Film de Ben Stiller
Année de sortie : 1994
Pays : États-Unis
Titre original : Reality Bites
Scénario : Helen Childress
Photographie : Emmanuel Lubezki
Montage : Lisa Churgin
Avec : Winona Ryder, Ethan Hawke, Ben Stiller, Janeane Garofalo, Steve Zahn, Swoosie Kurtz, Joe Don Baker, John Mahoney
Le premier film de Ben Stiller en tant que réalisateur hésite entre chronique générationnelle et récit plus convenu d’un triangle amoureux, pour se concentrer un peu trop sur la seconde dimension, qui est aussi la moins intéressante. Mais le charme de Génération 90 opère néanmoins, pour plusieurs raisons, dont un savoureux casting.
Synopsis du film
Lelaina Pierce (Winona Ryder), Troy Dyer (Ethan Hawke), Vickie Miner (Janeane Garofalo) et Sammy Gray (Steve Zahn) sont quatre amis récemment diplômés de l’Université. Sans emploi pour certains, salariés précaires pour d’autres, ils partagent le même appartement à Houston (Texas), pas mal de galères et un regard un peu amer et désillusionné sur leur époque. Lelaina, qui documente leur quotidien à l’aide d’une caméra, fait un jour la connaissance de Michael (Ben Stiller), un producteur à succès. Une certaine tension va alors grandir entre Lelaina et Troy, dont l’amitié est plutôt ambigue…
Critique de Génération 90 (Reality Bites)
Au début des années 1990, les USA ont connu une récession économique qui s’est traduite par une baisse du nombre d’emplois et donc, une hausse du chômage. Helen Childress a connu les difficultés liées à cette période, et elle s’est inspirée de cette expérience, et de la personnalité de plusieurs de ses amis d’alors, pour écrire le scénario de Reality Bites.
Les quatre amis campés par Winona Ryder (qui venait alors de tourner pour Jarmusch et Coppola), Ethan Hawke (révélé quelques années plus tôt par Le Cercle des poètes disparus), Janeane Garofalo (parfaite dans le rôle de la truculente Vickie) et Steve Zahn (qu’on retrouvera une dizaine d’années plus tard dans un thriller routier dont je parlerai bientôt) reflètent, chacun à leur façon, des préoccupations à la fois représentatives de cette période et plus ou moins toujours d’actualité : la difficulté à remplir son frigo et à payer son loyer ; le manque d’envie vis-à-vis d’une société aux valeurs essentiellement matérialistes ; le sentiment que les idéaux portés par la contre-culture américaine ont été absorbés, détournés par le capitalisme (c’est une génération désenchantée
, pour paraphraser une chanson française sortie à la même période) ; la peur du VIH (l’action du film se situe à une époque où l’on parlait beaucoup de cette maladie) ; la crainte d’assumer sa propre sexualité dans un environnement social aux normes très binaires (dans le film, cette idée est véhiculée par le personnage de Sammy).

Face à ce quatuor savoureux, Stiller, dont Reality Bites est le premier long métrage en tant que réalisateur (il était alors surtout connu pour le Ben Stiller Show), campe un producteur de télévision qui compose plutôt bien avec les règles d’un système libéral et consumériste, tout en étant par ailleurs un garçon sympathique qu’intelligemment, le film se garde bien de caricaturer ou de diaboliser. Le flottement amoureux de Lelaina entre Michael et Troy, son exact opposé (d’un côté le producteur à succès, de l’autre le musicien bohème sans le sou), est donc aussi un flottement entre deux modes de vie.

Ben Stiller a beaucoup travaillé avec Helen Childress, et le scénario initial a évolué sur deux principaux points : le personnage de Michael a été modifié et rajeuni (Stiller se proposant dans la foulée de l’incarner) ; l’histoire a été recentrée sur le triangle amoureux formé de Lelaina/Troy/Michael, tandis que le script comportait à la base davantage de passages consacrés à l’ensemble des personnages, Vickie et Sammy compris. Ce second parti pris, voulu par Stiller qui craignait sans doute de se disperser (travers que l’on peut reprocher au sympathique Singles, sorti en 1992 et en un sens comparable à celui-ci), est discutable, non seulement parce qu’il entraine une sous-exploitation des personnages de Vickie et Sammy alors qu’ils portent des thèmes importants et que leur personnalité est intéressante, mais aussi parce qu’il réduit l’aura collective et générationnelle du film pour le rapprocher, dans son dernier tiers, d’une comédie romantique relativement conventionnelle. C’est un fait que les histoires d’amour sont trop souvent, au cinéma, un moyen de créer de la dynamique et des enjeux dramatiques, alors que la portée de Reality Bites aurait gagné à être plus vaste qu’un énième dilemme amoureux – même si, comme précisé ci-dessus, ce dernier véhicule des enjeux sociaux et même philosophiques évidents, et n’est donc pas hors-sujet par rapport à l’idée première d’Helen Childress.

En dépit de cette petite réserve, Reality Bites (qui méritait mieux qu’un titre français digne d’une émission de télé !) demeure attachant et plein de fraîcheur. Le film parvient à capter quelque chose d’un lieu et d’une époque, tout en véhiculant des préoccupations et des questionnements toujours valables aujourd’hui. Pour sa première réalisation, Ben Stiller livre un travail sobre et maîtrisé, se mettant avant tout au service de l’histoire. La BO est entrainante et évocatrice (on notera une danse improvisée dans une épicerie sur le fameux My Sharona des Knack, et la présence d’un titre d’Arrested Development, extrait de l’album hip-hop culte 3 Years, 5 Months & 2 Days in the Life Of…). Cerise sur le gâteau, Troy (Ethan Hawke, qui chante dans le film) fait une référence à Luke la main froide (Cool Hand Luke) en citant la fameuse réplique No man can eat 50 eggs
; et ça, c’est la classe !
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