Film de Sean Ellis
Année de sortie : 2006
Pays : Royaume Uni
Scénario : Sean Ellis
Photographie : Angus Hudson
Montage : Carlos Domeque et Scott Thomas
Musique : Guy Farley
Avec : Sean Biggerstaff, Emilia Fox, Shaun Evans, Michelle Ryan, Irene Bagach, Michael Lambourne, Marc Pickering, Stuart Goodwin, Michael Dixon
Premier long métrage d’un cinéaste assez inclassable, Cashback possède un charme et, par moments, une grâce qui résiste aux années. Une qualité qui convient bien à un film dont le protagoniste cherche à saisir la beauté et à la préserver des effets du temps et de l’oubli.
Synopsis du film
Ben Willis (Sean Biggerstaff), étudiant en arts, cherche à occuper ses nuits blanches, hantées par une déception amoureuse. Il obtient un travail de nuit au sein d’un supermarché de la chaîne britannique Sainsbury’s.
Confronté à l’ennui et à la répétition des tâches, il se réfugie dans son imagination. Sous l’emprise de celle-ci, ou d’un phénomène mystérieux, il réalise qu’il a la possibilité, fantasmée ou non, d’arrêter le temps. Il dessine alors ses collègues immobiles et surtout, des clientes de l’établissement, qu’il déshabille en partie pour mieux en saisir les courbes sur le papier…
Parallèlement, il commence à se rapprocher de Sharon (Emilia Fox), qui travaille comme caissière.
Critique de Cashback
Sean Ellis a d’abord été photographe avant de se lancer dans le cinéma, et cela se ressent à la vision de Cashback, son premier film, adapté de son propre court métrage éponyme, sorti en 2004. Le propre de la photographie est en effet de figer une image, or c’est précisément ce que parvient à faire le jeune protagoniste du film, lors de séquences qui témoignent du soin qu’accorde Ellis au cadre et à l’éclairage – lesquels sont, là encore, deux éléments phares de la photo.

La filmographie d’Ellis aborde plusieurs genres, et on peut en dire autant de Cashback, à la fois film de post-ado mettant en scène un personnage attachant (assez classique) d’amoureux esthète largué, et film fantastique comportant même un soupçon d’angoisse lors d’une scène étonnante (celle où le héros remarque la présence d’un individu doté du même don), introduisant une idée que le cinéaste choisit de ne pas développer et dans le fond, au nom de quelle règle un récit devrait-il nécessairement suivre toutes ses pistes narratives ? Le principal, c’est qu’il développe du mieux possible son ou ses idées phare(s) ; en l’occurrence, Cashback est principalement un film sur le temps, la beauté et l’art. Le premier altère volontiers la seconde ; le troisième permet de défier cette fatalité. Dans le film, la volonté de saisir la beauté et de la protéger du temps s’incarne dans le pouvoir (probablement imaginaire, sûrement métaphorique) détenu par le protagoniste.

Ce goût de l’esthétique se traduit dans plusieurs séquences, et pas uniquement celles où Ben dessine des clientes de supermarché dénudées : régulièrement, un plan travaillé surgit dans Cashback, non pas pour épater la galerie mais en écho à l’une des thématiques phares du film (la beauté).

On regrettera toutefois, et cela m’a frappé à la seconde vision seulement (l’époque, sûrement ; l’âge, peut-être !), le choix de figurantes (celles que Ben dessine) répondant toutes à des standards de beauté très classiques et stéréotypés, quand il aurait été plus crédible et surtout, plus moderne de filmer une beauté féminine diverse dans ses aspects et ses formes. Cela rend la vision de ces scènes presque un peu embarrassante aujourd’hui, sans gâcher le film pour autant.

Ellis adopte un traitement souvent comique, brossant une galerie de personnages hauts en couleur et mettant en scène des situations assez improbables (le match de foot organisé par le manager du supermarché, joué par Stuart Goodwin).

Le choix du cadre de l’action est original, autant que cohérent : la majeure partie de l’action se déroule dans un supermarché, lieu choisi justement parce qu’on ne s’attend pas à y trouver de la beauté, comme l’a expliqué le cinéaste dans cette interview. Il émane par ailleurs du film une touche de mélancolie et de poésie qui demeure légère, et qui atteint son apogée dans une délicate dernière séquence.

Tout cela produit un résultat charmant et aérien, en dehors de la petite fausse note évoquée. Les comédiens semblent tous à l’aise dans leur personnage respectif, qu’il s’agisse du lead Sean Biggerstaff, de la jolie et talentueuse Emilia Fox (voir l’image en haut de l’article) ou encore de Shaun Evans (dans un rôle d’obsédé sexuel volontairement caricatural). Michelle Ryan hérite d’un rôle plus ingrat (l’ex petite amie acerbe), mais elle apparaît dans de jolis plans illustrant les rêveries nostalgiques de Ben.

Après Cashback, Sean Ellis accomplira un grand écart avec le sombre, glacial et horrifique The Broken (avec Melvil Poupaud), à mon sens sous-estimé, avant de mener des projets tous assez différents les uns des autres. À ce jour, Cashback demeure sans doute son film le plus reconnu ; en le revoyant récemment avec une pointe de nostalgie (auquel l’histoire même du film fait écho), je n’ai pu que cautionner ce statut, même si je vais m’attacher à découvrir d’autres œuvres de ce cinéaste atypique.




















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