Citizen Poulpe - Critiques de films
  • Critiques de films
    • Toutes les critiques de films
    • Drame
    • Policier / Thriller
    • Horreur
    • Fantastique
    • Science-fiction
    • Comédies / Comédies dramatiques
    • Western
    • Espionnage
    • Guerre
    • Aventures / Action
    • Documentaire
    • Courts et moyens métrages
  • Extraits de films
  • Musique et cinéma
  • Dossiers
    • Dossiers thématiques
    • Portraits croisés
    • Personnalités
  • Recueil de nouvelles
    • Fuites d’encre – Nouvelles
    • Entre-deux – Nouvelles
  • Contact
"Sans cœur" au festival Chéries chéris
Actualités 0

Chroniques du festival Chéries-Chéris 2023 : Norwegian Dream et Sans Cœur

Par Bertrand Mathieux · Le 3 décembre 2023

Le dimanche 26 novembre, je me suis rendu au MK2 Beaubourg, l’une des salles de cinéma qui a accueilli l’édition 2023 du festival Chéries-Chéris, pour y voir deux longs métrages : Norwegian Dream et Sans cœur. Retour sur une journée qui permettait de passer de la Norvège au Brésil tout en restant à quelques pas du centre Pompidou – ce qui n’est pas le moindre des (nombreux) pouvoirs du septième art.

À propos du festival

Chéries-Chéris est le Festival du film lesbien, gay, bi, trans, queer et ++++ de Paris. Il a déjà une longue histoire, sa 29ème édition venant tout juste de se terminer (si vous êtes doué en calcul, vous en aurez déduit qu’il est né en 1994, et je parle ici uniquement de la version française, ce festival ayant vu le jour dans d’autres pays avant cette date). Sa programmation est, par essence, diverse, embrassant tous les genres cinématographiques. Les films sélectionnés traitent cependant tous, chacun à leur façon, d’homosexualité masculine, de lesbianisme, de bisexualité ou de transidentité – ce qui ne signifie pas que tous les longs métrages projetés ont pour sujet unique l’un de ces thèmes, mais simplement que ceux-ci sont abordés au travers d’un récit qui peut bien entendu traiter, en parallèle, d’autres thématiques.

Les raisons expliquant la naissance d’un tel événement cinématographique sont évidentes : la représentation de l’homosexualité au cinéma a longtemps été rare et très souvent caricaturale. C’est en partie pour cette raison, d’ailleurs, qu’un film comme Cruising a été mal reçu par une partie de la communauté homosexuelle new-yorkaise à l’époque de sa sortie : si le long métrage de William Friedkin n’est en rien homophobe, et s’il se déroule dans un milieu bien spécifique et non représentatif (la communauté gay-cuir), on peut comprendre qu’il ait suscité la méfiance de personnes qui, parce qu’elles se sentaient déjà marginalisées, n’avaient pas forcément envie que le spectateur lambda associe automatiquement l’homosexualité masculine à l’atmosphère bien particulière des bars S&M des années 1970-80…

Si le cinéma a évolué sur ce point au cours des trente dernières années, il y a encore du chemin à parcourir. Il n’est pas si fréquent, par exemple, de voir un film dont le protagoniste est homosexuel sans que cela ne soit un sujet (comme dans L’Heure de la sortie, qui m’avait agréablement surpris sur ce point). Quant à la société dans son ensemble, elle est encore hantée par énormément de préjugés et d’idées préconçues, mais aussi par des violences verbales et physiques dont le caractère homophobe n’est d’ailleurs pas toujours reconnu par la justice – à tort.

Chéries-Chéris a donc vocation à durer, indépendamment d’ailleurs des évolutions sociétales à venir, qu’on espère positives : pourquoi, en effet, se priver de l’occasion de voir des films divers et défendant justement la diversité, venus du monde entier, le tout dans l’atmosphère agréable des quartiers des Halles et du Marais ?

Parlons maintenant des deux longs métrages vus ce jour-là.

Norwegian Dream : une quête intime sur fond de lutte sociale

Le pitch

Robert, un tout jeune (19 ans) immigrant polonais, trouve un emploi d’ouvrier dans une usine de poissons norvégienne. Il va être confronté à deux choses distinctes : d’une part des conditions de travail pénibles, d’autre part des sentiments troublants envers un charmant collègue, Ivar.

Toutes les conditions favorables à une lutte intérieure, difficile mais nécessaire, sont réunies…

La critique

Norwegian Dream est le premier film de fiction du documentariste polonais Leiv Igor Devold. On peut d’ailleurs supposer que son expérience du documentaire explique la précision avec laquelle il décrit les conditions de travail des ouvriers, norvégiens et immigrés (polonais, en l’occurrence), dans un contexte bien précis : une usine de poissons située au large de la côte du Trøndelag (un comté norvégien).

