The Offence

Sean Connery et Trevor Howard dans "The Offence"

Film de Sydney Lumet
Année de sortie : 1972
Avec : Sean Connery, Trevor Howard, Ian Bannen.

Privé de sortie nationale en France car le film présentait l’acteur Sean Connery dans un rôle trop sombre, The Offence de Sydney Lumet a été projeté à Paris en septembre 2007. Le film, un véritable choc qui marque durablement l’esprit du spectateur, raconte l’histoire d’un policier britannique habité par les crimes et le mal qui constituent son quotidien.

Synopsis de The Offence

L’inspecteur Johnson (Sean Connery) recherche activement un criminel qui agresse sexuellement des enfants. Après une nouvelle agression sur une petite fille retrouvée dans un bois, la police redouble ses recherches et un individu louche, Kenneth Baxter (Ian Bannen) est arrêté quelques heures plus tard.

Suite à des premiers interrogatoires infructueux, Johnson décide d’interroger le suspect en tête en tête. Passé un long moment, des policiers, alertés par des cris, font irruption dans la salle et découvre l’homme gisant par terre. Johnson lui a porté des coups violents, et l’individu est hospitalisé en urgence.

The Offence, progressivement, reconstitue le puzzle de l’interrogatoire, jusqu’à nous révéler ce qui a déclenché la fureur de Johnson.

Critique

The Offence, chef d’œuvre sorti discrètement en France avec 35 ans de retard…

Il fallait un coup de chance pour remarquer, cet été, la sortie, dans quelques salles en France, de The Offence, un film de Sydney Lumet réalisé… en 1972. En effet, parce qu’il pouvait nuire à l’image de l’acteur Sean Connery, le film n’est pas sorti dans l’hexagone à l’époque. Pression de l’agent du comédien ? Des producteurs ? Je l’ignore. Dans tous les cas, ce fut une bien triste décision, aux motivations purement commerciales.

D’abord, il s’agit de l’un des meilleurs rôles de Sean Connery : son personnage est complexe, torturé, et l’acteur est bien plus que convaincant, il est saisissant. Ensuite, The Offence est incontestablement une des grandes réussites de Sydney Lumet, ce qui n’est pas peu dire quand on songe à la filmographie impressionnante du réalisateur. Excellant dans l’exercice du huit clos, Lumet capte toute l’intensité et la lourdeur des nombreuses scènes d’interrogatoire, véritables face à face psychologiques et étouffants. Sa mise en scène, conjuguée à une bande son très travaillée, parvient à donner au film cette dimension fiévreuse et tourmentée, en adéquation avec l’état d’esprit du personnage principal.

L’inspecteur Johnson, habitacle du mal et de la perversité

The Offence s’ouvre sur une longue séquence montée au ralenti, installant d’entrée une atmosphère étouffante, oppressante, qui ne cessera d’imprégner l’ensemble du film. On y voit des policiers courir dans le couloir d’un commissariat, semble t-il alertés par des bruits rendus sourds par le mixage de la bande son. Ils découvrent, dans une salle d’interrogatoire, l’inspecteur Johnson (Sean Connery), qui a battu violemment le suspect, resté inconscient, mais également frappé les premiers officiers à être entrés dans la pièce.

Dès lors, The Offence se compose d’un flash back (depuis la découverte d’une victime dans les bois) avant de reprendre à partir de la scène initiale, tandis que progressivement, l’intégralité de l’interrogatoire nous est révélée en plusieurs séquences espacées dans le film, jusqu’au passage dévoilant les circonstances qui ont provoqué la fureur de l’inspecteur.
Circonstances qui nous permettent de comprendre la psychologie du personnage, et surtout sa détresse et le mal dont il souffre.

En effet, le film nous le fait comprendre assez rapidement, l’inspecteur Johnson est hanté. Par les souvenirs incontrôlables des scènes de crime qui ont ponctué sa carrière, surgissant sous forme de flashs, au point que Johnson, habité par le mal, n’est plus capable de détacher sa conscience de ces actes abominables, dont il partage donc la culpabilité avec leurs différents auteurs. Sous la forme de ses pensées incessantes, les images de cadavres deviennent une part de lui-même, un gouffre happant son sens moral. Il en vient probablement à douter s’il s’agit bien de souvenirs, ou de visions construites par son esprit malade.

