Film de Marine Atlan
Pays : France, Italie
Année de sortie : 2026
Scénario : Marine Atlan et Anne Brouillet
Photographie : Pierre Mazoyer, Marine Atlan
Montage : Guillaume Lillo
Son : Paul Guilloteau
La Gradiva offre un récit actuel, intemporel et émouvant sur l’adolescence. Du très beau cinéma, qui évite les écueils du ton naturaliste qu’il adopte grâce à la précision du texte et du jeu.
Synopsis du film
Lors d’un voyage scolaire à Naples, des élèves de terminale français s’amusent, doutent, désirent, se questionnent et s’inquiètent pour leur avenir, sous l’oeil bieveillant mais souvent fatigué de leur professeure de latin.
Critique de La Gradiva
Que produit la collision entre l’instantané de la jeunesse et l’éternité des ruines ?
C’est par cette question que débute l’entretien avec Marine Atlan publié sur le site de La Semaine de la critique, compétition cannoise dont La Gradiva a remporté le Grand Prix en 2026. Les deux notions contenues dans cette interrogation (instantané/éternité) sont, en un sens, représentatives d’un film qui reflète à la fois des aspects intemporels de l’adolescence (le sentiment de mal-être, les complexes, le besoin de reconnaissance…), mais aussi des préoccupations et thématiques plus actuelles (telles que Parcoursup et le manque de moyens consacrés à l’éducation en France, dont il est beaucoup question dans les manifestations étudiantes en cours).
Le premier long métrage de Marine Atlan comme réalisatrice (en tant que cheffe opératrice, elle avait déjà travaillé sur plusieurs films, dont le très réussi L’Engloutie) parvient à traiter ces différentes dimensions (intimes ; sociétales ; intemporelles ; actuelles…) avec beaucoup de finesse, de grâce même : les idées et émotions affleurent par moments à l’image sans que l’écriture, la réalisation ou le jeu des acteurs les surlignent. Leur résonance n’en est que plus profonde et durable.
Le cadre de l’action (les rues et musées de Naples) est habilement utilisé : ses richesses d’ordre culturel, esthétique et historique permettent à la cinéaste et co-scénariste (avec Anne Brouillet) de mettre en perspective différentes temporalités et de provoquer, chez certains personnages, des échos plus ou moins troublants et déstabilisants (c’est particulièrement vrai dans le cas de Toni, dont l’histoire familiale est reliée à un certaine bourgeoisie napolitaine).

Les élèves ne sont jamais réduits à une caricature quelconque (la complexée, le séducteur, etc.), y compris sur le plan du langage. Les dialogues ont été nourris, en partie, par des improvisations, mais uniquement pendant les phases de répétition, ainsi que l’a expliqué la réalisatrice sur le site de Sofilm. Une méthode qui permet, au moment du tournage, d’obtenir un mélange de précision et d’impression de naturel. Sur ce point, Marine Atlan cite Cassavetes et Jacques Rozier parmi ses influences ; Rozier qui est également une référence pour Guillaume Brac, auquel j’ai parfois songé en regardant La Gradiva, car le réalisateur de Conte de juillet est également très doué pour filmer et faire tourner des adolescents. Quant à la professeure de latin, d’une grande crédibilité, incarnée par Antonia Buresi, elle porte en elle toute la fatigue liée à une activité à la fois difficile et si peu soutenue par les gouvernements français successifs.
La réalisation est tenue de la première à la dernière seconde : pas de caméra agitée pour donner une impression de cinéma vérité, ni rien qui n’apparente à une posture. Jamais démonstratif ou poseur, La Gradiva reflète avant tout une envie de bien raconter une histoire – une histoire à la fois ordinaire et singulière, belle et triste, intime et politique, d’hier et d’aujourd’hui.
À écouter autour du film
Interview de Marine Atlan et de Suzanne Guérin dans l’émission Les Midis de Culture.























Aucun commentaire