Le film traite de deux sujets à la fois distincts et complémentaires : l’acceptation de soi (de sa sexualité, plus précisément) et l’exploitation des travailleurs. Robert a en effet du mal à accepter ses propres désirs, pour une raison bien précise que le film révèle à mi-parcours. Le scénario (de Justyna Bilik) fait se rejoindre ses deux enjeux, et pour cause : on se définit en partie par sa sexualité, mais aussi par ses valeurs et ses convictions sociales.

Si cette belle idée s’articule de façon parfois un peu téléphonée, l’écriture assez fine des personnages, l’interprétation remarquable d’Hubert Milkowski et enfin l’alchimie qui s’opère entre lui et son partenaire à l’écran (Karl Bekele Steinland) donnent vie à ce récit touchant et assez sobre, tandis que la caméra parvient à saisir, dans plusieurs beaux plans, la grâce émanant des deux jeunes comédiens principaux. Or savoir bien filmer ses acteurs (et actrices) est une qualité essentielle chez un cinéaste, qu’on tend parfois à oublier. En prime, ce parcours initiatique tourmenté a pour toile de fond de beaux paysages norvégiens, que le chef opérateur Patryk Kin éclaire habilement.

Sans cœur : un coming of age movie dans le Nord-Est brésilien

Le pitch

Vers le milieu des années 1990 (toute ma jeunesse !), sur la cote d’Alagoas, dans le Nordeste brésilien. Des adolescents rêvent, s’ennuient, fument, attendent, et aiment parfois, comme Tamara. Celle-ci éprouve en effet une attirance grandissante envers une femme plus âgée, la mystérieuse sans cœur, qui vend occasionnellement son corps aux amis de Tamara. Chronique d’un été, synonyme de transition délicate dans la vie de la jeune femme.

La critique

Sans cœur s’inspire des souvenirs de Nara Normande, la co-réalisatrice du film (avec Tião). C’est un coming of age movie dont le rythme, assez lent, reproduit l’impression de temps infini, étiré propre à l’adolescence. Le film décrit, entre autres, le trouble éprouvé par une jeune fille face à son propre désir envers une autre femme, plus âgée et qui est enveloppée d’une aura mystérieuse, comme le souligne son surnom (qui donne son titre au film, titre d’ailleurs volontairement ambigu). À partir de ce désir vertigineux, les réalisateurs (un tandem donc, comme Juliana Rojas et Marco Dutra) alternent entre des scènes réalistes et des touches d’onirisme, d’une façon qui n’est pas sans évoquer un réalisme magique récurrent dans la littérature et le cinéma sud-américains.

Comme dans Norwegian Dream, il y a une dimension sociale mais qui n’est pas un moteur de la narration, simplement une partie (importante) du tableau (les personnages de Sans cœur sont, pour la plupart, issus d’un milieu modeste, voire pauvre ; d’ailleurs, Tamara et sans cœur n’appartiennent pas à la même classe, et le film le souligne très bien). On retrouve aussi le thème de l’homophobie, à travers le harcèlement dont est victime l’un des membres (gay) de la bande. Les comédiens impressionnent autant que ceux du film de Devold, tandis que sur le plan formel, Sans cœur témoigne d’une évidente maîtrise, et surtout d’une belle intuition (à l’image de ce plan sur une piscine vide sous la pluie, qui évoque la fin de quelque chose – d’un chapitre de la vie de la protagoniste, peut-être ?). Les errances mi joyeuses, mi amères de ces jeunes brésiliens pourraient ennuyer parfois, mais les qualités esthétiques et le soin accordé aux personnages secondaires maintiennent le film sur un fil fragile et délicat. À propos des personnages secondaires, on notera une jolie scène de complicité entre Tamara et sa mère ; une scène où l’on entend un morceau de Gilberto Gil, le célèbre compositeur et musicien brésilien.

Cela me fait songer que la musique brésilienne (je parle notamment de la samba et la bossa nova) a, me semble-t-il, quelque chose d’à la fois léger et de mélancolique, de triste et de gai (à l’image du morceau Aquarela do Brasil), qui me paraît profondément connecté à l’histoire du pays et que l’on ressent dans ce film, où la joie et le drame ordinaire semblent se côtoyer sans cesse. D’ailleurs, lorsqu’elle évoque le départ imminent de sa famille (plus stable et favorisée que celle de certains de ses proches), Tamara déclare : je suis contente de partir, mais ça me rend triste aussi. Cette dualité me semble être au cœur de ce joli film, primé dans plusieurs festivals.

En résumé

Bien que très différents en termes de style et d’atmosphère, ces deux films ont de commun de mettre en scène des jeunes gens en construction, déstabilisés par leurs propres émotions dans un contexte volontiers marqué par des difficultés sociales. Les deux plans que je garderai en tête sont celui de Robert étendu dans l’herbe, épanoui (dans Norwegian Dream), et celui d’une piscine vide sous la pluie dans Sans cœur. La réplique dont je me souviendrai est je suis contente de partir, mais ça me rend triste aussi.

