Citizen Poulpe - Critiques de films
  • Critiques de films
    • Toutes les critiques de films
    • Drame
    • Policier / Thriller
    • Horreur
    • Fantastique
    • Science-fiction
    • Comédies / Comédies dramatiques
    • Western
    • Espionnage
    • Guerre
    • Aventures / Action
    • Documentaire
    • Courts et moyens métrages
  • Extraits de films
  • Musique et cinéma
  • Dossiers
    • Dossiers thématiques
    • Portraits croisés
    • Personnalités
  • Recueil de nouvelles
    • Fuites d’encre – Nouvelles
    • Entre-deux – Nouvelles
  • Contact
Chris New et Tom Cullen dans "Week-end"
Drame 0

Week-end

Par Bertrand Mathieux · Le 5 février 2025

Film d’Andrew Haigh
Année de sortie : 2011
Pays d’origine : Royaume-Uni
Scénario : Andrew Haigh
Photographie : Urszula Pontikos
Montage : Andrew Haigh
Musique : James Edward Barker
Avec : Tom Cullen, Chris New, Jonathan Race, Laura Freeman, Kieran Hardcastle

Week-end chronique une brève liaison amoureuse en conjuguant des aspects intimes, sociétaux et universels.

Synopsis du film

Russell (Tom Cullen) se rend dans un club gay après une soirée passée chez des amis. Il y fait la connaissance de Glen (Chris New), et les deux hommes rentrent ensemble chez Russell. C’est le début d’une histoire qui va durer peu de temps, mais susciter beaucoup de questionnements – et d’émotions.

Critique de Week-end

Qu’est-ce qui nous pousse vers un film ou un livre particulier ? La réponse varie d’un cas à l’autre. En l’occurrence, il me semble avoir entendu parler pour la première fois de Week-end en lisant White, de Bret Easton Ellis, dont je ne conseille d’ailleurs pas particulièrement la lecture (c’est une compilation d’avis, souvent banals, parfois passéistes, davantage qu’un essai). Reste que c’est grâce à l’auteur de Lunar Park que le titre Week-end a résonné en moi, tandis que j’explorais le rayon DVD d’une médiathèque du 18ème arrondissement de Paris (Robert Sabatier).

Il s’agit du second long métrage du cinéaste britannique Andrew Haigh après Greek Pete (2009). L’idée du film est simple : deux hommes se rencontrent dans un club gay, couchent ensemble, puis passent des moments à discuter, le tout s’étalant sur la courte période de temps auquel fait référence le titre. La seule lecture du pitch ne donne pas de raison particulière d’imaginer un film très original et passionnant ; mais c’est dans l’écriture des dialogues, dans la caractérisation des personnages et dans la mise en scène que Week-end affirme (par petites touches) sa beauté singulière.

Tom Cullen et Chris New dans "Week-end"
Tom Cullen et Chris New

Très rapidement, on est frappé par l’alchimie opérant entre les deux comédiens principaux, Tom Cullen et Chris New. Il y a une fluidité, une justesse dans leurs échanges et dans leurs gestes, qui font qu’on a le sentiment, en tant que spectateur, d’observer un couple (récent) dans son intimité, avec tout ce que cela suppose de moments de gêne, de complicité, de partage, de tension, d’incompréhension, d’harmonie… Pendant les répétitions, le réalisateur a laissé les acteurs improviser un peu à partir du texte d’origine, pour favoriser un sentiment de naturel et de spontanéité, et si cette méthode de direction a aussi bien fonctionné sur ce film, c’est pour deux raisons principales : le talent des comédiens ; la matière riche dont chacun d’entre eux disposait pour explorer différentes pistes de jeu (quoiqu’en disent certains, il n’existe pas de bon film basé sur un mauvais scénario). Andrew Haigh a en effet très intelligemment écrit les personnages de Russell et de Glen, en jouant sur des différences (d’attitude, d’expérience, d’opinion) qui nourrissent le récit et ses différentes thématiques, sans jamais enfermer les acteurs dans des schémas binaires ou caricaturaux..

Tom Cullen dans "Week-end"
Tom Cullen

Le regard de la société sur l’homosexualité, et la façon dont cette dernière est vécue dans l’espace privé mais surtout public, sont des questions qui reviennent dans plusieurs répliques. Mais là où parfois, des questionnements sociétaux surgissent dans un film d’une manière un peu téléphonée, platement illustrative, Week-end parvient à les aborder en les fondant admirablement bien dans les séquences, et en les éclairant sous un jour nuancé, sensible et pertinent à la fois.

