The Wrestler – Darren Aronofsky

The Wrestler

Film de Darren Aronofsky
Titre original : The Wrestler
Année de sortie : 2009
Avec : Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood

Randy « Ram » Robinson: The only place I get hurt is out there. The world don’t give a shit about me.

Randy Robinson (Mickey Rourke) avant de monter sur le ring dans The Wrestler.

The Wrestler était projeté jeudi 5 février en avant première au ciné UGC des Halles, en présence de Mickey Rourke et Darren Aronofsky. Retour sur un film et un acteur hors du commun.

Synopsis de The Wrestler

Randy « The Ram » Robinson (Mickey Rourke) est une ancienne star du catch des années 80. Fatigué, seul et pratiquement fauché, il dispute des matchs sans importance en marge de son travail dans un supermarché. Victime d’une crise cardiaque suite à un combat, il apprend qu’il doit renoncer définitivement à sa passion et de fait à la rencontre programmée avec l’Ayatollah, adversaire contre lequel il avait disputé un match mythique à l’apogée de sa carrière .
Contraint d’abandonner le catch, Randy va alors prendre conscience du vide de son existence, qu’il va tenter de combler en se rapprochant d’une stripteaseuse dont il est amoureux, et de sa fille unique qu’il n’a pas vu depuis des années.

Critique

The Wrestler : un très beau film impensable sans Mickey Rourke

Présent aux côtés d’Aronofsky lors de l’avant première organisé au cinéma UGC des Halles, Mickey Rourke est apparu au sommet de sa forme et de son charisme. Très fier de The Wrestler, il considère ce film comme le meilleur de sa carrière.

Peu de producteurs croyaient au film et surtout à Mickey Rourke comme acteur principal ; or il n’était pas question pour Darren Aronofsky de tourner The Wrestler sans lui. A la vue du film, on comprend aisément pourquoi.

D’une part Rourke y est exceptionnel ; sa prestation est à la hauteur de celles qu’il a livrées dans les années 80 dans des grands films comme Rusty James, L’année du dragon et Angel Heart. Il fait partie, aux côtés de Marlon Brando et Robert De Niro, de ces immenses acteurs dont le jeu est totalement différent d’un film à l’autre : icône lunaire dans Rusty James, tête brûlée dans L’année du dragon, détective étrange et torturé dans Angel Heart ; il se fond totalement dans ses rôles tout en gardant cette aura, ce charisme qui lui est propre, ce qui est la marque des très, très grands.

Ensuite, son interprétation dans The Wrestler est d’autant plus saisissante et émouvante que son personnage fait clairement écho à son expérience personnelle de l’échec et de la solitude – on ne reviendra pas sur sa traversée du désert, aujourd’hui connue de tous. Le parallèle entre ce vieux catcheur à la gloire passée, souffrant des conséquences des mauvais choix pris au cours de son existence, et le parcours de l’acteur, porté aux nues – à juste titre – dans les années 80 avant de sombrer au cours de la décennie 90 (jusqu’à son grand retour dans Sin City), est évident.

Mais outre cette corrélation qui donne une dimension supplémentaire au film, The Wrestler est extrêmement émouvant tout simplement parce qu’il raconte une bonne histoire servie par un acteur de génie (et par une réalisation qui, nous le verrons, fait totalement honneur à celui-ci).  A travers sa démarche donnant l’impression qu’il porte un fardeau énorme sur les épaules, ses regards saisissants de tristesse, ses soupirs las et fatigués, presque incessants, ses paroles vibrantes de vérité, Mickey Rourke vit son personnage du premier au dernier plan, portant le film avec la même énergie sublime que celle du catcheur Randy sur le ring.

La contribution de l’acteur à la réussite – indéniable – de The Wrestler est donc considérable ; il a d’ailleurs lui-même écrit une partie de ses répliques, notamment les dialogues avec sa fille et le discours final qui est un des grands moments du film. Un signe supplémentaire de l’implication de Mickey Rourke dans ce projet, qui a lui demandé un entraînement quotidien éprouvant pour le tournage le plus difficile de sa carrière. A la vue du résultat, nul doute que The Wrestler en valait largement la peine.

Une réalisation sobre et intelligente

Conscient que The Wrestler est totalement centré sur son personnage principal, la réalisation d’Aronofsky a totalement délaissé l’aspect ultra-sophistiqué propre à ses précédents films et notamment son avant dernier, The Fountain, pour se concentrer uniquement sur Randy et le jeu de son interprète.

La caméra est souvent placée derrière lui, le suivant dans ses déplacements pour une immersion totale du spectateur dans le quotidien, plutôt sombre et désabusé, du catcheur. Aronofsky se sert aussi beaucoup des gros plans sur le visage de Rourke pour mieux en saisir toute l’expressivité et cet aspect usé, marqué, qui correspond totalement au personnage.

Autre tour de force de la réalisation, les scènes de catch ; filmées très près des corps, elles dégagent une violence et une force saisissantes, captant totalement l’énergie du catcheur, motivée par sa passion du métier et par la souffrance et les blessures que lui inflige la vie quotidienne. C’est donc une énergie dramatique, tragique que Aronofsky et Rourke – l’un par sa mise en scène, l’autre par son interprétation – parviennent à faire ressentir durablement, profondément aux spectateurs du film.

A propos du catch, d’ailleurs, il faut noter que le scénario aborde cette discipline avec respect – on nous montre clairement que c’est un sport dangereux et violent – et réalisme, la question des stéroïdes n’étant clairement pas éludée.

Très beau film qui réussit à émouvoir sans jamais tomber dans le pathos, The Wrestler est une oeuvre aussi unique et puissante que son acteur principal, que l’on devrait retrouver prochainement dans la suite de Iron Man et dans l’adaptation cinématographique du livre Zombies, de Bret Easton Ellis, aux côtés de Kim Basinger… Un duo qui n’est pas sans évoquer 9 semaines et demie, film avec lequel Mickey Rourke avait acquis le double statut de star et de sex symbol. On espère que l’avenir lui réservera d’autres rôles à la mesure de son immense talent.

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