Vous pouvez consulter le palmarès du festival à cette adresse.

Chéries chérisComing-of-age
Partager Tweet

Bertrand Mathieux

Principal contributeur du blog Citizen Poulpe. Je suis également auteur de deux recueils de nouvelles. Parmi mes cinéastes préférés : Michael Cimino ; Claude Chabrol ; Maurice Pialat ; Michael Powell ; Kelly Reichardt ; Arthur Penn ; Olivier Assayas ; Emmanuel Mouret ; Léa Mysius ; Guillaume Brac ; Juliana Rojas ; Marco Dutra ; Francis Ford Coppola ; Michel Deville ; Laura Citarella ; Guillaume Nicloux ; Karim Moussaoui ; Woody Allen ; Sam Peckinpah ; Nacho Vigalondo ; Danielle Arbid ; Lina Soualem ; Jean-Pierre Melville ; David Lynch ; Billy Wilder ; David Mamet ; William Friedkin ; Nicolas Pariser ; Sergio Leone ; Jane Campion ; Jim Jarmusch ; Miguel Gomes ; Ari Aster ; Christian Vincent ; Sidney Lumet ; Ernst Lubitsch ; Gilles Marchand ; Alfred Hitchcock ; John Carpenter ; Otto Preminger ; Whit Stillman...

Vous aimerez également

  • Douches froides Drame

    Douches froides

  • Risky Business Comédies / Comédies dramatiques

    Risky Business

  • The Wretched Fantastique

    The Wretched

Aucun commentaire

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Rechercher une critique de film

Facebook

Facebook

Dernières actualités

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026

Critiques les plus récentes

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026

Critiques les plus consultées

Snow Therapy
La Moustache
Blue Velvet
The Invitation
Nocturne indien
Watcher
Society
Rue des Dames

Rechercher un film par thématique

  • Chronique intimiste
  • Critique sociale
  • Couples en plein doute
  • Détectives
  • Disparitions
  • Fantômes et apparitions
  • Féminisme
  • Jeux de l'amour et du hasard
  • Joies du libéralisme
  • Monstres et cie
  • Onirique
  • Politique
  • Questionnement identitaire
  • Réalisatrices
  • Récit initiatique
  • Relation vénéneuse
  • Sorcellerie
  • Transformation
  • Le travail c'est la santé

Abonnez-vous !

Abonnez-vous à Citizen Poulpe pour recevoir une notification par email à chaque nouvel article publié.

  • Critiques de films
    • Toutes les critiques de films
    • Drame
    • Policier / Thriller
    • Horreur
    • Fantastique
    • Science-fiction
    • Comédies / Comédies dramatiques
    • Western
    • Espionnage
    • Guerre
    • Aventures / Action
    • Documentaire
    • Courts et moyens métrages
  • Extraits de films
  • Musique et cinéma
  • Dossiers
    • Dossiers thématiques
    • Portraits croisés
    • Personnalités
  • Recueil de nouvelles
    • Fuites d’encre – Nouvelles
    • Entre-deux – Nouvelles
  • Contact

Dossiers cinéma

  • Les « Dinner Parties From Hell » au cinéma

    Les « Dinner Parties From Hell » au cinéma

    19 avril 2020
  • Qui suis-je ? Exemples de troubles identitaires au cinéma

    Qui suis-je ? Exemples de troubles identitaires au cinéma

    22 novembre 2018
  • Les légendes urbaines dans le cinéma des années 90 et 2000

    Les légendes urbaines dans le cinéma des années 90 et 2000

    30 mai 2018

Actualités

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026
  • Format Court 2026 : carte blanche ville de Paris

    Format Court 2026 : carte blanche ville de Paris

    10 avril 2026

Musique et cinéma

  • Entretien avec Mocke, musicien et compositeur

    Entretien avec Mocke, musicien et compositeur

    11 mai 2025
  • Le Ballon rouge : réécriture de la musique originale

    Le Ballon rouge : réécriture de la musique originale

    3 avril 2021
  • « Safe Travels » par Peter and the Wolf dans « Villains »

    « Safe Travels » par Peter and the Wolf dans « Villains »

    25 avril 2020

Recherche

Consultez l’index des critiques de films.

Sites conseillés

Découvrez une sélection de sites conseillés par Citizen Poulpe.

Citizen Kane, c’est un film qui a révolutionné le cinéma, aussi bien par ses innovations visuelles que narratives. Le poulpe, et en particulier le poulpe géant, est un animal marin mythique, qui se démarque par son charisme, sa capacité d’adaptation, et sa connaissance de lui-même. Citizenpoulpe.com est un hommage au cinéma et à la grandeur solennelle du poulpe.

Blog sous license Creative Commons. Propulsé par WordPress.