Cette étreinte cauchemardesque entraîne avec elle des souvenirs qu’elle modifie, qu’elle souille – comme quand l’inspecteur se souvient du moment où il retrouve la petite fille, et que sa propre image, dans son regard à elle, lui paraît être le reflet de son bourreau. Le mal est si présent en lui que la seule vue d’une enfant souligne le contraste entre l’innocence qu’elle représente et le vice qui empoisonne l’inspecteur.

Et quand il interroge le suspect, Johnson fait quelque part face à cette part informe de lui-même (le visage de Baxter est volontairement grimaçant), née des images sordides dont son esprit s’est imbibé.

Il tente de partager sa douleur perpétuelle avec les autres, pour justement se désapproprier ces images, les considérer comme des faits objectifs, et non des pensées qui prennent racine en lui. Mais c’est impossible, chaque individu étant enfermé dans sa propre perception, et il insulte et méprise sa femme car elle ne peut pas le soulager (You’re not even pretty, lui lance t-il sèchement au cours d’une scène éprouvante).

Etouffant, glauque, dérangeant, The Offence est aussi très prenant, car on ne comprend le maître mot de l’histoire qu’à la fin du film. Mais on ne sort pas indemne de la projection. Pour peu qu’il pleuve dehors à la sortie du cinéma, on se sent encore dans une banlieue anglaise, dans la brume habitée par la mort et les cadavres.

Sans doute parce qu’au fond, s’il y a quelqu’un avec qui l’inspecteur Johnson est parvenu à partager le poids de ses pensées coupables et malsaines, c’est bien le spectateur.

Autres films de Sydney Lumet conseillés

  • Serpico, avec Al Pacino
  • Le crime de l’orient-express, avec Albert Finney, Anthony Perkins, Sean Connery
  • Network, avec Faye Dunaway.
  • Le Prince de New-York, avec Treat Williams.
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8 commentaires

  1. Le 11 décembre 2007 à 21:49 | Permalien

    Si je dis que ça a l’air vachement bien on va me dire que je me répète. Mais bon quand même. Vivement le DVD !

  2. Pétronille
    Le 12 décembre 2007 à 9:41 | Permalien

    Voilà un bon film de nouelle à passer aux enfants pendant que les grands sirotent.
    Non?
    Non, ptêtre pas en fait.

    Pétronille qui perd les cartes de réduction – au bûcher, au bûcher !

  3. Le 12 décembre 2007 à 21:00 | Permalien

    peut-être pas effectivement…
    concernant le DVD : http://www.amazon.co.uk/Offence-Sean-Connery/dp/B0002VF534

    pas de sous-titres français en revanche…

  4. Pétronille
    Le 13 décembre 2007 à 11:47 | Permalien

    Rien à voir, mais est-ce que le Suspicion de 2000 est un remake?

    Pétronille qui teste la connaissance du Poulpe.

  5. Le 13 décembre 2007 à 15:30 | Permalien

    Non, suspicion est le (pâle) remake de « garde à vue » de claude miller

  6. Le 14 décembre 2007 à 11:00 | Permalien

    Merci pour l’info sur le DVD ! ;o)

  7. Pelletier
    Le 21 septembre 2009 à 21:16 | Permalien

    Votre article gagnerait en sérieux à être plus précis: qui a composé la musique, chef-opérateur, etc…

  8. Le 21 septembre 2009 à 22:28 | Permalien

    Ces informations sont en effet intéressantes mais rarement présentes sur les sites de critiques de films.
    Les détails sur l’équipe technique sont plus des données que l’on trouve sur des sites plus « informatifs » (imdb) voire encyclopédiques (wikipedia).
    En revanche il m’arrive souvent de mentionner le chef op, le scénariste, etc., dans l’article même.

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