Film de Sylvain Desclous
Année de sortie : 2025
Pays : France
Scénario : Sylvain Desclous, Laurette Polmanss, Éric Reinhardt et Lauren Lazin, d’après le roman Le Système Victoria, d’Éric Reinhardt
Photographie : Inès Tabarin
Musique : Florencia Di Concilio
Avec : Damien Bonnard, Jeanne Balibar, Cédric Appietto, Antonia Buresi
Dans Le Système Victoria, Sylvain Desclous part d’une relation entre deux personnages pour décrire, au travers d’un récit brumeux, intrigant et parfois maladroit, un monde capitaliste résolument pragmatique, amoral et individualiste.
Synopsis du film
David Kolski (Damien Bonnard), architecte diplômé, n’a pas réussi à percer dans ce domaine. Pour joindre les deux bouts, il a accepté de travailler comme directeur de travaux sur le projet de contruction d’une grande tour de bureaux, en région parisienne. Soumis à des délais intenables et dangereux pour les ouvriers, David quitte brutalement une réunion de travail, bien décidé à abandonner le projet.
Le soir même, il rencontre, dans un centre commercial, à la nuit tombée, la mystérieuse Victoria (Jeanne Balibar), DRH dans un grand groupe international. À son contact, David va peu à peu découvrir des choses sur lui-même et sur le monde qui l’entoure…
Critique de Le Système Victoria
Sylvain Desclous nous avait laissés sur des Grandes espérances dont le titre n’avait pas tenu, selon moi, ses promesses. Le film, qui dépeignait le parcours d’une étudiante de l’ENA (campée avec conviction par Rebecca Marder), cédait à trop de maladresses scénaristiques pour convaincre pleinement. Ce Système Victoria, adapté d’un roman d’Éric Reinhardt (on se souvient que Valérie Donzelli a récemment porté à l’écran L’Amour et les forêts, du même auteur), propose un récit à la fois mieux tenu et plus surprenant, même si on y retrouve des défauts déjà présents dans De Grandes espérances.
Le Travail, c’est la santé fait partie d’un système de classement alternatif commun à une partie des films chroniqués sur ce site ; sont regroupés, sous cette étiquette, des longs métrages qui, d’une façon ou d’une autre, dépeignent un monde du travail synonyme de perte de valeurs et d’identité, de pression psychologique, d’injustice sociale, etc. Le Système Victoria va logiquement rejoindre les films classés dans cette thématique, pour une raison que les lignes qui suivent vont, en partie, éclairer.
Le film raconte une relation entre un architecte devenu directeur de travaux par nécessité et la DRH d’un grand groupe international. Relation qui débute dans un centre commercial, la nuit, juste après la fermeture des magasins. Un moment et un lieu symboliques, puisque dans Le Système Victoria, la liaison entre les deux protagonistes ne sert nullement de base à une exploration du désir ou du sentiment amoureux : elle permet avant tout de révéler, notamment aux yeux de David Kolski (l’architecte), les contours et le fonctionnement d’un système où règnent le pragmatisme, le chacun pour soi, la manipulation et la poursuite du profit. En quelques mots, il découvre la face (plus ou moins) cachée de la société consumériste et du capitalisme (le capitalisme immobilier dans ce cas précis, connu pour être particulièrement corrompu). Dès lors, quoi de mieux qu’un centre commercial à la nuit tombée pour faire débuter le récit ?
On peut dire que Le Système Victoria présente une dimension initiatique : en découvrant comment fonctionne sa partenaire, David Kolski en apprend davantage sur le système au sein duquel tous deux évoluent, à des positions bien distinctes. Il subit ce système bien plus qu’elle, mais moins que les ouvriers qui travaillent sur son chantier et moins, aussi, que ce caissier de magasin de jouets auquel David demande une faveur, avant de le regarder à peine au moment de régler la somme due, son téléphone portable collé à son oreille (comble de l’impolitesse). Quelles que soient les difficultés qu’il connait, Kolski a une carte à jouer ; mais ceux qui tiennent le marteau, le balais ou la caisse ne peuvent espérer qu’une chose : boucler leurs fins de mois. Un constat qui trouve, dans la France ultra-libérale de 2025, un écho plus fort encore que lors de la sortie du roman de Reinhardt (en 2011).
Le spectateur, comme le personnage campé (avec la justesse à laquelle il nous a habitué) par Damien Bonnard, découvre peu à peu les véritables enjeux d’un récit que Sylvain Desclous mène assez bien, même si on note, comme dans De Grandes espérances, des maladresses (une scène inutile et faussement sulfureuse dans un club échangiste ; un personnage – le client de la société de BTP où travaille Kolski – trop caricatural). Nulle maladresse, en revanche, dans la composition de Jeanne Balibar, qui incarne un personnage la fois drôle (parfois à son insu) et – fondamentalement – glaçante.
À propos de l’affiche
J’ai remarqué, en passant devant la façade d’un cinéma à Saint-Ouen (L’Espace 1789), que les visages des comédiens, surtout celui de Damien Bonnard, avaient été retouchés numériquement sur l’affiche du film (Kolski ressemble à un personnage pixelisé de jeu vidéo ; voir la vignette de la vidéo ci-dessus). Est-ce une façon de symboliser le caractère artificiel et le manque d’authenticité du système décrit par Le Système Victoria ? Ou une faute de goûts, synonyme du recours, souvent inutile, à du bidouillage numérique ? Si vous avez une hypothèse, n’hésitez pas à la formuler dans un commentaire !






















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