L’espion qui venait du froid

James Mason dans L'Espion qui venait du froid
Film de Martin Ritt
Titre original : The Spy Who Came in from the Cold
Année de sortie : 1965
Avec : Richard Burton, Claire Bloom, Oskar Werner.

Peters: Tired?
Alec Leamas: Aren’t you?
Peters: No, I didn’t have any drink with my supper.
Alec Leamas: I didn’t have any supper with my drink.

Alec Leamas: What the hell do you think spies are? Moral philosophers measuring everything they do against the word of God or Karl Marx? They’re not! They’re just a bunch of seedy, squalid bastards like me: little men, drunkards, queers, hen-pecked husbands, civil servants playing cowboys and Indians to brighten their rotten little lives. Do you think they sit like monks in a cell, balancing right against wrong?

L’espion qui venait du froid, adapté du roman éponyme de John le Carré, est un film d’espionnage réaliste et désabusé, totalement dénué du moindre patriotisme et manichéisme. Un classique qui bénéficie de la présence du grand acteur Richard Burton.

Synopsis de L’espion qui venait du froid

Pendant la guerre froide, Alec Leamas (Richard Burton) simule d’avoir été renvoyé des services secrets britanniques, afin d’être contacté par des espions travaillant pour l’Allemagne de l’Est. Son objectif est de leur fournir des informations compromettant indirectement l’un des leurs, Hans-Dieter Mundt (Peter van Eyck), lequel aurait causé la mort d’un espion britannique abattu sous les yeux de Leamas.

Critique

Un scénario subtil qui évite le piège du manichéisme et du patriotisme

Alec Leamas: Communism, capitalism… It’s the innocents who get slaughtered.

Le scénario de L’espion qui venait du froid, adapté du roman éponyme de John le Carré, est tout en finesse et en sobriété. On y trouve aucun des éléments auxquels on pourrait s’attendre dans un film d’espionnage tourné pendant la guerre froide ; si le héros est totalement opposé au communisme, il n’agit pas selon une quelconque conviction patriotique ou idéologique, mais plutôt pour animer sa « petite vie pourrie » – motivation qu’il prête d’ailleurs à l’ensemble des espions, tous bords confondus, dans une tirade finale particulièrement cynique et désabusée. Ensuite, les agents d’Allemagne de l’Est ne sont absolument pas dépeints comme plus cruels ou injustes que les britanniques. Enfin, et surtout, le personnage le plus innocent du film, le plus pur, est une sympathisante communiste anglaise dont Alec Leamas s’éprend.

Une seule phrase, prononcée par Leamas, résume sans doute à elle seule le propos de L’espion qui venait du froid : Communism, capitalism… It’s the innocents who get slaughtered.. Une réflexion qui prend tout son triste sens à la fin du film.

L’espion qui venait du froid : une peinture sombre et désabusée de l’espionnage

L’espion qui venait du froid s’ouvre sur une musique au piano mélancolique et sombre de Sol Kaplan qui annonce d’entrée le ton du film. Un ton amer, glacial, désabusé, qui imprègne littéralement les images en noir et blanc et le visage du protagoniste Alec Leamas, admirablement interprété par Richard Burton (La nuit de l’Iguane).

Claire Bloom et James Mason dans "L'espion qui venait du froid"

Claire Bloom et Richard Burton

Le film se veut une peinture réaliste du monde de l’espionnage, évitant toute forme de spectaculaire et d’héroïsme pour raconter une intrigue intelligente, crédible. Ni bagarre, ni poursuite, ni duel final dans cette histoire où les personnages se croisent au cœur d’une machination particulièrement immorale. Ni héros à proprement parler, puisque Alec Leamas est un espion seul, fatigué et désabusé, qui ne prendra jamais le dessus au cours du film.

L’espion qui venait du froid désacralise totalement la représentation cinématographique de l’agent secret propre à de nombreux films d’espionnage. Les espions d’Allemagne de l’Est ou britanniques ne perdent pas leur temps à juger si leurs actions s’inscrit dans la prétendue morale de leurs camps respectifs ; ce sont juste des « bâtards minables », des « petits hommes, des alcooliques, des pédales » qui jouent « aux cowboys et aux indiens pour illuminer leurs vies pourries ». Difficile d’imaginer une peinture plus amère et cynique du milieu, peinture dont la touche finale achève définitivement d’enterrer tout espoir et illusion.

Mis en scène par Martin Ritt avec la sobriété qui convient au réalisme total du scénario, L’espion qui venait du froid mérite largement sa réputation de classique de l’espionnage. Richard Burton est brillant et Oskar Werner, acteur autrichien, remporta un Golden Globe pour le rôle de Fiedler.

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