Film de René Féret
Année de sortie : 2013
Pays : France
Scénario : René Féret
Photographie : Benjamin Echazarreta
Montage : Fabienne Féret
Montage son, mixage : Hervé Guyader
Musique : Marie-Jeanne Serero
Avec : Frédéric Pierrot, Antoine Chappey, Sabrina Seyvecou, Marilyne Canto, Grégory Gadebois, Lisa Féret, Marie Féret
Le Prochain film, dépourvu de tout égo de réalisateur et de maniérisme, émeut par sa bienveillance intrinsèque et par ses petits moments de grâce, qu’on jurerait impromptus.
Synopsis du film
Pierre et Louis Gravet travaillent tous deux dans le cinéma. Le premier est réalisateur, l’autre comédien. Ils n’ont jamais travaillé ensemble. Un jour, Pierre décide de faire un film avec Louis – non seulement un film, mais une comédie, genre auquel il ne s’est jamais frotté. Son entourage est circonspect…
Critique de Le Prochain film
[…] je n’ai rien fait pour les places de caméra, elles se mettaient où elles pouvaient. Je n’ai rien fait au niveau de la direction d’acteurs. Je n’ai fait que rigoler, apprécier, aimer les acteurs. J’ai eu beaucoup d’amour pour eux, je crois qu’ils l’ont vraiment ressenti.
Interview de René Féret par L’Avant-Scène Cinéma, à propos de son long métrage Le Prochain film
Ces propos du cinéaste René Féret, indépendamment de leur modestie, me semblent particulièrement intéressants, à plusieurs égards. D’abord, cet amour dont il parle, on le perçoit, en tant que spectateur, dans le regard porté sur les personnages du film (et à travers eux, sur les comédiens), et il est totalement indissociable du film en lui-même ; on peut dire qu’il est l’une de ses qualités, l’une de ses forces.

Ensuite, ces paroles sont évocatrices d’une façon de faire du cinéma qui existe depuis longtemps et qui existe encore, mais qui n’est pas la plus répandue. Elle consiste à créer des conditions favorables à l’imprévu, à l’improvisation, pour capter des instants sur le vif ; c’est probablement ainsi que procédait John Cassavetes, par exemple, et je ne serais pas surpris d’apprendre que Pialat adoptait, par moments du moins, une démarche similaire (avec, apparemment, nettement moins de bienveillance et de gentillesse que René Féret), au même titre que Jacques Rozier ou, plus récemment, Guillaume Brac.

Enfin, Féret, sans le mentionner, rappelle l’importance du montage ; dans la même interview, il dit d’ailleurs : Fabienne (Féret, sa femme) a commencé à monter, sans moi, et a été finalement la première à y croire
. Si c’est vrai pour tous les films sans exception, on peut supposer que dans le cas d’un métrage tourné comme Le Prochain film, les choses sont particulièrement brouillonnes avant le montage (dans le cas présent, l’apport de la musique écrite par Marie-Jeanne Serero, qui avait pour consigne de s’inspirer d’Erik Satie, a également dû être considérable).

On pourrait songer que le résultat est un sympathique film de copains. Le reflet d’un tournage convivial et sans prétention. C’est plus que ça, pourtant, sinon on s’ennuierait assez vite, surtout si l’on n’est pas familiarisé avec l’univers du cinéaste. Il n’y a certes pas d’ambition affirmée, encore moins de message, mais c’est bel et bien du cinéma, et c’est toujours assez fascinant de voir qu’à partir d’une trame minimaliste (deux frères, un comédien et un réalisateur, décident de tourner une comédie ensemble), des gens talentueux, humains et généreux peuvent faire quelque chose non seulement de drôle, mais de beau et d’émouvant aussi.

Les bonnes idées fusent, passagères, aériennes. Tous les personnages sonnent vrais, et même quand leurs attitudes ou propos prêtent à sourire, on ne rit jamais à leurs dépens. C’est dans cette bienveillance de chaque instant que le film trouve sa grâce, son aura discrète et rare. Il est aussi souvent très drôle, mais c’est un comique en sourdine : on n’est pas dans le gag lourd, ou dans les propos à vocation ouvertement comique. Lors d’une séquence, une réplique lâchée à la toute fin de la scène, à peine audible, fait soudainement rire, l’air de rien. Le Prochain film, c’est de l’art l’air de rien.






















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