surgir une vérité ; ce qui, dans l’absolu, renvoie à une partie de ce qu’est le cinéma, mais aussi le théâtre.

Une scène du film d’Amine Adjina me semble très représentative de cela : celle où le protagoniste (incarné par Younès Boucif, avec le talent qu’on lui connaît) organise un dîner dans son restaurant, en présence de sa mère de substitution (épatante Hiam Habbass), de sa compagne (Clara Bretheau, vue récemment dans… Le Répondeur !), de son patron (Gustave Kervern, très à l’aise en figure paternelle) et d’un ami (Birane Ba). Les participants exigent un discours de la part du cuistot, que celui-ci, d’abord réticent, finit par faire. Or, à l’occasion de cet exercice contraint et forcé, et dans le cadre d’une situation en partie factice et mensongère, le personnage livre une pensée et une émotion sincères, celles qu’il aimerait confier à sa vraie mère. En d’autres termes, le faux
produit de l’authentique !

C’est l’une des belles idées du scénario, mais ce n’est pas la seule. Cette histoire de jeune cuisinier qui n’arrive pas à relier son métier à une partie de sa culture, à conjuguer sa vie amoureuse avec son histoire familiale, est intéressante pour plusieurs raisons. D’abord, elle reflète l’expérience, plus ou moins complexe, de millions de citoyens dont la famille, où eux-mêmes, ont émigré de leur pays d’origine. Ensuite, plus spécifiquement, elle fait écho à une culture (musulmane) et à des origines (algériennes) qui font l’objet de stéréotypes et préjugés hélas récurrents en France (comme ailleurs), entretenus par la politique des gouvernements successifs et par les médias servant de relais à l’extrême-droite (ils sont particulièrement nombreux aujourd’hui). Cet aspect politique est à peine effleuré, pour ne pas dire esquivé par le scénario du film, lequel privilégie les quiproquos et une approche assez inoffensive – un choix que l’on peut comprendre, mais qui reste discutable.

En termes de construction, le film suit un schéma un peu trop mécanique et prévisible. Sans doute aurait-il gagné à ne pas vouloir cocher toutes les cases du feel good movie, y compris dans son traitement de la relation amoureuse entre Mehdi et une compagne bien compréhensive.
Un zeste d’acidité dans la recette aurait donc été bienvenue. Cependant, La Petite cuisine de Mehdi reste un film agréable, bien interprété (Malika Zerrouki compose une mère particulièrement émouvante, drôle et crédible), avec du contenu et un vrai sujet, même s’il n’est pas totalement exploré.
Podcast à écouter sur la cuisine algérienne
La Petite cuisine de Mehdi m’a fait penser à un épisode de la gourmande émission de radio On va déguster, dédié à la cuisine familiale algérienne. François-Régis Gaudry y reçoit la cheffe Hanane Abdelli et sa mère Anissa, ainsi que la restauratrice Katia Barek et la cuisinière Nora Sadki, deux tandems qui s’occupent respectivement des restaurants parisiens Mama Nissa (dans le 2ème) et Majouja (dans le 9ème).
Ecouter l’émission La Cuisine familiale d’Algérie, sur France Inter






















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