Chris New dans Week-end
Chris New

L’une des qualités du film est de ne jamais grossir le trait. Rien n’est surligné par le jeu des acteurs ou par la caméra, si bien qu’on est parfois cueilli par une émotion qui ne semble, à aucun moment, fabriquée. Le récit, et le montage (signé par Haigh lui-même), utilise souvent une technique d’écho entre deux images ou deux motifs ; leur apparition, à différents moments de la narration, souligne que toute relation naissante (quels que soient le genre ou la sexualité concernés) implique un ensemble de micro événements qui se répètent dans le temps, mais qui ne produisent pas toujours la même impression ou résonance.

Par exemple, le même plan subjectif montrant Glen quitter le bloc d’immeubles où vit Russell, filmé depuis la fenêtre de ce dernier, est utilisé à deux reprises, et reflète à chaque fois un stade distinct de leur relation (la seconde fois, Glen se retourne). On retrouve ce phénomène d’écho avec le dictaphone de Glen, qui lors de sa seconde apparition dans le film prend une dimension nostalgique et pleine de sens.

En tant que réalisateur, Haigh cherche avant tout à trouver l’angle de caméra ou l’enchaînement d’images qui va lui permettre d’exprimer une idée. Ainsi, si dans la plupart des scènes de dialogues, il privilégie une caméra à l’épaule située à proximité des comédiens (ce qui donne des images délicates et pleines de vie ; il faut saluer ici le travail de la chef opératrice polonaise Urszula Pontikos), Haigh utilise également des plans larges et fixes, et cela à des moments bien précis. Cette alternance entre deux façons de filmer produit parfois une émotion saisissante.

L’exemple le plus frappant de ce procédé est une scène située vers la fin du film. Russell et Glen discutent dans l’appartement de Russell, debout devant une fenêtre, puis s’enlacent. Au début, la caméra les filme de dos, depuis l’intérieur de l’appartement, ce qui correspond à la façon la plus évidente de tourner cette séquence ; mais soudain, la caméra cadre l’immeuble de l’extérieur, et d’assez loin (voir ci-dessous). Comme il fait nuit, la fenêtre de l’appartement forme un halo jaune et lumineux, dans lequel se découpent les silhouettes des deux hommes. En d’autres termes, nous observons d’abord deux individus avec un visage et une voix spécifiques, puis deux silhouettes, deux ombres qui pourraient être celles de deux femmes, d’un homme et d’une femme, de deux hommes… Filmés ainsi, Russell et Glen forment une image de couple à laquelle le spectateur, qui se retrouve dans la position d’un observateur lointain (un passant dans la rue, ou l’habitant d’un autre appartement), peut s’identifier, et sur laquelle il peut projeter des choses personnelles.

Dans cette image, le couple formé par les deux protagonistes prend une dimension universelle

En quelques secondes, l’alternance de points de vue voulue par le cinéaste cristallise donc deux composantes essentielles à toute œuvre d’art : le singulier et l’universel. (Le procédé m’a fait vaguement songer à la fin d’Annie Hall, avec ce plan assez distant sur les deux protagonistes en train de se dire au-revoir.)

J’aimais déjà beaucoup Week-end avant de voir cette séquence ; lorsqu’elle est survenue, j’ai mesuré à quel point il s’agissait d’un film remarquable.

Regarder Week-end en streaming

Film disponible en streaming sur la ou les plateforme(s) suivante(s) :

JustWatch

Chronique intimisteCouple en plein douteJeux de l'amour et du hasard
Partager Tweet

Bertrand Mathieux

Principal contributeur du blog Citizen Poulpe. Je suis également auteur de deux recueils de nouvelles. Parmi mes cinéastes préférés : Michael Cimino ; Claude Chabrol ; Maurice Pialat ; Michael Powell ; Kelly Reichardt ; Arthur Penn ; Olivier Assayas ; Emmanuel Mouret ; Léa Mysius ; Guillaume Brac ; Juliana Rojas ; Marco Dutra ; Francis Ford Coppola ; Michel Deville ; Laura Citarella ; Guillaume Nicloux ; Karim Moussaoui ; Woody Allen ; Sam Peckinpah ; Nacho Vigalondo ; Danielle Arbid ; Lina Soualem ; Jean-Pierre Melville ; David Lynch ; Billy Wilder ; David Mamet ; William Friedkin ; Nicolas Pariser ; Sergio Leone ; Jane Campion ; Jim Jarmusch ; Miguel Gomes ; Ari Aster ; Christian Vincent ; Sidney Lumet ; Ernst Lubitsch ; Gilles Marchand ; Alfred Hitchcock ; John Carpenter ; Otto Preminger ; Whit Stillman...

