Tropical Malady

Tropical Malady

Film d’Apichatpong Weerasethakul
Année de sortie : 2004
Pays : Thaïlande
Scénario : Apichatpong Weerasethakul
Photographie : Jarin Pengpanitch, Vichit Tanapanitch et Jean-Louis Vialard
Montage : Lee Chatametikool, Jacopo Quadrie
Avec : Banlop Lomnoi, Sakda Kaewbuadee, Sirivech Jareonchon, Udom Promma, Huai Deesom.

Le tigre te suit comme une ombre. Son esprit est rongé par la faim et la solitude. Tu es à la fois sa proie et son compagnon. Il peut te flairer à des montagnes à la ronde, et bientôt tu seras comme lui. Tue-le et libère-le du monde des fantômes, ou il te dévorera et t’entraînera dans son monde.

Portant un regard original et profond sur le sentiment amoureux, Tropical Malady procure une expérience cinématographique inédite, poétique et saisissante, que seul un très grand artiste pouvait concevoir et mettre en forme. Une œuvre d’art dans le sens le plus absolu du terme.

Synopsis de Tropical Malady

Keng, un soldat, et Tong, un jeune homme vivant dans sa famille à la campagne, se rencontrent et tombent amoureux. Ils partagent des instants paisibles jusqu’au jour où Tong disparait dans la forêt. Parallèlement, des vaches sont retrouvées tuées, égorgées par ce qui semble être une bête sauvage.

Keng décide de partir à la recherche de son compagnon.

Critique

Il n’est pas évident d’écrire sur Tropical Malady. Non pas qu’il n’y ait pas beaucoup de choses à dire à son sujet, au contraire. Mais la manière dont il touche le spectateur est si profonde et subtile, et la dimension sensorielle et viscérale de l’expérience procurée par la vision du film est telle, qu’une démarche strictement explicative et analytique semble être un exercice en un sens dérisoire ; un verbiage un peu vain, très en dessous du langage cinématographique à la fois instinctif, poétique et extrêmement abouti qu’est celui de Apichatpong Weerasethakul – réalisateur thaïlandais qui reçut la Palme d’or 2010 pour son film Uncle Boonmee who can recall his past lives.

Tropical Malady est divisé en deux parties distinctes, à chacune correspondant un niveau d’intensité, une atmosphère et un rythme différents. Au cours de la première, nous assistons à la rencontre entre deux hommes : Keng, un soldat, et Tong, qui vit à la campagne avec sa famille. Des scènes de vie paisibles se succèdent, souvent très courtes. D’emblée, la capacité du réalisateur à saisir des instants et à transmettre des impressions est d’autant plus saisissante qu’il y parvient en très peu de plans. Même une séquence très simple ne durant que quelques secondes fait ressentir quelque chose au spectateur, ne fut-ce qu’une impression fugace et imprécise, mais littéralement palpable sur le moment. Il émane du début du film une légèreté semblable à celle qui habite, dans un premier temps, les deux personnages principaux, et l’on prend un plaisir rare à suivre ces différentes scènes, à en éprouver l’atmosphère profondément calme.

La transition se fait à partir du moment où Tong disparait dans la forêt. La seconde partie du film décrit l’exploration de son compagnon Keng, qui part seul à sa recherche. Les scènes se font alors nettement plus longues, et le climat plus étouffant. Elles atteignent des niveaux de beauté, d’originalité et d’intensité proprement extraordinaires. Si certains plans sont magnifiques, ce n’est pas uniquement du fait de la qualité des cadrages, de la photographie et bien entendu de la beauté des paysages, mais bien parce que ce qu’ils évoquent, ce qu’ils éveillent chez le spectateur constitue quelque chose de totalement inédit au cinéma, un art à travers lequel le réalisateur parvient à exprimer des sensations et des sentiments profonds en développant un langage unique, épuré et poétique.

Si Tropical Malady est donc une expérience sensorielle hors du commun, il raconte bien entendu une histoire – cette priorité que beaucoup de réalisateurs omettent, en pensant compenser ce vide à travers des effets de caméra prétendument virtuoses. Apichatpong Weerasethakul est à mille lieux de cette démarche aussi vaine que prétentieuse : chaque image, si élaborée et esthétique soit-elle, est l’une des clés de l’histoire, l’une des portes qui s’ouvrent progressivement sur la séquence finale, synthèse fascinante du film. Chaque plan est une étape de cette exploration profonde du personnage et du spectateur, dans cette jungle à la fois réelle et métaphorique dont Weerasethakul tire l’essence de son histoire. On aura rarement – peut-être jamais – traité de manière aussi pure et viscérale la relation amoureuse entre deux êtres, jusque dans ses aspects les plus vertigineux, les plus intimes, les plus instinctifs et les plus douloureux aussi.

Un très beau film, qui à la manière de toute œuvre d’art digne de ce nom, accorde le fond et la forme comme seul le génie peut le faire.

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Un commentaire

  1. Publié le 8 janvier 2011 à 10:15 | Permalien

    bonjour

    bonne année.
    Nous nous étions déja contactés il y a quelques temps, et nous avions évoqués une possible collaboration.
    A la réflexion je suis ma foi fort intéressé par cette idée.
    De nos efforts communs, pourrait naître une plate forme cinéphilique plus importante et plus riche.

    si d’aventure tu es toujours d’accord, je te donne mon mail pour que nous puissions débattre quelque peu des modalités techniques d’un tel partenariat, sachant qu’en ce qui me concerne ca ne me dérange pas de supprimer mon blog et d’en récupérer le contenu…

    affaire à suivre donc

    cordialement

    elphege

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