Ce mardi 13 octobre, France 3 a diffusé Monsieur, un téléfilm policier que j’ai eu l’opportunité de découvrir sur grand écran. Un format qui lui va bien, tant cette adaptation d’un roman de Louise Mey possède (entre autres qualités) un grain cinématographique.
Synopsis
France, hiver 1969. Peu après le kidnapping de la petite-fille d’un riche propriétaire terrien, Auguste Demest (Aurélien Recoing), deux inspecteurs parisiens (Jean-Pierre Darroussin et Jeremy Lewin) sont envoyés sur place pour assister la police locale. Le début de leur enquête leur en apprend davantage sur le pouvoir vénéneux de Demest que sur les ravisseurs. Mais l’heure tourne : trois jours seulement les séparent de la date indiquée dans la demande de rançon.
Critique
À perte de vue, la terre brun-noir, grasse et humide sous sa croûte de gel gris. Riche.
C’est ainsi que commence le roman policier Petite Sale, paru début 2023 dans la collection Le Masque. De richesse, il y est en effet question ; en particulier, celle d’un puissant et vénal propriétaire (le monsieur
auquel fait référence le titre de l’adaptation) qui exploite terres, animaux et travailleurs dans une France rurale de 1969 où ni les pas, ni les idées des manifestants de mai 68 n’ont encore résonné. Un personnage qui, au-delà de sa personnalité propre, est un symbole : celui d’un patriarcat brutal dont les romans de Louise Mey explorent les différentes formes et manifestations.
L’adaptation pour la télévision, écrite par Natalie Carter et réalisée par Méliane Marcaggi, respecte la matière principale du livre et l’essentiel de sa trame policière, avec une intelligence certaine. La scénariste, qui a collaboré (entre autres) avec Nicole Garcia, Claude Miller et Alain Corneau, a fait des choix pertinents, par exemple en retravaillant légèrement la caractérisation de l’inspecteur Gabriel (Jeremy Lewin), qui forme ici avec Dassieux (toujours impeccable Darroussin) un duo attachant, équilibré et parfois cocasse.
De son côté, la réalisatrice a utilisé intelligemment les décors naturels, sans jamais tomber dans l’esthétique carte postale déclinée par certains films TV (les fameux Meurtres à…). Ici, les plans sur les paysages servent une atmosphère, autant qu’un propos. La présence, au générique, de Pierric Gantelmi d’Ille n’est sans doute pas étrangère aux qualités visuelles de Monsieur : ce chef opérateur a notamment travaillé avec Lucas Belvaux, Laurent Cantet ou encore Jean-Marc Moutout, dont il a photographié le très sombre De bon matin, avec le même Jean-Pierre Darroussin.
Le casting est à la hauteur du texte et de l’image ; il mêle des acteurs à la filmographie imposante (Darroussin bien sûr, mais aussi Aurélien Recoing, vu chez Costa-Gavras, Guillaume Nicloux, Alain Cordier, Żuławski ou encore Anne Fontaine) et d’autres moins connus à ce jour mais des plus prometteurs, dont Jeremy Lewin (qui tient un rôle d’avocat dans le remarquable Le Procès Goldman) et Léontine D’Oncieu, parfaite dans le rôle de Catherine, une jeune femme d’origine modeste largement invisibilisée par le système Demest
, déclinaison locale d’un capitalisme mâtiné de mysoginie ; qui n’a, hélas, pas fini de sévir aujourd’hui.
Monsieur, en replay sur France TV























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