Meurtre dans un jardin anglais

Anne Louise Lambert et Anthony Higgins dans "Meurtre dans un jardin anglais"

Film de Peter Greenaway
Titre original : The Draughtman’s Contract
Année de sortie : 1982
Avec : Anthony Higgins et Janet Suzman.

Mr. Neville: You must forgive my curiosity, madam, and open your knees.

Mrs. Talmann: When your speech is as coarse as your face, Louis, then you sound as impotent by day as you perform by night.

Second long métrage et premier grand film de Peter Greenaway, Meurtre dans un jardin anglais est une œuvre d’une rare finesse, reflet de la passion de son auteur pour l’art pictural. Son intrigue complexe et pleine d’ironie, ses dialogues brillants et la beauté de la lumière font de ce film un moment de cinéma unique et jubilatoire.

Synopsis de Meurtre dans un jardin anglais

A la fin du 17ème siècle, le dessinateur Neville (Anthony Higgins) passe un étrange contrat avec Mrs Herbert (Janet Suzman), une aristocrate. Il doit exécuter 12 dessins de la propriété du couple Herbert pendant l’absence du mari, en échange de quelques livres et surtout, des faveurs de la dame.

Neville détermine l’emplacement d’où il accomplira les différents dessins, exigeant des domestiques et des habitants de ne troubler en aucune façon le paysage ou la demeure, de sorte à ce que ceux-ci restent scrupuleusement identiques chaque fois qu’il retourne sur les lieux (tous les jours à la même heure, afin que l’éclairage soit similaire). Néanmoins, il observe avec perplexité qu’un élément étrange s’immisce dans chacun des douze paysages ; voulant d’abord les exclure, il intègre ces différences curieuses dans ses dessins, s’interrogeant sur leur mystérieuse signification…

Critique

Meurtre dans un jardin anglais fait incontestablement partie des films qu’il faut voir au moins deux fois pour en comprendre les enjeux et les significations réels. L’intrigue est complexe, et les dialogues, particulièrement intelligents et souvent drôles, ne l’expliquent le plus souvent qu’à travers des allusions et des références soutenues par des détails visuels symboliques, l’ensemble formant un puzzle énigmatique qui déroute forcément à la première vision ; mais qui fascine aussi, pour peu que l’on adhère à l’univers du réalisateur.

Peter Greenaway était peintre avant d’être cinéaste, et si A Zed and Two Noughts, réalisé trois ans après Meurtre dans un jardin anglais, est entre autres un hommage au peintre hollandais Vermeer, The Draughtman’s Contract reflète également sa passion pour l’art pictural. C’est visible dans la photographie, conçue de manière à ce que de nombreux plans évoquent des peintures, dans les détails sur la technique et l’approche du dessinateur (voir image ci-dessous), et l’histoire elle-même ; en effet, le film se regarde un peu comme une peinture dont on chercherait à interpréter les différents détails pour en saisir la signification globale, exactement comme dans cette séquence où Neville analyse un tableau appartenant à Mr. Herbert. De même, les détails présents dans les 12 dessins ont plusieurs sens cachés – tout comme le film dans son ensemble.

Meurtre dans un jardin anglais

Neville dispose deux cadres avec un quadrillage au milieu, qu'il reproduit sur sa feuille de dessin pour respecter les proportions existantes.

La seule compréhension de l’intrigue du film – c’est à dire les enjeux et les objectifs réels du contrat signé par le dessinateur (en cela, le titre anglais, The Draughtman’s Contract, est beaucoup plus significatif que le titre français), si elle est déjà peu évidente, ne suffit pas à mesurer toute la richesse d’un film qui livre une véritable réflexion sur l’art et sur l’artiste. Très ironique et jouant volontiers sur les apparences – le personnage du dessinateur, si il apparaît initialement comme le plus fourbe, se trouve être au cœur d’une machination qui le dépasse totalement – Meurtre dans un jardin anglais nous montre avant tout un artiste (Neville) plongé dans un monde peuplé d’aristocrates vils et intéressés, qui convoitent et ne perçoivent la propriété des Herbert que pour la richesse qu’elle représente, quand le dessinateur – volontiers moqueur et surtout très arrogant – semble toutefois être le seul à l’apprécier pour sa valeur esthétique. En ce sens, on peut percevoir dans Meurtre dans un jardin anglais le constat grinçant d’une société où l’argent, la propriété, la classe sociale et les jeux de pouvoir triomphent violemment de l’art et de la beauté si chers à Peter Greenaway. Une réalité qui, bien entendu, dépasse largement le cadre de l’époque à laquelle se déroule l’intrigue du film.

Meurtre dans un jardin anglais

La qualité du jeu des acteurs – Anthony Higgins compose un Neville à la fois agaçant, drôle et finalement presque attachant – de la musique de Michal Nyman basée sur les compositions d’Henry Purcell (compositeur baroque du 17ème siècle), de la photographie qui, dans plusieurs scènes d’intérieur, donne à l’image un aspect pictural saisissant, et l’intelligence remarquable de l’intrigue, font de Meurtre dans un jardin anglais une œuvre brillante et unique, que je considère personnellement comme le chef d’œuvre d’un réalisateur atypique.

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Un commentaire

  1. JN
    Le 7 janvier 2010 à 18:00 | Permalien

    Greenaway est incontestablement un très grand metteur en scène et Meurtre dans un jardin anglais, auquel on a reproché « l’esthétisme gratuit est un chef d’oeuvre à tous égards. Effectivement, il faut le voir et le revoir.

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