Vous aimerez également

  • Trois amies Comédies / Comédies dramatiques

    Trois amies

  • Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait Comédies / Comédies dramatiques

    Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait

  • Mercury in Retrograde Drame

    Mercury in Retrograde

Aucun commentaire

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Rechercher une critique de film

Facebook

Facebook

Dernières actualités

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026

Critiques les plus récentes

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026

Critiques les plus consultées

Blue Velvet
Les Diables (The Devils)
Cashback
Cruising
Luke la main froide
Scarface
A cause des filles..?
Le Cercle rouge

Rechercher un film par thématique

  • Chronique intimiste
  • Critique sociale
  • Couples en plein doute
  • Détectives
  • Disparitions
  • Fantômes et apparitions
  • Féminisme
  • Jeux de l'amour et du hasard
  • Joies du libéralisme
  • Monstres et cie
  • Onirique
  • Politique
  • Questionnement identitaire
  • Réalisatrices
  • Récit initiatique
  • Relation vénéneuse
  • Sorcellerie
  • Transformation
  • Le travail c'est la santé

Abonnez-vous !

Abonnez-vous à Citizen Poulpe pour recevoir une notification par email à chaque nouvel article publié.

  • Critiques de films
    • Toutes les critiques de films
    • Drame
    • Policier / Thriller
    • Horreur
    • Fantastique
    • Science-fiction
    • Comédies / Comédies dramatiques
    • Western
    • Espionnage
    • Guerre
    • Aventures / Action
    • Documentaire
    • Courts et moyens métrages
  • Extraits de films
  • Musique et cinéma
  • Dossiers
    • Dossiers thématiques
    • Portraits croisés
    • Personnalités
  • Recueil de nouvelles
    • Fuites d’encre – Nouvelles
    • Entre-deux – Nouvelles
  • Contact

Dossiers cinéma

  • Les « Dinner Parties From Hell » au cinéma

    Les « Dinner Parties From Hell » au cinéma

    19 avril 2020
  • Qui suis-je ? Exemples de troubles identitaires au cinéma

    Qui suis-je ? Exemples de troubles identitaires au cinéma

    22 novembre 2018
  • Les légendes urbaines dans le cinéma des années 90 et 2000

    Les légendes urbaines dans le cinéma des années 90 et 2000

    30 mai 2018

Actualités

  • Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    Ganache Festival 2026 : chronique de la séance 1

    27 avril 2026
  • Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    Format court 2026 : secrets et tabous, compétitions 4 et 5

    13 avril 2026
  • Format Court 2026 : carte blanche ville de Paris

    Format Court 2026 : carte blanche ville de Paris

    10 avril 2026

Musique et cinéma

  • Entretien avec Mocke, musicien et compositeur

    Entretien avec Mocke, musicien et compositeur

    11 mai 2025
  • Le Ballon rouge : réécriture de la musique originale

    Le Ballon rouge : réécriture de la musique originale

    3 avril 2021
  • « Safe Travels » par Peter and the Wolf dans « Villains »

    « Safe Travels » par Peter and the Wolf dans « Villains »

    25 avril 2020

Recherche

Consultez l’index des critiques de films.

Sites conseillés

Découvrez une sélection de sites conseillés par Citizen Poulpe.

Citizen Kane, c’est un film qui a révolutionné le cinéma, aussi bien par ses innovations visuelles que narratives. Le poulpe, et en particulier le poulpe géant, est un animal marin mythique, qui se démarque par son charisme, sa capacité d’adaptation, et sa connaissance de lui-même. Citizenpoulpe.com est un hommage au cinéma et à la grandeur solennelle du poulpe.

Blog sous license Creative Commons. Propulsé par WordPress.