Film d’Emmanuelle Cuau
Année de sortie : 2007
Scénario : Emmanuelle Cuau, Agnès Caffin
Photographie : Bruno de Keyzer
Montage : Jackie Bastide
Avec : Sandrine Kiberlain, Gilbert Melki, Olivier Cruveiller
Très bien, merci décrit un engrenage ponctuel pour, en réalité, faire le constat d’un dérèglement plus global et insidieux. Le tout, avec la sobriété et le sens de l’ironie nichés dans le titre.
Synopsis du film
Alex Maupain (Gilbert Melki) est comptable dans une petite entreprise. Son patron, qui tient à faire des économies, lui demande de surveiller de près les notes de frais de certains commerciaux, ce qu’Alex fait à contrecœur.
Un soir, sur le chemin de l’appartement qu’il partage avec Béatrice (Sandrine Kiberlain), chauffeuse de taxi, Alex surprend un contrôle policier qui parait dénué de fondements. Il décide de s’arrêter à proximité et d’observer la scène. Refusant de céder aux intimidations des agents, qui le somment de partir, il est finalement emmené au poste. C’est le début d’un engrenage…
Critique de Très bien, merci
Très bien, merci est le second long métrage pour le cinéma d’Emmanuelle Cuau après Circuit Carole, sorti plus de dix années auparavant. Sachant que le troisième, et dernier à ce jour, verra le jour en 2015, on peut donc dire qu’il s’agit d’une réalisatrice assez rare, sans que je sache si cette rareté découle d’un choix personnel (on peut avoir d’autres projets que celui de tourner des films) ou d’une difficulté à trouver des financements. Cela ne serait pas la première fois, en tout cas, qu’un auteur (une autrice, en l’occurrence) de talent ait un parcours cahoteux dans le monde du cinéma : ce blog regorge de critiques de films ayant été tournés par des réalisateurs ou réalisatrices à la filmographie ténue. À l’inverse, certains tournent sans doute plus que de raison… Mais passons 🙂
Le sujet le plus évident du film est l’hospitalisation sans consentement, c’est-à-dire faite à la demande d’un tiers, en l’occurrence un représentant de l’État (SDRE : Soins sur décision du représentant de l’État), puisque c’est un commissaire de police qui expédie Alex Maupain (Gilbert Melki) dans un centre psychiatrique. Sujet dont le cinéma s’empare rarement, pour ainsi dire jamais, mais qui n’a rien d’anecdotique ; en France, ce phénomène connaît d’ailleurs une augmentation notable depuis les années 1990 et n’est pas sans soulever des questions liées à la notion de liberté individuelle.
La force du film réside dans une sobriété commune à la mise en scène, à l’écriture et au jeu des comédiens (Melki et Kiberlain sont excellents, mais tous les seconds rôles sonnent juste). Visiblement, Emmanuelle Cuau et Agnès Caffin (co-scénariste) se sont documentées et ont préféré la précision et la retenue aux effets dramatiques. D’ailleurs, ce goût de l’épure semble être une caractéristique du cinéma d’Emmanuelle Cuau, puisqu’on l’observe également dans Pris de court, son dernier film à ce jour. Dans Très bien, merci, il a une fonction précise puisqu’il renforce, par effet de contraste, une sensation de glissement et de dérèglement dans le quotidien des personnages, qu’une approche plus emphatique aurait, paradoxalement, désamorcée. Il y a aussi, dans cette froideur apparente, quelque chose qui rappelle la machine administrative dont le film illustre les potentiels ravages. En d’autres termes, on observe une cohérence entre la forme choisie et la thématique, ce qui constitue l’une des principales qualités d’un film, pour ne pas dire d’une oeuvre en général.
Le film ne se contente pas de décrire une dérive ponctuelle, ni même de montrer la brutalité policière qui en est à l’origine. C’est tout un système qui, si on le considère d’un certain point de vue, semble aller de travers, sous couvert d’ordre, de profit et de sécurité. La fin, sur ce point, est significative : l’absurdité propre à l’hospitalisation forcée vécue par Alex est également présente dans une vie dite normale. Elle prend simplement une forme plus banale, moins évidente, plus communément acceptable.
Très bien, merci nous invite à réfléchir à cette absurdité normalisée, sans nous guider outre mesure dans cette réflexion. Il ne s’agit pas d’un film didactique ou revendicatif, mais d’un film qui questionne. Il n’en est que plus vertigineux.






















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