Film de Martin Jauvat
Année de sortie : 2025
Pays : France
Scénario : Martin Jauvat
Photographie : Vincent Peugnet
Montage : Jules Coudignac
Musique : Pierre III
Avec : Martin Jauvat, Emmanuelle Bercot, William Lebghil, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Annabelle Lengronne, Géraldine Pailhas, Michel Hazanavicius, Aurélien Bellanger, Mahaut Adam, Eva Huault
Martin Jauvat signe avec Baise-en-ville une comédie drôle, sensible et touchante.
Synopsis du film
Corentin Périer (Martin Jauvat), dit Sprite
, un jeune homme de 25 ans, habite avec ses parents à Chelles (Seine-et-Marne). Confronté à qu’il appelle lui-même une boucle paradoxale – il doit passer son permis pour trouver un travail, et trouver un travail pour payer son permis –, il demande de l’aide à son beau-frère Walid (William Lebghil). C’est le début d’une aventure urbaine ponctuée de rencontres.
Critique de Baise-en-ville
Je prends mon baise-en-ville, j’me tire à Deltaville
: c’est par ces mots que commence la chanson Dispatch Box, de Serge Gainsbourg, laquelle, à l’image de l’album You’re under arrest dans son ensemble, n’est pas la meilleure de son auteur ; mais c’est en écoutant ce titre que l’expression baise-en-ville est parvenue à mes oreilles pour la première fois. Je devais alors avoir treize ou quatorze ans, et sa signification précise m’avait sans doute échappée. Le même Gainsbourg a souvent dit qu’il commençait à composer ses chansons à partir d’un titre ; eh bien, Martin Jauvat a suivi une méthode identique pour le scénario de Baise-en-ville, élaboré sur la base de cette formule efficace, un peu désuète aussi – on ne l’entend, me semble-t-il, plus très souvent.
Cela lui va bien, à ce film, ce titre un peu décalé temporellement. Le protagoniste, campé par le (jeune) réalisateur et scénariste, est lui aussi, à sa façon, un peu en décalage. Il court après les RER, a du mal à quitter le foyer parental et sa situation professionnelle, amoureuse aussi, est bancale. La plupart des personnages qui l’entourent ne sont pas beaucoup plus à l’aise avec l’époque et la société dans laquelle ils évoluent, malgré ce que les apparences laissent parfois croire de prime abord.
Baise-en-ville pose un regard affectueux sur les villes situées en banlieue parisienne ; sur ces quartiers résidentiels plus ou moins bien desservis par les transports, dont les habitants effectuent souvent de longs trajets pour se rendre sur le lieu de leurs études ou de leur travail, le tout dans un contexte économique dont les classes moyennes et populaires subissent particulièrement les conséquences (une scène comporte une critique implicite du président Macron).
Baise-en-ville ne dresse pas un portrait misérabiliste de cet univers urbain, que la photographie de Vincent Peugnet pare de couleurs vives ; mais tout de même, la mélancolie et la solitude affleurent souvent à la surface flashy de l’image, sans jamais être appuyée (par exemple, un seul plan rapide sur le visage de la comédienne Mahaut Adam fait ressentir une déception étouffée). Pareil pour l’humour : il est efficace, sans être lourd, même quand le sujet (il est souvent question de sexe) aurait pu susciter de ces blagues graveleuses auxquelles un certain type de comédies françaises (pas les plus inspirées) ont volontiers recours.
Cet équilibre et ce sens du dosage reflètent le regard d’un auteur, qui observe les autres avec tendresse et chronique intelligemment leurs doutes et difficultés quotidiennes. Dans une comédie, ce qui compte, c’est (en grande partie) de quoi et avec qui l’on rit ; en regardant Baise-en-ville, on est assurément en bonne compagnie, et l’ensemble du casting (William Lebghil, Emmanuelle Bercot, Anaïde Rozam, Géraldine Pailhas, Michel Hazanavicius, Sébastien Chassagne et même l’écrivain Aurélien Bellanger) semble avoir eu du plaisir à participer à cette comédie douce-amère, dont le dernier plan dit beaucoup. On notera aussi une musique originale réussie, et des choix de chansons bien sentis.
En salle, le film favorise un phénomène pas si fréquent : un échange de sourires et regards complices au terme de la projection. Vu le contexte national et international, ce climat bienveillant est plus qu’appréciable.






















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