Film de Pascal Bonitzer
Année de sortie : 2026
Pays : France
Scénario : Sophie Fillières
Photographie : Yves Angelo
Montage : Monica Coleman
Musique : Alexei Aigui
Avec : Fabrice Luchini, Marie Narbonne, Suzanne de Baecque, Louise Orry-Diquéro, David Ayala, Chiara Mastroianni, Iris Bry, Sarah Touffic Othman-Schmitt
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Victor Hugo, poème « Demain, dès l’aube »
Je partirai.
Malgré des scènes de théâtre souvent un peu creuses, Victor comme tout le monde est un film délicat, léger et touchant.
Synopsis du film
Robert Zucchini (Fabrice Luchini), comédien spécialisé dans des seuls en scène autour de poèmes de Victor Hugo, apprend le décès d’une ancienne compagne ; c’est Lisbeth (Marie Narbonne), la jeune femme issue de cette union, qui (de manière indirecte) l’en a informé.
Zucchini va alors tenter de rencontrer sa fille, dont il ne s’est jamais vraiment occupé ; une quête qui va trouver des résonances dans les textes de Hugo qu’il va lire sur scène au cours des jours suivants.
Critique du film
Victor comme tout le monde, c’est d’abord un beau projet de cinéma, consistant à porter à l’écran le dernier script de la scénariste, réalisatrice et comédienne Sophie Fillières, décédée en 2023. C’est quelqu’un qui lui était très intime qui s’est chargé de cette tâche : Pascal Bonitzer (le réalisateur du film) et Sophie Fillières ont en effet partagé une histoire d’amour, laquelle a donné lieu à la naissance d’un enfant (devenu la comédienne Agathe Bonitzer). On peut donc supposer que le cinéaste a été traversé par des sentiments très personnels au moment du tournage, d’autant que l’histoire du film traite, entre autres, de la perte d’un être cher.
Ce phénomène d’écho entre un texte et l’artiste qui s’en empare, on le constate également entre ce que vit le personnage de Robert Zucchini (alter égo de son interprète à l’écran, l’acteur Fabrice Luchini, comme le suggèrent d’ailleurs les sonorités communes à leur nom de famille respectif) et les textes de Victor Hugo qu’il interprète sur scène (exercice qui est l’une des spécialités de Luchini dans le monde réel). En effet, Zucchini travaille notamment sur le célèbre poème Demain, dès l’aube… de Hugo, écrit quelques années après le décès de sa fille Léopoldine, et en hommage à celle-ci ; or dans Victor comme tout le monde, Zucchini apprend à connaître une fille qu’il n’a pas élevée et pratiquement jamais vue, suite au décès soudain de sa mère (ancienne compagne de Zucchini).
L’un de sujets du film, c’est donc les communications, les correspondances multiples entre la littérature (l’art en général, pourrait-on dire) et le vécu, ou comment l’une nourrit et reflète l’autre (et inversement). Mais ce n’est pas la seule chose qui semblait intéresser Sophie Fillières au moment de l’écriture, puisqu’elle s’amuse également à confronter Zucchini, comédien septuagénaire, à des jeunes comédiennes (dont l’une est jouée avec espièglerie par Suzanne de Baecque) qui abordent l’œuvre et la vie de Hugo sous un angle féministe (en s’intéressant notamment au rôle et à la personnalité des femmes qu’il a connues). Il en résulte un décalage cocasse que l’écriture ne caricature ni ne force jamais, mais qui fait sourire, d’autant qu’on imagine aisément le véritable Luchini témoigner, en pareille situation, des mêmes réserves (préalables) que son personnage à l’occasion de cette rencontre contrastée.
La rencontre père-fille est tout aussi délicatement décrite, sans dramatisation excessive ; rien n’est trop appuyé, et cela sonne plutôt juste, même si on s’étonne un peu que le personnage de Lisbeth (Marie Narbonne) ne soit pas davantage déprimé, compte tenu du récent décès de sa mère ; c’est là, je trouve, une petite faiblesse dans le script (avec le décalage d’âge, peu utile à mon sens, entre Zucchini et sa compagne, jouée par Chiara Mastroianni). Le récit aborde également le thème de la transmission, de deux façons distinctes (celle entre un comédien et son public ; celle entre un parent et son enfant).
Les moments les moins convaincants, et ils sont hélas fréquents et un peu longs, sont ceux montrant Zucchini sur scène ; le plus souvent, ils se résument à du théâtre filmé, avec tout ce que cela suppose d’un peu plat et ennuyeux. Pascal Bonitzer aurait sans doute dû imaginer des dispositifs pour rendre ces séquences visuellement plus riches et créatives. Pour couronner le tout, Luchini (très bon, comme le reste du casting, dans les autres scènes) n’est pas à son meilleur au cours de ces moments, surjouant un peu la dimension dramatique et lyrique des textes de Hugo.
Un dénouement lumineux, émouvant et iodé laisse toutefois de jolies images en tête. Au final, entre une conclusion réussie et une belle alchimie entre les comédiens dans la plupart des séquences, Pascal Bonitzer est parvenu à mettre en images la dernière oeuvre de Sophie Fillières avec la délicatesse et l’humanité qu’elle demandait, et c’est bien l’essentiel.






















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