Seconde chronique dédiée à la 30ème édition du festival qui consacre l’étrange, le bizarre, le fantastique au cinéma. Il s’agit cette fois du film sud-coréen Exhuma, empreint de folklore local et inclus dans la compétition.
Synopsis du film
Kim Sang-deok (Choi Min-sik), un géomancien, et Lee Hwa-rim (Kim Go-eun), une shaman, décident d’exhumer le corps de l’ancêtre d’une riche famille, dont l’esprit hostile hante ses descendants. L’opération devrait mettre fin à ce phénomène oppressant ; en réalité, elle va surtout marquer le début de sérieux problèmes…
Critique d’Exhuma
Jang Jae-hyun, dont Exhuma est le troisième long en tant que réalisateur, voulait d’abord réaliser un film d’horreur particulièrement sombre, dans la veine de The Wailing (2016), réalisé par son compatriote Na Hong-jin ; mais tandis qu’il écrivait, les perspectives peu réjouissantes liées à l’épidémie de COVID lui ont donné envie de se tourner vers un projet plus léger.
Exhuma est en effet un film généreux, parfois drôle, qui vise en premier lieu à divertir le spectateur, tout en proposant un récit assez riche ; en personnages, d’abord, qui sont tous bien introduits et croqués (et souvent truculents), mais aussi en rebondissements, le scénario réservant plusieurs couches successives, qui déploient de larges pans du folklore sud-coréen mais aussi de l’histoire de ce pays.
Selon Jang Jae-hyun, en dépit de sa superficie relativement modeste, la Corée du Sud foisonne d’églises, de temples et de formes de shamanisme qui interagissent ensemble
(source : In conversation with Jang Jae-hyun). C’est une matière qu’il utilise largement dans le film, en incorporant également des éléments issus du folklore japonais.
Tout cela part un peu dans tous les sens et dans son dernier tiers, Exhuma souffre légèrement de ce manque de sobriété qui, néanmoins, est un parti pris davantage qu’une maladresse, et que le réalisateur canalise grâce à une réalisation rigoureuse (certaines scènes, dont celle montrant un rite mené par Lee Hwa-rim, impressionnent par leur vigueur et leur maîtrise technique), à un indéniable sens du récit et à un casting particulièrement talentueux (Choi Min-sik, vu notamment dans Old Boy, et la très belle Kim Go-eun incarnent fort bien leur personnage respectif, mais tous les comédiens sont convaincants).
Le cinéaste incorpore également une dimension symbolique et politique qui devient particulièrement évidente lorsqu’on réalise que la tombe au centre du récit est située près de la frontière avec la Corée du Nord, comme le souligne le personnage de Yeong-geun (Yoo Hae-jin). (À travers l’acte d’enterrer les restes, nous symbolisons l’espoir de la réunification
, a déclaré Jang Jae-hyun.)
On passe donc globalement un bon moment devant Exhuma, l’énergie et l’enthousiasme émanant de la mise en scène comme de l’interprétation étant palpables et communicatifs.
Le programme de L’Étrange festival 2024
La 30ème édition du célèbre festival se tiendra jusqu’au 15 septembre prochain au Forum des images. Je vous invite à en découvrir la programmation riche et excitante sur le site officiel !

























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