John McCabe

John McCabe

John McCabe (Warren Beatty)

Film de Robert Altman
Titre original : McCabe & Mrs. Miller
Année de sortie : 1971
Pays : États-Unis
Scénario : Robert Altman et Brian McKay, d’après un roman de Edmund Naughton
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Lou Lombardo
Avec : Warren Beatty, Julie Christie.

Un proxénète : You can have her, but you will have to get her some teeth.
McCabe: All right. How much for three?
Le proxénète : Three? 80 dollars each.
McCabe: 80 dollars for a chippy? I can get a goddamn horse for 50 dollars!

Peinture authentique de l’ouest américain, John McCabe illustre le monopole et les méthodes mafieuses des puissantes compagnies vis à vis des entrepreneurs indépendants, tout en développant avec finesse les personnages principaux et leurs relations complexes. L’un des plus beaux films de son auteur.

Synopsis de John McCabe

En 1902, John McCabe (Warren Beatty) décide d’ouvrir un bordel dans une petite ville de l’ouest américain, Presbyterian Church. Constance Miller (Julie Christie), une prostituée, lui propose une offre : son expérience et son sens de l’organisation en échange d’une partie des bénéfices.

L’affaire tourne bien et une riche compagnie minière propose à McCabe le rachat de son entreprise. L’intéressé déclinant la proposition, trois tueurs à gage sont engagés pour l’éliminer.

Pendant ce temps, McCabe se découvre des sentiments amoureux envers son associée, en apparence plutôt froide et dédaigneuse à son égard.

Critique

Le propos du film

Le mouvement communément appelé « Le Nouvel Hollywood » a vu naître de nombreux westerns qui, bien que parfois très différents, avaient souvent une volonté en commun, celle de proposer une vision de l’ouest américain en rupture avec celle correspondant à la plupart des westerns dits « classiques ». Une vision souvent plus réaliste et plus critique (quoique les westerns des années 40-50 sont loin d’être tous simplistes et stéréotypés), où le mal n’est plus uniquement représenté par les indiens ou les hors-la-loi, mais aussi – et même davantage – par le pouvoir et les riches propriétaires. Le « héros » n’est plus le cowboy courageux et honnête, il est tour à tour voleur de chevaux (comme Jack Nicholson dans The Missouri Breaks), braqueur de banque (les membres de La Horde Sauvage, Sundance et Butch Cassidy dans Butch Cassidy et le Kid), shérif blasé et résigné (James Coburn dans Pat Garrett et Billy the Kid), et surtout plus humain, moins parfait, à l’image de ce simple homme d’affaires incarné par Warren Beatty dans John McCabe. Ses vêtements sont sales, il boit à outrance, n’aime pas prendre un bain et erre dans un monde dominé par la pauvreté et régi par de puissants propriétaires peu scrupuleux.

Humain, nuancé, sensible, avec ses défauts et ses faiblesses, McCabe incarne cependant une figure américaine mythique, celle de l’entrepreneur indépendant menacé par les riches et le pouvoir. Il n’est pas le stéréotype de cette figure, car c’est un personnage complexe et crédible (et qu’il tient un bordel…), mais il en porte d’une certaine façon les valeurs et les combats, ce pourquoi le qualificatif d’anti-héros serait partiellement inexact.

Cette dimension de l’histoire du film – l’homme, ce qu’il est en tant qu’individu et ce qu’il représente dans la culture américaine – est particulièrement intéressante. On retrouvera dans l’excellent polar Tuez Charley Varrick, de Don Siegel, sorti deux ans après John McCabe (en 1973), une autre illustration cinématographique du combat entre l’individu et les organisations puissantes qui l’entourent, cette fois dans l’Amérique des années 70. C’est ce rapport assez saisissant qu’entretenaient de nombreux metteurs en scène (souvent contestataires) des années 60-70 avec certains idéaux américains, qui donnent à leurs œuvres une tonalité à la fois virulente, critique, pessimiste et profondément mélancolique, où l’amour pour une certaine idée de leur pays et de son histoire se conjugue avec un rejet total de ses dérives passées et actuelles. John McCabe est très largement imprégné de cette mélancolie et de cet aspect critique, et son regard désabusé sur l’ouest américain et son évolution le place donc directement dans la lignée des westerns réalisés notamment par Sam Peckinpah, Arthur Penn, Michael Cimino, même si bien entendu la personnalité et le style propres à Robert Altman le rendent totalement unique.

Altman prend le parti du réalisme et nous dépeint un ouest américain particulièrement crédible, à l’image des rares scènes d’action du film, comme le gunfight final au cours duquel McCabe agit non pas comme un héros classique de western, mais comme le ferait n’importe quel homme confronté à trois tueurs professionnels : il se cache et tente de les abattre par surprise.

