Ce dimanche 9 août, en fin de matinée, je me suis rendu au Pathé de la place Clichy pour y voir le film Évanouis. Intrigué par un accueil critique favorable, et toujours un peu curieux à l’égard d’un cinéma de genre qui m’intéresse autant qu’il me déçoit (surtout récemment), je n’avais pas pris le temps de me renseigner sur le réalisateur, ni même de prendre connaissance de son nom. En sortant de la salle, j’étais convaincu que c’était également celui de Barbarian (2022). Malheureusement, les points communs qui m’ont permis de rapprocher ces deux films ne sont guère positifs.
Deux films, un même procédé scénaristique
Il y a environ trois ans, Barbarian, de l’américain Zach Cregger, a créé une petite sensation aux États-Unis. Un succès qui explique sans doute pourquoi Évanouis a trouvé le chemin des salles hexagonales. De nombreux journalistes français sont, aussitôt, tombés dans le même panneau que leurs homologues américains. C’est pourtant un gros panneau, même s’il n’apparaît pas d’emblée.
Si, comme mentionné dans l’accroche de cet article, j’ai songé à Barbarian au cours de la vision d’Évanouis, c’est parce que ces deux films utilisent les mêmes procédés narratifs pour, au final, ne rien raconter.
Leurs scénarios reposent sur une structure chapitrée, chaque section se concentrant sur un personnage distinct. Toutes se terminent sur un effet cliffhanger, popularisé notamment par les séries TV. Évanouis pousse plus loin cette technique que Barbarian, en raison d’un plus grand nombre de personnages. Au départ, on est intrigué, diverti. Cregger sait croquer un personnage, entretenir du mystère. Il sait filmer aussi : l’une des premières scènes d’Évanouis, avec ces enfants qui sortent de chez eux et courent dans la nuit, fonctionne à peu près, même si le Beware of Darkness de George Harrison y est pour beaucoup. Ces éléments, conjugués à d’assez bons comédiens (dont Julia Garner), lui permettent de faire illusion pendant une demi-heure environ.
Les premiers signes de médiocrité apparaissent au cours des effets horrifiques, totalement éculés, et des scènes de violence, parfaitement inutiles. Puis, on réalise que le procédé d’écriture est conçu pour donner du relief à une histoire qui en ai dépourvu. Zach Cregger a peut-être fait le malin dans des ateliers d’écriture ou des écoles de scénario, mais il n’a pas retenu l’essentiel de son apprentissage : un film doit exprimer quelque chose – qu’il s’agisse d’une idée, d’une sensation, d’une émotion… qu’importe. Évanouis (Weapons en anglais : un seul mot, comme Barbarian) n’exprime absolument rien. Le titre français annonce, avec une honnêteté involontaire, le destin du souvenir du film dans l’esprit du spectateur aiguisé.
Une telle absence de regard est presque étonnante : utiliser la figure de la sorcière comme Cregger le fait dans Évanouis simplement pour montrer une énième vieille femme méchante, et se conformer ainsi à des clichés sexistes millénaires, ou encore, dépeindre une jeune professeure indépendante et empathique pour ne l’emmener absolument nulle part… Cregger écrit comme une intelligence artificielle. Son cinéma ne questionne pas, ne trouble pas, n’émeut pas, ne fait pas réfléchir, ne reflète rien de l’histoire du monde, ou d’une quelconque expérience intime. Il n’est que rouages scénaristiques, qu’une esthétique neutre, quelconque ne parvient à transcender. Et les louanges qu’il reçoit vont le conforter dans une démarche superficielle qui, en plus, ne s’embarrasse pas de crédibilité (même en admettant que les policiers ne soient pas tous des Hercule Poirot, des Auguste Dupin ou des Sherlock Holmes, l’aveuglement dont ils font preuve dans Évanouis ne tient pas debout, sans parler du principe même de vingt gamins s’échappant en pleine nuit sans réveiller personne autour d’eux).
Hypnose collective
L’accueil critique par trop flatteur dont bénéficie Évanouis, et Barbarian avant lui, est sans doute favorisé par l’ignorance de nombreux journalistes en matière de cinéma de genre (en dehors de quelques classiques et de ce qu’on appelle, avec un snobisme inouï, l’elevated horror), et par l’abondance de remakes et de recyclages divers ; dans un contexte aussi pauvre, une esquisse de scénario emballe les esprits endormis.
Le seul intérêt du film tient en un parallèle inconscient : ces enfants hypnotisés visibles dans l’une des premières scènes, allant dans la même direction sans réfléchir, ce sont les équipes qui financent des films comme Évanouis, les journalistes qui les encensent et les spectateurs qui les applaudissent (c’est une façon de parler, bien sûr : chacun est libre d’aimer ce film, et je ne me considère pas comme plus intelligent que Cregger et ses admirateurs !). Et le cinéma de genre moderne de se précipiter, ainsi, dans une impasse, avec d’un côté les films sur-signifiants et de l’autre, les films vides.



















2 commentaires
Très chouette texte, qui reprend bien ce que j’avais également pensé de Barbarian (qui en devenait ridicule dans sa dernière partie). Je n’ai pas encore vu celui-ci mais je n’ai aucun mal à vous croire. Je le regarderai par curiosité, bien sûr !
Merci ! Je pense en effet que tu devrais faire le même constat !