Film de Justin Anderson
Pays : Grande-Bretagne, France
Année de sortie : 2024
Scénario : Justin Anderson, d’après une nouvelle de Deborah Levy
Photographie : Simos Sarketzis
Montage : Napoleon Stratogiannakis
Avec : Mackenzie Davis, Christopher Abbott, Ariane Labed, Nadine Labaki, Freya Hannan-Mills
Le premier long métrage du britannique Justin Anderson était projeté en compétition ce mercredi 4 septembre 2024, dans le cadre de la 30ème édition de L’Étrange Festival.
Synopsis du film
Joe (Christopher Abbott), poète en perte d’inspiration, et Isabel (Mackenzie Davis), reporter de guerre, vivent une relation bancale, chargée de silences et de névroses. Un jour, ils découvrent une femme nue dans la piscine d’une villa louée pour des vacances en Grèce. Spontanément, Isabel propose à Kitti (Ariane Labed), visiblement une connaissance de l’homme à tout faire chargé d’entretenir la propriété, de rester chez eux quelques jours.
Peu à peu, la présence de l’inconnue va troubler le quotidien du couple et de leur fille (Freya Hannan-Mills), et plus particulièrement faire remonter le passé trouble de Joe.
Critique de Swimming Home
Les films de piscine constituent presque un sous-genre, tant on y retrouve des motifs visuels récurrents : une eau limpide au calme trompeur, et à forte portée symbolique ; des corps en partie dénudés ; un ciel d’azur ; des intérieurs luxuriants… En général, il y règne une certaine tension sexuelle (La Piscine de Jacques Deray ; Swimming Pool de François Ozon), même si ce n’est pas du tout le cas dans The Swimmer, de Frank Perry, film social mettant en scène un Burt Lancaster en plein déni de déclassement.
Le film de Justin Anderson, basé sur une nouvelle de la romancière Deborah Levy, adopte d’emblée une approche très formaliste. Il foisonne de plans millimétrés sur les corps et des jeux de reflets (dans l’eau ; sur les vitres), et use abondamment de symboles divers. En premier lieu, celui de l’eau bien entendu, associée à l’inconscient en psychologie, mais pas seulement.
Tantôt d’un manque de finesse visiblement assumé (voir la scène alternant les plans sur un marteau-piqueur et sur les deux comédiennes principales dans une attitude lascive ; ou encore un cheval prénommé Œdipe…), tantôt plus complexe, ce langage visuel se déploie également dans des scènes chorégraphiées (avec talent), représentant les impressions des personnages et les dynamiques tortueuses qui se développent entre eux.

Justin Anderson a étudié la peinture, et la vision de son film m’a d’ailleurs rappelé qu’une exposition sur David Hockney (célèbre notamment pour ses peintures de piscines) est actuellement en cours au musée des Beaux-Arts de Rouen. Le cinéaste témoigne d’un indéniable sens du cadre et du découpage, tandis qu’il peut compter sur des comédiens de talent pour incarner ce récit trouble, largement focalisé sur le passé opaque de Joe.
Chaque image semble pensée, réfléchie, pour porter des idées et sens cachés s’inscrivant dans la thématique globale du film, et il faut saluer la rigueur d’un travail qui ne semble pas laisser grand chose au hasard. Cependant, comme (selon moi) la plupart des films formalistes, Swimming Home finit quelque peu par écraser son récit sous une esthétique trop figée et consciente d’elle-même. Certains personnages tendent à être plus ou moins réduits soit à leurs névroses (Joe, incarné par Christopher Abott, vu récemment dans le plutôt réussi Sanctuary), soit à leur signification (Kitti). Quant à Isabel (dont les questionnements sur son métier ne sont qu’effleurés) et Laura (jouée par Nadine Labaki), elles possèdent toutes deux un relief indéniable, mais demeurent sous-exploitées à mon sens.
Au final, il y a sans doute quelque chose d’un peu trop froid et de léché dans la démarche d’Anderson, et le spectateur se retrouve davantage à devoir décoder des images qu’à ressentir pleinement les choses ; or, pour en revenir une nouvelle fois à la réplique de Samuel Fuller dans Pierrot le fou, il me semble que le cinéma doit avant tout susciter des émotions. Swimming Home ne m’en a pas réellement procuré, ce qui n’enlève rien au talent de son réalisateur ni à celui des comédiens, tous convaincants (y compris la jeune Freya Hannan-Mills).
Le programme de L’Étrange Festival 2024
La 30ème édition du célèbre festival se tiendra jusqu’au 15 septembre prochain au Forum des images. Je vous invite à en découvrir la programmation riche et excitante sur le site officiel !























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