John McCabe

Des décors et des personnages émanent une admirable authenticité ; le scénario, d’une grande sobriété, évite toute forme de spectaculaire et de dramatisation, privilégiant la qualité de la reconstitution, le discours politique et la psychologie des personnages, tandis que Altman et le directeur de la photographie Vilmos Zsigmond (grand chef opérateur qui travailla notamment sur Blow Out, Images, La Porte du paradis) composent des images picturales dont la dimension mélancolique est soulignée par les chansons de Leonard Cohen, très souvent utilisées dans le film, et qui ont probablement influencé son montage. Mélancolique, car si John McCabe témoigne d’une sympathie évidente du réalisateur envers ses personnages (principaux comme secondaires, à l’image de ce jeune cowboy qui déclare lui-même ne pas savoir tirer, avant de se faire froidement abattre par l’un des tueurs envoyés par la compagnie minière) et envers leur motivation commune – celle de survivre dans un environnement difficile – il jette un regard critique et désabusé sur une Amérique du début du 20ème siècle qui voit s’instaurer l’emprise violente des puissants, des riches hommes d’affaires, au dépend de l’individu et de sa liberté, et de certaines valeurs intrinsèques à l’histoire de l’Amérique.

De ce point de vue, le fait que l’église du village brûle au cours de la dernière séquence du film a probablement une portée symbolique.

McCabe et Mrs Miller : des personnages intéressants et crédibles

La personnalité des deux protagonistes – McCabe et Mrs Miller – y est pour beaucoup dans la réussite du film. McCabe est un personnage attachant, avec ses cigares et cet alcool dont il s’imbibe pendant à peu près tout le film, fondamentalement sympathique (That man never killed anyone in his life, dit de lui l’un des tueurs à gage), et respectueux envers ses employés, y compris les prostituées qu’il traite avec courtoisie. Plusieurs aspects de son caractère le rendent assez touchant : il cherche à se donner des grands airs alors qu’il est plus ignorant que d’apparence (il n’arrive pas à tenir les comptes de son entreprise car il confond débit et crédit) ; crédule, limite niais, il ne mesure pas du tout le danger que représente la compagnie minière ; et ses efforts pour gagner en crédibilité auprès de Mrs Miller, dont il est amoureux, sont à la fois comiques et émouvants. Enfin, comme mentionné précédemment, McCabe porte sur ses frêles épaules les valeurs associées à la figure de l’entrepreneur américain indépendant, et sa lutte contre les tueurs engagés par la riche compagnie minière prend donc une dimension à la fois belle, symbolique, tragique et dérisoire.

Julie Christie dans John McCabe

Julie Christie

John McCabe étant un western réaliste et de son temps, la femme n’y joue pas le rôle d’une cruche effarouchée ; Mrs Miller, interprétée par la belle Julie Christie, est intelligente, lucide, expérimentée, déterminée, forte de caractère, et en tout point elle submerge, dépasse complètement McCabe qui à ses côtés semble désespérément pataud. On lui devine un passé difficile (elle est prostituée) car elle semble bien décidée à s’en sortir, et ne retrouve une forme de douceur que sous l’effet de la drogue qu’elle consomme en secret. Rejetant sa part de tendresse et ses sentiments, elle ne manifestera qu’accidentellement ou de façon très intermittente son affection envers son associé, comme si elle considérait que la réussite dans le monde moderne exigeait de mettre de côté sa sensibilité pour se concentrer sur le profit et l’ascension sociale. Ce personnage de femme complexe et que l’on devine habitée par des contradictions profondes est résolument moderne, ce qui ne surprend pas tant le propos politique du film peut être appliqué à l’époque de son tournage, comme à l’époque actuelle.

Robert Altman filme ces deux personnages qui n’arrivent que difficilement à s’ouvrir l’un à l’autre, et dont la relation est corrompue par l’argent (McCabe paie pour coucher avec elle, comme les autres clients ; au cours d’une scène de lit, Altman fait d’ailleurs un gros plan significatif sur la boite en osier dans laquelle il place ses billets), avec beaucoup de pudeur, de sobriété et de retenue, qui font qu’une émotion subtile affleure au cours des très belles scènes d’intimité magnifiées par la photographie de Vilmos Zsigmond.

John McCabe est l’un des westerns majeurs des années 70. Réaliste, désabusé, pessimiste et empreint de mélancolie, ce film est sans conteste l’un des meilleurs de son auteur, avec The Player, brillante satire d’Hollywood avec Tim Robbins.

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2 commentaires

  1. mr3mx
    Le 6 janvier 2011 à 23:16 | Permalien

    Je recherchait un titre de western réaliste et je découvre votre site. Dommage qu’il n’y ai pas plus de photos (ou j’ai pas remarqué).

  2. Le 7 janvier 2011 à 9:15 | Permalien

    Justement ! Des galeries de photos vont être ajoutées prochainement. Actuellement, il y en a environ 2 – 3 par article, et parfois des vidéos.

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